.>.,w. '^'''-m ^^^^i i^'C ^^ ^m ■-'••vr4'c^: ^M f \ i JÉSifS^. w v_. HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY OF THE MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LiBEARY OF SAMUEL GARMAN ^ vx -4 P'S JUN8 1929 HISTOIRE NATURELLE, GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE. >fc^— ■ - n II II I li^— »^i»— ^j^— J^— — Ma» DES POISSONS. TOME TROISIÈME. ON SOUSCRIT A TARIS, DtrrART, Imprimeur^ liibraire et éditeur, rue (les Noyers , N** 22 ; Chez < ^ -i • Bertrand, Libraire , quai des Augustins, N°55. A ROUEN, Cliez VAiiiiÉE , frères, Libraires , rue Beffroi , N° 22. A STRASBOURG, Chez L E V 11 A u L T , frères , Impr im eurs-Librair es. A LIMOGES, Chez B A R o E A s , Libraire. A MONTPELLIER, Chez Vidal, Libraire. A M O N S, Chez H o Y o I s , Libraire. Et chez les principaux Libraires de l'Europe, HISTOIRE NATUPtELLE, GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE, DES POISSONS? Ouvrage faisant suite à THistoire naturelle, générale et particulière, composée par Leclerc di: Buffon, et mise dans un nouvel ordre par C. S. Sonnini, avec des Notes et des Additions. PAR C. S. S O N N I N I, MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES ET LITTÉRAIRES. TOME TROISIÈME. A PARIS, DE L'IMPRIMERIE DE F. DUFART. AN XI. Nota. L'on a omis, par inadvertence^ de placer le nom de Lacépède en tête du Discours sur la nature des poissons , vol. I, page 57 5 quoique la Table de ce même volume indiquât que ce Discours fût l'ou^^ vrage de ce naturaliste. HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. DIVISION DE LACÉPÈDK PREMIÈRE SOUS-CLASSE. POISSONS CARTILAGINEUX. Les parties solides de rintérieur du corps ^ cartilagineuses. PREMIÈRE DIVISION. L oissoNs qui n'ont ni opercule , ni membrane des branchies. PREMIER ORDRE. Poissons apodes , ou qui n'ont pas de nageoires ventrales. PREMIER GENRE. LES PETROMYZONS. Sept ouvertures branchiales de chaque côté du cou, un évent sur la nuque, point de nageoires pectorales. A 3 6 HISTOIRE PREMIÈRE ESPECE. Le pétromyzon lamproie.— -Vingt rangées de dents ou environ. SECONDE espèce. Le pétromyzon pricka. — La seconde nageoire du dos anguleuse et réunie avec celle de la queue. troisième espèce. Le pétromyzon lamproyon. — La se- conde nageoire du dos très-étroite, et non anguleuse ; deux appendices de chaque côté du bord postérieur de ]a bouche. quatrième espèce. Le pétromyzon planer. — Le corps annelé ; la circonférence de la bouche garnie de papilles aiguës. cinquième espèce. Le pétromyzon rouge. — Les yeux très -petits ; la partie de l'animal dans la- quelle les branchies sont situées, plus grosse que le corps proprement dit ; les nageoires du dos très-basses ; celle de la queue lan- céolée; la couleur générale d'un rouge d® *ang, ou d'un rouge de brique, SIXIÈME ESPÈCE. Le PÈTR0MY2i0N sucET. •— L'ouvcrture DES LAMPROIES. 7 de la bouche très-grande , et plus large que la tête ; un graud nombre de dents petites et couleur d'orange ; neuf dents doubles auprès du gosier. SEPTIÈME E&PÈCE. Le pétromyzon argenté. ( Petromyzon argenteus.) — Les dénis jaunes et placées très -avant dans la bouche ,* la inâchoire inférieure garnie de dix dents pointues , très-voisines Tune de l'autre, et arrangées sur une ligne courbe; d'autres dents carti- lagineuses 5 et placées des deux côtés d'une plaque également cartilagineuse ; la tête alongée ; la ligne latérale très - visible ; la dorsale très-échancrée en demi - cercle ; la caudale lancéolée ; la couleur argentée. HUITIÈME espèce. Le PÉTROMYZON SEPT(EuiL.. ( Petromyzoîi septœuil. ) — Le diamètre longitudinal de l'ouverture de la bouche , plus long que le plus grand diamètre transversal du corps; l'ensemble du corps et de la queue presque conique ; la dorsale très - peu découpée et très-arrondie dans ses deux parties; la caudale spatulée ; la partie supérieure de l'animal d'un gris plombé , et l'inférieure d'un blanc jaunâtre, A4 8 HISTOIRE NEUVIÈME ESPÈCE.' Le pétromyzon tJ oib.. (Pétromyzon niger, — L'ouverture de la bouche très- petite ; Ferisenible du corps et de la queue presque cylindrique jusqu'à une petite dis-* tance de la caudale; les deux parties de la dorsale très-arrondies ; chacune de ces par-^ lies presque aussi courte que la caudale ; cette dernière nageoire spatulée ; la partie supérieure du poisson d'un beau noir; les côtés et la partie inférieure d'un blanc (î'^rgent très-^éçktant. DES LAMPROIES. LES LAMPROIES (i). JTidèle aux principes que j'ai adoptés, de n'admettre dans mes ouvrages que des expressions françaises, et d'en écarter, au- tant qu'il est possible, celles que l'on puise dans les langues anciennes , et dont on fait depuis cjuelque tems un usage vraiment immodéré , je restituerai à ce premier genre de poissons le nom de lamproie , sous lequel il est connu dans notre langue , et j'aban- donnerai le mot grec pélromyzon , que quel- ques auteurs modeiTies ont employé , et que les anciens grecs ne connoissoient pas. L'on ne sait point, en effet, d'une manière précise, comment ce peuple de l'antiquité appeloit les lamproies ; les littérateurs ne sont pas d'accord à ce sujet ; mais Ton sait que le mot pétromyzon est d'invention toute nouvelle ; Linnaeus , je crois , est le premier qui s'en soit servi; il est composé (i) Les pétromyzons de Lacépède et de quelcjucs autres auteurs d'ichlhyologie. lo HISTOIRE de deux mots grecs qui signiûentsiice-pîprre ou lèche' pierre. Le nom laliii lampetra ou lanibreda a la même oiigiiie et dérive des mots ïambe re , lécher , et petra, pierre; cette dénoniinafion a rapport à Fiiabitude com- mune à toutes les espèces de lamproies, de s'al tacher aux rochers avec beaucoup de force (j). Ces poissons ont la forme des serpens ; leur tète est oblongue , leur corps long et arrondi , et. leur peau nue , lisse et extrê- mement glissante. Ils ont un évent sur le derrière de la tète; et, ce qui les distingue des autres poissons, ils ont, an lieu d'ouïes, sept ouverîures de chaque coté du cou; ce sont les orifices de forgane de la respiration. A ces ouvertures correspondent autant de petites bourses elliptiques , sur lesquelles s'étend une peau rougeàtre et plissée; elles sont placées les unes derrière les autres, s'ayancent dans une direction oblique , et n'ont aucune communication entre elles ; nmis cliaoune de ces bourses ou petits sacs , que Ton peut appeler respiratoires^ a une (i) Gesiirr et Aldrovande pensent que le mot latin lampetra vient d'alcrhès, qui , en grec, veut dire uti corp'î glissant qui échappe à la main, d'où, l'on a fait ahbastrum, pour signifier le marbre le plus poliv DES LAMPROIES. ii ouverture en dehors et deux en dedans ; Feau entre par la première et sort par les deux autres, ou par la bouche ; et lorsque les lamproies sont attachées aux rochers ou aux autres substances submergées, au moyen de leurs lèvres et de leurs dents, l'eau sort par rêvent de la nuque de la même ma- nière que les cétacés la font jaillir par les évents qu'ils ont sur la tête. Les lamproies ont des dents jaunâtres , deux nageoires cartilagineuses ^sur le dos , et une q^geoire à l'extrémité de la queue ; il n'y en a point au ventre. Nous connoissons neuf espèces de lam- proies, que nous examinerons dans autant d'articles. r 12 HISTOIRE LA LAMPROIE PROPREMENT DITE (i). :PREMIÈRE ESPÈCE. Voyez la figure i , planche I. P LusiEURs auteurs ont cru reconnoitre la lamproie clans le poisson que Galien vit (i) Lamproie et quelquefois lamproyc. L'on n'est pas certain du nom que ce poisson portoit chez les anciens grecs. En latin , lampetra ou lampedra» Par quelques auteurs , plota fluta , asterias , hirudo , Tnurœna , vei'jnis marinas. En anglais , lamprey et lamprey-ell. En allemand, lamprete. En hollandais , zée-lamprey. En italien, lampreda. En espagnol, lam-' prea. h. Malte , il mustilla. Sur les bords de la Loire, lamprei. A Bordeaux, la lamproie encore petite s'appelle pihale. Mustela siife lampetra. Belon , de Aquat. lib. i , P^g* 7^ y ^^ édition française , pag. ^Ç^ , avec une mauvaise figure. — Gesner, de Aquatilibus , lib. 5, pag. 696, avec une mauvaise figure. Lampetra. Salvian. Aquat. animal, histor. pag. 65, fig. tab. 4. Lamproie. Rondelet, Histoire des poissons, liv. i5^ /V.i. ,ÎO, f.J2. Frj/.j. I. A L AMiniOlE . />,/. 2 . /a ùovc/w Û7a>c7'à' . DES LAMPROIES. i5 à Rome , et qu'il appelle galexias (i). Mais ce qu'en dit cet ancien médecin est trop peu précis , pour que l'opinion puisse se cbap. 3, pag. 3io de l'édition française, avec une mauvaise figure. Lampetra major. AldroVand. de Piscibns , lib. 4 , pag. 536 , avec une mauvaise figure. — Schwenck- feld , Tlieriolr. siles. fol. 45i« — Charlet. Onom. foJ. i55,n«3. Lampetra. Jonston , Hist. nat. de piscib. pag. 79. A lamprey or lamprey-eel. Wilfuglib. JTist. pisc. lib. 4, cap. 2,^2, pag. io5, fig. 2, tab. G. 2. — British zool. toiu. 111, pag. 76, fig. 27. tab. 8. — Ray , Sj'^nops. piscium , pag. 55. Petrumyzon ore iritàs papilloso , pinnâ dorsali poster lore a caudâ distinctâ . . , petromyzon marinus, liin. edit. Gmel. gen. 129, sp. 1. — Faun. suecic- edit. Relzii , pag. 5o2. Petromlzon ordinibus dentium circiter vîginti,. . . petromizon m,aculosus. Artedi , Gen. piscium , ord. 4p gen. 4^ > sp. 2. La marbrée. Daubenton, Encyclopédie méthodique. — Bonaterre , planches du même ouvrage. La lamproie. Bloch, Histoire nat. des poissons, 5*^ partie , pag. 5i ^fig. pi. lxxvii. Le pétromyzon lamproie. Lacépède , Hist. nat. des poissons , tom. I , in-4°, pag. 3 , fig. pi. i. (1) De Alimentis , clas. 2 , fol. 5o , h. Voyez , à ce sujet, l'histoire des poissons, par Salvien , fol. 65 et 64, où sont rassemblées toutes les probabilités ^«4 HISTOIRE fixer à cet égard. Il en est de même de la conjecture de ceux qui pensent que la lamproie a été indiquée par Dorion dans Athénée , sous ia dénomination de muraina potamia , murène des fleuves (i); dans Pline , sous les noms de lumbtic marin (2) , et de ver d'eau (■>),• par Slrabon, lorsqu'il parle de sangsues de sept coudées et à ouïes percées, qui naissent dans un certain fleuve de la Lybie(4). II est plus probable que lalamproie est ï'écheneis d'Oppien. «Elle se plaît, dit-il, dans la haute mer ; elle est longue d'une coudée , de couleur brune, semblable à Fan- guille, ayant la bouche en dessous, aiguë, et recourbée comme la pointe d'une hame- çon; les marins en content des choses mer- veilleuses et incroyables pour ceux qui n'en auroient pas été les téuioins. Ce poisson met sa bouche contre un navire, comme s'il vouloit le dévorer , et de quelque force .^ '■ »■ ■■ ' ' ' I . I. . I. .. ■»■! du rapprochement de la lamproie et du galexias de Galien. Beloii avoit piécédeiiimenl établi la même opinion. (i) Liv. 7 , chap. 5 12. (2) Hist. nat. lib. 9, cap. 20. (5) Ibid. lib. 9, cap. i5. (4) Idem , ibidem. DES LAMPROIES. i5 ce vaisseau soit poussé par les vents ou les rames, l'écheneis l'arrête et le relient (»)^^- Ce qu'Oppien rapporte de son écheneis convient parfaitement à la lamproie , si Foa en excepte les fables qui en terminent la courte description. L'amour du meiveilleux, cette sorte d'inquiétude daus l'imagination, qui se plaît à être frappée par des choses nouvelles et extraordinaires , est de tous les âges ; on ne cesse de le reprocher aux anciens ; mais , si des connoissances plus exactes nous éloignent de beaucoup d'opi- nions fausses, et même absurdes , que l'anti- quité adoptoit , nous n'en sommes pas moins avides du merveilleux , ni moins disposés à l'accueillir. Si Ton en croyoit des auteurs plus modernes qu'Oppien , les faits que ce poëte naturaliste raconte de la lamproie ne pour- roient être révoqués en doute , puisqu'ils attestent les avoir vérifiés. Un homme grave, d'une vaste érudition et d'un grand sens, Gesner , dit qu'en partant de Rome , à Li suite du cardinal de Tournon , la galère qui les portoit avec beaucoup de célérité fut tout à coup arrêtée; l'on cherclia long-tems d'où pouvoit venir un changement aussi subit, (i) Halieuticon ,liv. i , pag. 9. îG HISTOIRE et Ton découvrit enfin une lamproie quî s'étoit attachée au gouvernail ; on la prit ^ on la mangea , et le vaisseau fendit les eaux avec autant de rapidité qu'auparavant. Gesuer, qui se doutoit bien qu'un fait de cette nature trouveroit difficilement des gens disposés à y ajouter foi, prend le soin de prévenir que de nobles personnages, aved lesquels il naviguoit, Font vérifié comme lui (i). Rondelet cite aussi, sur ce sujet, sa propre expérience ; il assure avoir re-* connu que , si la lamproie applique son museau contre une galère, elle rarrêtera(3). Mais je m'arrête aussi ; et si quelquefois je fais mention des égaremens de la crédulité et des écarts de l'imagination, c'est que ce sont des points qui ne sont pas inutiles à l'histoire de la science de la Nature , ni (i) De Aqualilibus, lib. 5, p. 698. (2) Histoire des poissons, liv. i5, pag. 3i2. — - « Le naturel de ce poisson est de s'attacher aux pierres et rochers moussuz , tant de mer que d'eau doulce : et encore à l'enlour des navires fraîcliement poissées ; de sorte que les mariniers ont quelquefois grand'peine à retirer et redresser leurs tymons et gouvernaulx, quand ccste besle y attachée, tire aw contraire)). (Belon, de la Nature et diversité des poissons , liv. i , pag. 66. ) même DES LAMPROIES. 17 même à l'iiistoire des sociétés humaines ; la leclure de celle-ci seroit moins pénible, si les pages qui la composent ne présentoient que le tableau des erreurs de Fesprit, au lieu de la peinture des vices du cœur et des effets de la perversité de Tame. Ce n'est pas seulement aux vaisseaux que les lamproies se collent par la bouche ; elles s'attachent de même aux bois submergés , aux rochers couverts par les eaux de la mer , même à de grands poissons , qu'elles n'abandonnent que lorsqu'ils sont morts ( 1). L'on dit qu'elles choisissent de. préférence les navireS' dont la carène a été nouvelle- ment enduite de goudron (2). La force avec laquelle ces poissons adhèrent aux diiférens corps est assez grande pour que l'on soit obligé d'employer quelques efforts pour les en détacher. On a vu une lamproie du poids de trois livres soutenir en l'air avec sa bouche une pierre qui en pesoit douze (5). C'est par le moyen d'une espèce de succion que les lamproies se fixent aussi fortement ,• leurs (1) Belott, à l'endroit ci-dessus, ^cité. — Gesner , ïoco supra citato. (2) Guiiner , Act. nidr. 4* (3) Pennant, British zool. tom. III ; pàg. 78. Foks. Tome IIL B 18 HISTOIRE lèvres sont souples et très-mobiles, et Yévent qu'elles ont à la nuque leur donne la facilité de rejeter Teau entrée par les ouvertures de leurs sacs respiratoires , sans qu'elles aient besoin d'avoir la bouche libre. Elles sont d'ailleurs douées d'une force considé- rable dans les muscles et d'une grande vita- lité ; les plus fortes blessures ne les font point mourir. Elles peuvent perdre de très- grandes portions de leur corps sans être à l'iilstaht privées de la vie ; et l'on en a vu ^ à qui il ne restoit que la tête et le devant clu corps , coller encore leur bouche avec force , pendant plusieurs heures , à des subs- tances dures qu'on leur présentoit (i), La conformation de la bouche aide beau- coup à cette puissance d'adhésion ; placée un peu au dessous de l'extrémité du museau, sôri orifice est arrondi , et néanmoins un peu bbîôhg; elle n'est point ouverte trans- versalement comme celle des autres pois- sons , mais elle est creusée presque circu- lairement comitie celle d'une sangsue ; les lèvres épaisses 5 charnues, et, comme je viens de le dire , souples et mobiles , fibreuses , déchiquetées sur leurs bords , et comme (i) Lacépède, Histoire du pétromyzon lamproie. DES LAMPROIES. 19 Spongieuses , s'appliquent exactement à la surface des corps , et semblent les sucer. Plusieurs rangées de dents, communément au ilombre de vingt , sont disposées en cercle dans l'intérieur de la bouche. 11 y a cinq ou six dents à chaque rangée ; elles sont séparées les unes des autres , un peu re- courbées et très-aiguës , creuses et de coulent^ jaune orangée. Ce ne sont pas de simples excroissances cartilagineuses comme Ta dit liinnasLis (1) , et comme d'autres l'ont répété ; leur substance est osseuse et ne diffère point de celle des dents des autres animaux. Mais ce qui les distingue véritablement, c'est la manière dont elles sont enchâssées; elles ne tiennent point à des mâchoires osseuses ; elles sont seulement maintenues dans des capsules charnues. Outre ces rangées, l'on en voit une autre , formée en ligne droite de six dents qui se touchent, à la partie pos- térieure de la bouche. Deux autres dents, plus grosses que les autres, se remarquent sur le devant et en haut de la bouche ,• enfin la langue , qui est courte et échancrée en croissant , est encore armée sur ses bords de très -petites dents en forme de scie. (i) Syst. nat. B a ûo HISTOIRE (Voyez la figure de la bouche de la lam- proie, planche I, iig. 2. ) Avec un appareil en apparence si for- midable, la lamproie , qui se nourrit de substances animales, n'attaque que les êtres les plus foibles; elle fait sa proie ordinaire de vers marins et de petits poissons ; elle se contente même de cadavres d'animaux aquatiques, et de toute autre chair morte (i). Cette foiblesse dans les moyens de subsis- tance indique celle de ses ressources. Ses dents ne tiennent qu'à la chair, et elles ne sont point soutenues par des alvéoles osseux ; en sorte que, quoique très - nombreuses et très-aiguës , elles n'ont aucune solidilé et semblent ne servir au poisson que pour se coller et se fixer avec force à des corps solides. Ne pouvant attaquer elle-même, la lam- proie ne sait pas mieux se défendre; elle ne présente aucune résistance à ses ennemis, et si elle leur échappe, c'est par la fuite et la retraite dans quelque trou obscur où elle se gUsse, et où les loutres, ainsi que les ^ » II» ' ' Il I ■ .. I ■ I M (i) Rondeiet s'est trompé en disant que les lam- proies ne vivoient que d'eau et de bourbe. (Hist. des poissons, liv. ï5;pas. 5 il.) DES LAMPROIES. 21* poissons .voraces , tels que le silure et le brochet, ne peuvent la suivre. La tète de la lamproie est arrondie J alongée , et de la même grosseur que le corps , mais elle s'amincit vers la bouche. Les yeux sont petits , ronds et enfoncés ; Tiris est jaune , pointillé de noir. Au dessus et au dessous de chaque œil sont deux lignes horisontales de petits trous , orifices de ca- naux qui pénètrent assez avant. Il y a cinq de ces trous à la rangée supérieure , et quatre seulement k celle qui est placée au dessous de l'œil. Plusieurs naturalistes ont regardé ces petites ouvertures comme les orifices des organes de l'ouïe et de l'odorat (1). Sur le derrière de la tête , entre les deux yeux , est un évent, ou conduit fistuleux, entouré d'une membrane un peu saillante, et ouvert jusques dans la bouche; c'est par ce canal (i) (c Ces petites ouvertures paroissent êfre les orifices des canaux destinés à porter à la surface du corps cette liumeur visqueuse , si nécessaire à presque tous les poissons pour entretenir la souplesse de leurs membres, et particulièrement à ceux qui, comme les pétromyzons (les lamproies) ne se meuvent que par des ondulations rapidement exécutées.)) ( Laoé- pède , Hist. nat. ^es poissons, tom. I ; pag. 7.) B 3 S8 HISTOIRE que l'eau, entrée par les trous qui conduisent aux cellules respiratoires , jaillit lorsque le poisson a la bouche fermée, ou plutôt ap- pliquée contre quelque corps. Ces trous sont disposés en ligne droite , qui commence derrière Tœil de chaque côté ; le premier et le dernier sont plus petits que les autres, Les anciens les nommoient des yeux , et c'est encore aujourd'hui leur dénomination vulgaire. L'on a vu précédemment le jeu et l'usage de ces organes de la respiration, qui ne sont, à proprement parler, ni des poumons, ni des ouïes, mais qui font les fonctions des uns et des autres. Cette con- formation ne se retrouve dans aucun autre genre de poissons. (Voyez la fig. 5, pi. 1). a a a aa a a sont les orifices des conduits pulmonaires. hh hb bb b sont les conduits pulmonaires qui aboutissent aux orifices. Ces conduits sont composés de plusieurs canaux, unis ensemble au nombre de douze à quatorze par chaque conduit. Si l'on bouche les orifices avec de la cire liquide , on s'aper- çoit bientôt que le mouvement des bourses pulmonaires diminue , et que le poisson ne tarderoit pas à périr suffoqué; dès que l'on i DES LAMPROIES. aS l^etire la cire , ces espèces de poumons re- prennent leur niouvemenl naturel (i). On ne peut n:^ieux comparer le corps da la lamproie qu'à celui d'un serpent ; c'est la même forme cylindrique, très-alongée, ter- minée par une queue dont l'épaisseur di- minue sensiblement jusqu'à son extrémité. Ce n'est pas le seul rapport que les lamproies aient avec les serpens : il y en a d'autres non moins frappans , tels que le mécanisme de la respiration ; la conformation des parties intérieures ,* la privation des nageoires au ventre et à la poitrine, parties correspon- dantes aux pieds des autres animaux, qui manquent également aux serpens; les replis et les portions d'arc que la lamproie décrit en nageant, et en imitant dans les eaux la marche ondoyante et tortueuse des serpens; enfin , plusieurs habitudes communes (2). ■ ■■ ' ■ I . I a (i) Observations anatomiques sur la lamproie et ses poumons, et sur l'anguille, par Olalis Jacobaeus. ( Collection académique , partie étrangère , tom. IV", pag. 364.) (2) L'ingénieux auteur de l'Histoire naturelle des reptiles et des poissons a tracé, de main de maître, les rapprochemens qui existent entre les lamproies et les serpens. ( Voyez Lacépède , Histoire du pétro- myzon lamproie.) B 4 24 HISTOIRE Des deux nageoires qui sont sur le dos de la lamproie , la première ne prend son origine qu'aux deux tiers environ de la longueur du corps; elle est courte et s'ar- rondit en arc de cercle ; la seconde en est fort peu éloignée , s'élève moins, s'alonge davantage, et prenant à sa naissance toute sa hauteur , diminue sensiblement jusques près de la nageoire de la queue, dont elle est séparée, mais seulement par un petit inter- valle (i).Ces deux nageoires ont peu de hau- teur : celle de la queue est courte et arrondie. Tout le poisson est couvert d'une peau lisse, visqueuse, mais ferme et dure, et si glissante qu'il est difficile à retenir dans la main. L'enduit muqueux dont cette peau est comme vernissée , de même qu'une grande force dans les muscles, sont les moyens puis- sans que la Nature a donnés aux lamproies pour exécuter avec aisance et rapidité les mouvemens les plus compliqués. La couleur dominante de celte enveloppe glutineuse est (i) C'est de cette disposilion de la seconde na- geoire du dos relativement à la nageoire de la queue, que Linnseus a fixé le principal caractère distinctif de la lamproie proprement dite. ( Syst. nat. loco citaio, ) Cependant la même disposition est com- mune à d'autres poissons du même genre. DES LAMPROIES. ^5 le verdâtre mêlé de brun sur la tête, au sommet de laquelle se trouve ordinairement une tache ronde et blanche ; le ventre est blanc ou blanchâtre. Des taches bleuâtres et blanches, irrégulières, et plus rapprochées sur le dos que sur les côtés , rendent la lamproie comme marbrée^ d'où ce nom lui a été donné par quelques naturalistes ( i ). Quelquefois ce poisson est jaunâtre , avec des marbrures verdâtres. Les nageoires du dos sont d'un jaune mêlé de rouge, ou brunes et variées d'orangé; celle de la queue est bleuâtre. Les parties les plus solides du corps de la lamproie ne consistent que dans une suite de vertèbres entièrement dénuées de côtes , dans une sorte de longue corde cartilagineuse et flexible , qui renferme la moelle épinière , et qui compose l'une des charpentes animales les plus simples (2). Auprès du gosier on (i) Daubenton , Bonaterre , etc. (2) Lacépède, à l'endroit précédemment cité. — ^ « Elle est sans os ; au lieu d'arestes é de neuds d»o l'espine du dos , lia une cartilage continue, dans laquelle i a de la mouelle que nous appelons la chorde; au printems est tendre, en esté dure , é lors com- mence à n'estre en si grand pris)). ( Rondelet j His- toire des poissons , lib. 12 , chap. 3 , pag. 5i i. ) 26 HISTOIRE découvre un corps fourchu qui a du mou- vement ; sur ce corps il y en a un autre charnu , marqué sur ses côtés de deux taches oblongues et noirâtres (i). La fig. 3 de la planche l, a, représente ce corps charnu; b b sont les deux taches noirâtres. Derrière la langue commence le canal alimentaire, étroit à ses deux extrémités, et s'élargissant dans son milieu ; il s'étend jusqu'à Tanus sans aucune circonvolution, et il n'a ni appendices , ni plis pour retenir la nourriture. L'enveloppe du cœur, ou le péricarde, est épaisse , dure et cartilagineuse; l'oreillette est grosse et communique au cœur par un canal placé dans le miheu; la veine -cave sort de la partie la plus large du cœur. Le foie est oblong; sa couleur est un verd de mer, et il n'a qu'un lobe, sui- vant Tobservation de Redi (2); il n'y a point de vésicule du fiel (3). L'on prétend que , dans les femelles, le foie est d'un verd plus foncé que dans les mâles. Une (i) Olalis JacobasLis, Collection académique, loco suprà citato. (2) Observations de Redi sur les animaux vivans qui se trouvent dans les animaux vivans. ( Collection académique, partie étrangère , pag. 5oo. ) (3) Rondelet, Hist. des poissons, pag. 3ii- DES LAMPROIES. 27 sorte de conduit parcourt la cavité inté- rieure de Tinlestiu dans toute sa longueur; ce conduit n'est autre chose qu'une veine qui sort du foie et qui pénètre dans Tintes- tin à l'endroit de son adhérence au foie; elle a une glande et une valvule à son in- sertion ; api es avoir parcouru d'un bout à l'autre la capacité de l'intestin, elle en perce de nouveau la tunique et sort pour aller se joindre à une grosse artère, qui serpente dans toute la longueur du ventre de la lamproie. Dans les femelles, les ovaires occupent presque toute la cavité du ventre; ils con- sistent en petits disques ou en plaques très- minces, qui sont attachées en arrière, le long de l'épine du dos , à un vaisseau comme à un lacet (1). Ils se terminent par un petit canal cylindrique et saillant hors du corps de l'animal , à l'endroit de l'anus (2). Les œufs sont de la grosseur de graines de pavot et de couleur d'orange ; mais, dès qu'ils sont secs, ils deviennent si petits qu'il est im- possible de les compter (3), (1) Bloch, Hist. nat. de la lamproie. (2) Lacépède, Hist. du pétromyzon lamproie. (5) Bloch , à rcndroit cité. 28 HISTOIRE Lorsque , dans nos latitudes boréales , le priulems vient donner le signal de la repro- duction de tous les êtres , Fheure de la Nature se fait entendre jusqu'au fond des abîmes ; alors les lamproies , abandonnant leurs sombres retraites, s'éloignent des ro- chers qui leur servent d'asile au milieu des mers, et, pressées par le plus doux, comme le plus impérieux des besoins, elles entrent dans nos fleuves et nos rivières, les femelles pour y déposer leurs œufs et les mâles pour les féconder. Les petits , qu'à Bordeaux on appelle pibales (i), gagnent la mer avec les vieilles lamproies qui ont échappé aux filets des pécheurs , pour entreprendre de nou- veau , à la même époque , ce voyage des eaux salées aux eaux douces, quelque dan- gereux et quelque destructeur qu'il soit pour leur espèce. C'est en effet le tems du frai que l'homme, toujours habile à saisir tous les moyens de destruction, choisit pour tendre des em- bûches aux lamproies ; le moment de leur multiplication devient celui où elles périssent en plus grand nombre. On leur fait une guerre très-active , tant sur les côtes que (i) Rondelet, Hist. des poissons, pag. 5u. DES LAMPROIES. 29 dans les eaux des fleuves el des rivières. Leur cliair, quoique assez molle et un peu. visqueuse, ne laisse pas d'être très-délicate, sur-tout lorsqu'elles sortent de la mer pour venir habiter les eaux douces; mais le sé- jour dans cette demeure passagère en di- minue la bonne qualité, et elles ne sont plus aussi estimées quand elles retournent dans leur habitation maritime. Les pécheurs appellent lamproie cordée celle qui, étant prise en mauvaise saison, est devenue dure et sèche. Ces poissons sont fort estimés à Rome , et ils s'y vendent quelquefois à nn très- haut prix. Paul Jove, qui a fait, en i524, un petit livre latin sur les poissons du Tibre, rapporte que les grands de Rome payoient souvent une lamproie dix pièces d'or, prin- cipalenaent au printems; et Platine, qui a beaucoup écrit sur la cuisine de la Rome moderne, s'élève avec indignation contre le luxe des tables qui i-égnoit de son tems à la cour des papes et dans les maisons opu- lentes, où l'on servoit des lamproies ache- tées cinq, six, sept et jusqu'à vingt pièces d'or. La manière la plus ordinaire d'apprêter ces poissons consistoit à les faire mourir dans du vin de Candie , à leur mettjie miQ mus- 52 HISTOIRE croyoient que celte espèce se contentoil; en sorte qu'ils donnoient à un fait faux une cause également imaginaire. Quoique Ton ne connoisse pas précisément le nombre d'années que la Nature accorde aux lam- proies, et que les pièges du pêcheur leur laissent rarement parcourir , il est certain qu'elles fournissent une plus longue carrière que quelques auteurs ne l'ont pensé. L'on en peut juger par les dimensions auxquelles ces poissons parviennent, et qui ne laissent pas d'être considérables. L'on en prend assez souvent de trois pieds de long, d'environ cinq pouces de diamètre près de la partie an- térieure du corps, et de trois livres de poids; Blocli assure qu^il s'en rencontre quelque- fois de grosses comme le bras, et qui pèsent jusqu'à six livres (i). L'espèce de la lamproie proprement dite est nombreuse et se trouve dans presque toutes les mers^ cependant ces poissons fré- quentent de préférence et sont beaucoup plus communs dans les mers du nord que dans celles du midi. Aux mois de mars , d'avril et de mai ils entrent dans la plupart (i) Blocli , Hist, nat. de la lamproie. des DES LAMPROIES. 55 des fleuves et des rivières de Fiance, d'An- gleterre , d'Allemagne , de Suède , etc. Ils sont plus rares dans la Baltique et dans le détroit d'Aresund (i). Jove en a fait men- tion en traitant des poissons du lac Claris. Les fleuves d'Italie, et pôrliculièrenient le Tibre, reçoivent aussi les lamproies; mais, quoiqu'elles habitent la partie occidentale de la Méditerranée , il ne paroît pas qu^elles s'avancent à l'orient, c'est-à-dire, dans la mer de Grèce. Kœmpfer les a retrouvées sur les côtes du Japon , où elles portent le nom de jaatznio imagi (2). Enfin d'autres voyageurs les ont vues sur les plages méri- dionales de FAmérique (5). (i) Lin. Faun. suec. edit. Retzii, pag. 5o2. (2) Voyage au Japon , tom. I. (5) Le lamper est une espèce de lamproie, comme «elle qu'on prend dans la Tamise; celle de Surinam est d'une forme ronde et peu grosse, mais glutineuse et très-grasse -, elle est d'un bleu verdâtre , avec des taches jaunes, excepté sous le ventre qui est blanc. Ce poissorij comme le saumon , fréquente la mer et les rivières. « ( Voyage à Surinam et d ms l'intérieur de la Guiane , par le capitaine Stednian, traduit par Henry, tora. II , pag. 28.) Avant Stedman, Philippe Fermin avoit parlé de Poiss. Tome III. C S4 HISTOIRE En Angleterre on prend une grande quan- tité de lamproies avec les saumons et les aloses, poissons qui remontent également les rivières à la même époque. Dans la saison où elles sont rares, on les paye jusqu'à une guinée la pièce ,* et la ville de Glocester est dans Tusage de présenter tous les ans, vers les fêtes de Noël, un pâté de lam- proies au roi de la Grande-Bretagne (i). Dans les pays où Ton pêche un trop grand nombre de ces poissons, pour que l'on puisse les consommer frais , on les conserve en les faisant griller et leîs mettant dans des barils avec du vinaigre et des épices ; on les envoie 3a lamproie comme d'un poisson de la mer et des rivières de la Guiane hollandaise. (Description de la colonie de Surinam , tom. II, p. 266.) Mais l'on ne doit pas confondre avec la lamproie le poisson des environs du Para , auquel M. de la Condamine applique celte dénomination, et qui a, dit -il, la même propriété que la torpille. { Relation abrégée d'un voyage dans l'intérieur de l'Amérique méri- dionale , pag. i54-) Ce poisson électrique n'est point une espèce de lamproie ; on le nomme à Cayenne anguille tremh tante ^ et il en sera question dans la suite de cet ouvrage. (1) Blocli , loco suprà cUato, DES LAMPROIES. 35 ainsi dans d'autres pays pour être servies sur la table des riches. A Hambourg on les sale, et à Danlzick on les fume pour les conserver et les transporter (i). PÊCHES DE LA *LAM P RO I E, L'on se sert, pour pêcher les lamproies, de nasses et de louves. La nasse (2) est une sorte de panier fait de jonc, d'osier ou d'autre bois flexible; comme il est à claire- voie, l'eau passe aisé- ment , mais le poisson est retenu par les baguettes. Ce panier a un ou plusieurs gou- lets , composés de brins d'osier déîiés et souples, très-flns et élastiques, dont les bouts ne sont point letenus par des traverses, en sorte qu'ils sont assez flexibles pour ne point former d'obstacle à l'entrée du pois- son dans la nasse ; mais aussitôt qu'il est entré en les écartant, ils se rapprochent les uns des autres et lui présentent leurs pointes (i) Aldrovand. de Piscib. p. 542. (2) En anglais, a bow-net , ou weel. En allemand, fischreussen. En italien , nassa. On lui dojine diffé- rens noms en France : nasse, nasson ^ nanse , hire , tvuteilk j ruche ^ panier y houtteroUe , gIq. C a 36 HISTOIRE réimîes qui rempêcheiit de sortir. La fig. i' de la planche II représente ces goulets un peu en grand au dessus de A , qui est une coupe de la nasse B , fig. 2. Les «asses n'étant point pliantes comme les filets le sont, pn y ménage une ouver- ture pour en retirer le poisson, quelquefois au bout opposé au goulet , comme en a , fig. 3, et d'autres fois vers le milieu, comme enC, fig. 2. Ces ouvertures se ferment avec une petite trappe, retenue au corps de la nasse , tout le tems qu'elle est dans l'eau , et que l'on n'ouvre que quand on en retire le poisson. On fait des nasses de différentes formes et de différentes grandeurs. Voyez les fig. 1 , 2 , 3 , 4 et 5. Celles dont se servent les pê- cheurs de Nantes, pour prendre les lam- proies, ont la forme d'un cône. A l'un des bouts est un goulet qui se resserre beau- coup, et que l'on présente au courant le plus rapide. A l'embouchure de quelques rivières J comme celle de la Loire, l'on construit, en bois et en pierres, des chaussées sur lesquelles on établit les nasses. Des pieux enfoncés en travers de la rivière, dans les endroits où le flot se fait sentir à chaque. 'De Sa>e ,M <^. Vcucan/S. Fijf .1.2.3 4'-â'. NASSES DE DnTERITNTES FOBMES. " Fu/. 6 . ÏILET APPELÉ LOUVE . DES LAMPROIES. 67 marée , maintiennent des pierres sèches que Ton jette entre eux, et qui en surmonte la tête d'un pied au moins. On profite, pour se livrer à ce travail , des eaux basses de Tété; mais dans le tems de la pêche des lamproies , qui commence à Noël , si le tems est convenable , et s'il n'y a point de glace, il y a sur ces chaussées jusqu'à dix y douze, quinze et même vingt pieds d'eau. Ces pêcheries s'appellent duits. On y place des nasses d'environ six pieds de long, à ventre fort gros et à large ouverture. Les baguettes ou tiges, dont elles sont formées, doivent être assez serrées pour qu'on ne puisse placer les doigts entre deux sans les forcer un peu. Le dessous doit être plat , et le goulet, qui commence dès l'entrée, va presque jusqu'au bout , où la nasse forme ime petite gorge , et où il y a une espèce d'anse ou d'organeau aussi d'osier. Il y a tout à fait au fond une ouverture bouchée , dans les unes avec un tampon de paille ou de foin, dans les autres avec une petite porte d'osier arrêtée avec une che- ville ; c'est par là que les pêcheurs tirent hors des nasses les lamproies qui s'y sont prises. Pour tendx*e les nasses et les placer sur C 3 58 HISTOIRE les duits, les pcclieurs passent dans l'anse d'osier ou i'organeau un lien d'osier tors qu'ils nomment tresseau , et qui est en forme de cordage et long de cinq à six brasses. A l'autre bout du tresseau ils attachent une grosse pierre de cent à cent cinquante livres pesant, qui sert d'ancre, et que l'on pose à mont du duit. Chaque nasse a son tresseau et sa pierre ,• on l'arrête sur le duit de ma- nière que l'ouverture en soit exposée à la mer. Ces instrumens restent trois ou quatre mois à l'eau. Lorsque les pêcheurs relèvent les nasses pour en retirer les lamproies qui y sont en- trées , ils accrochent avec une hampe ou gaffe le tresseau, sans être obligés de remuer la pierre, et ils replacent de même les nasses après qu'ils ont pris les lamproies. Ils ne manquent pas de les visiter une fois par jour. Un duit porte quarante à soixante nasses, se touchant l'une l'autre par leurs côtés. La louve ou loup , qu'il ne faut pas con- fondre avec le verveux double, auquel on donne aussi le nom de loup dans quelques endroits, est une espèce de filets en nappe, dont les mailles ont ordinairement seize à dix-sept lignes en carré , et dont le milieu DES LAMPROIES. 09 forme une poche. Voyez la figure 6, pi. II. On tend ce filet avec trois grandes perches ABC, dont Tune A est haute de douze à quinze pieds, et doit rester à la place où on Ta fichée ; les deux autres se dépiquent toutes les fois que l'on veut prendre le pois- son qui est dans le filet. Voici comment les pêcheurs nantais se servent de ce filet pour pêcher dans leur rade à une demi-lieue au plus de terre : il présente à Teau son ouverture A B; aux deux bouts qui répondent aux perches A et B, il a trois brasses de chute; mais au milieu ou au fond, qui répond à la perche C, il n'en a que huit; en soi te qu'il forme en L une grande bourse. L'ouverture A B est de douze à treize brasses. Pour tendre ce filet, on amarre à la perche A une aussière de trente à quarante brasses de longueur. Une corde un peu plus grande que l'ouverture du filet s'étend de la perche A à la perche B; on mouille en avant un petit grapin F, dont le cablot G a dix ou douze brasses de long, et qui sert à retenir la pêcherie contre l'effort du courant. On amarre aux deux perches A et B les aussières D et H. Afin que le filet fasse mieux le sac , on le tend de manière que la marée l'entonne dans C 4 40 HISTOIRE son fond et la peiche C le soutient. Com- niLinénient le filet ne porte pas sur le ter- rain; il n'a presque jamais ni de flotte, ni de lest ; on le tend une heure après le com- jniencement de la marée , et on le relève une heure avant qu'elle ne se retire. Le filet tendu, les pêcheurs se tiennent dans un petit bateau derrière la perche C. Lorsqu'ils veulent prendre le poisson , on démonte la perche B , on dépique celle du milieu C , on dégage les bras de la perche A, et on tire le filet dans le bateau, en le pliant en deux, suivant sa longueur, pour mieux retenir le poisson. Cette pèche se fait égale- ment le jour comme de nuit; les grandes marées, aussi bien que les tems calmes, sont les momens les plus favorables. Quelquefois on se sert d'un filet appro- chant du loup , mais moins grand , lesté et flotté , et qu'on tient à la main ; on lui donne ordinairement trois ou quatre brasses de longueur, et une brasse et demie ou deux brasses de chute ; on l'attache par les ex- trémités à deux perches de quinze à vingt pieds de long. Deux hommes nus , tenant chacun une de ces perches , vont sur les sables de la côte , à marée montante, et entrent dans la mer le plus avant qu'ils DES LAMTROIES. 41 peuvent , ayant souvent de l'eau jusqu'au cou. lis présentent au flux leur filet auquel l'effort de l'eau donne une courbure sem- blable à celle d'une voile enflée par le vent. Lorque ces pêcheurs voient arriver vers eux une grosse lame qui poiuroit les couvrir, ils s'élèvent au dessus en s'appu} ant sur la perche qu'ils tiennent, et dont le pied s'enfonce dans le sable. Dès qu'ils sentent qu'il y a des poissons dans le filet, ils rap- prochent les deux perches Tune de Tautre pour envelopper les poissons; et après les avoir retirés du filet , ils recommencent la même manoeuvre tant que la marée le leur permet; ils se rapprochent du i^ivage à mesure que la mer s'élève , et ils ne cessent de pêcher que lorsqu'elle les force à se retirer. On se sert encore , pour la pèche des lamproies dans la Loire, d^in filet que, par cette raison , l'on appelle lampresse. C'est une espèce de demi- folle (1), dont les mailles n'ont qu'un pouce et demi d'ouver- ture, et qui ont vingt -huit brasses de lon- gueur sur six pieds de haut. Les lamproies qui proviennent des lam- (1) Celte sorte de filets sera décrite dans la suite. 4d HISTOIRE presses et des louves sont plus estimées que celles qui se pèchent avec les nasses , parce que le poisson est retiré sur le champ de ces filets; au lieu que celui qui se prend dans les nasses , peu de tems après qu'elles ont été visitées , s'y fatigue beaucoup par les efforts qu'il fait pour sortir , ce qui le maigrit extrêmement» DES LAMPROIES. 43 LA P R I C K A. SECONDE ESPÈCE DE LAMPROIE. LE PÉTROMYZON PRTCKA (i), PAR LACÉPÉDE. iV. B. Il est nécessaire de se rappeler que Lacépède a adopté le mot pétromyzon pour désigner les lamproies. (^E pétromyzon diffère de la lamproie par quelques traits remarquables. Il ne parvient jamais à une grandeur aussi considc^rable , ( i) En Allemagne, prick , hrihe , neunauge. En Au- triche , ncunaiigcl. En Pologne, minog. En Russie, minoggî. En Estonie, silmuhd ^ uchsa y silmad. En Suède , natting eX neunogen. En Angleterre, lampern et lamprey-ael. Lamproie pricka Daubenton , Encyclop. méthod. Pe'tromyzon Jluviaùllis. Lin. édil. de Gmel. Nein-oga , natting. Faun. suec. p. io6. ( Le nom valguïje de nein-oga , neinauge , neuf yeux , que Ton donne dans presque tout le nord aux pétromyzons , ainsi que celui (\^ jaatzmo un agis , huit yeux ^ dont on se sert dans le Japon pour ces mêmes animaux, et de même que plusieurs autres noms analogues, doivent venir de quelque erreur plus ou moins nii- 144 HISTOIRE puisqu'on n'en voit guère qui aient plus de quatre décimètres ( environ quinze pouces ) cienne , qui aura fait considérer comme des yeux les trous respiratoires que l'on voit de chaque côté du corps des pétromyzons, et que quelques auteurs ont indiqués comme étant au nombre de huit , et même de neuf. ) Petromyzon unico ordine denticulorum minimorum in limbo oris prœter inferiores majores. Artedi / gen. 64. syn. 89,sp. 99. La petite lamproie. Bloch , part. III , pag. 54 y pi. i.xxviir , fi g. I. La lamproie branchiale* Bonaterre , planches de TEncyclopédie méthodique. Petromyzon fluviatilis , steen sue , negen oyen , negen ogen , lamprette. Millier , Prodrom. pag. Sy ^ n** 507. Petromyzon , prich , negen oog. Gronov. Mus. i , p. 64 , n** 114. Zooph. p. 58. Mustela. Plin.liv. 9, chap. 17. Miistela fliwiatilis. Belon , Aquat. p. y 5. Lampetra suhcinerea , maculis carens. Salvian. Aquat. p. 62. Lampetra , alterum gcnus. Gesner j Aquat. p. 697. Lampreda. Icon. anim. p. 526. lampetra , médium genus. Willughby, Ichth. p. i o6> tah. gen. 2 , fig. i \ et gen. 5, fig. 2. Lampetra , médium genus. Ray > Syn. piscium ^ p. aS, n** I. Lampetra fluviatilis, Aldrov. p. 587. — Jonston, DES LAMPROIES. 45 de longueur , tandis qu'on a péché des lam- proies longues de deux mètres ( six pieds ^ ou à peu près ). D'ailleurs les dents qui gar- nissent la bouche de la pricka ne sont ni ea même nombre ni disposées de même que celles de la lamproie. On voit d'abord ua seul rang de très -petites dents placées sur la circonférence de Touverture de la bouche; Dans Fintérieur de ce contour, et sur le devant, paroît ensuite une rangée de six dents égaleiîient très-petites ; de chaque côté et dans ce jnéme intérieur sont trois dents échangrées; plus près de Fentréede la bouche on aperçoit sur le devant une dent ou un os p. 104 > pl« XXVIII, ûg. II. — Schone , p. 4^' "^ C'harlet. p. i5q, n° 7. Lampetra fluviatilis média. Scbwenckf. Theriotr» siles. p. 552. Jaatzme unagi, Kaempfer, Voyage dans le Japon ^ tom. I , p. 1 56 , pi. XII , fig. 2. Minog. Rzaczynski, p. i34' Lamproie. Fcrmin , Histoire naturelle de Suri-* nam , p. 85. The leuer lamprey. Pennant , Brit. zoolog. 3j. p. 79, pi. VIII, fig. 2. Neunaugel. Marsigli , 4 > P- 2 , tab. i , fig. 4. Petromyzon. Kramer , Elenchus , p. 583 , n*^ i. Petromyzon, Klein, Miss, pisc. 5, p. 29, n*" l ^ tab. I , fig. 3. 46 HISTOIRE épais et en croissant, et sur le derrière un os aîongé, placé en travers, et garni de sept petites pointes,- plus loin encore des bords extérieurs de la bouche , on peut remar- quer un second os découpé en sept pointes; et enfin à une plus grande profondeur se trouve une dent ou pièce cartilagineuse. De plus , la seconde nageoire du dos touche celle de la queue, se confond avec cette der- nière au lieu d'en être séparée comme dans la lamproie , présente un angle saillant dans son contour supérieur; et enfîii les couleurs de la pricka sont différentes de celles du pétroniyzon lamproie. Sa tête est verdâtre, ses nageoires sont violettes ; le dessus du corps est noirâtre , ou d'un gris tirant sur le bleu ; les côtés présentent quelquefois une nuance Jaune ; le dessous du corps est d'un blanc souvent argenté et éclatant; et au lieu de voir sur le dos des taches plus ou moins vives comme sur la lamproie, on y remarque de petites raies transversales et ondulantes. Mais, dans presque tous les autres points de la conformation extérieure et intérieuie, les deux pétromyzons que nous comparons l'un avec l'autre ne paroissent être que deux copies d'un même modèle. Les yeux ont également , dans les deux DES LAMPROIES. 47 espèces, un iris de couleur d'or ou d'argent, et parsemé de petits points noirs, et sont également voilés par une membrane trans- parente , qui est une prolongation de la peau qui recouvre la tête. Une tache blanchâtre ou rougeâtre paroît auprès de la nuque de la pricka comme auprès de celle de la lamproie. 11 n'y a dans la pricka ni nageoires pec- torales ni nageoires ventrales ; celles du dos Sont soutenues , comme dans la lamproie , par des cartilages très - nombreux , assez rapprochés, qui se divisent vers leur som- met , et dont on ne peut bien reconnoître la contextiire qu'après avoir enlevé la peau qui les recouvre. La pricka a en outre tous ses viscères conformés comme ceux de la lamproie. Son cœur , son foie , ses ovaires , ses vésicules séminales sont semblables à ceux de ce der- nier poisson. Comme dans ce pétromyzon ]e tube intestinal est sans appendices et presque sans sinuosités , l'estomac est fort, musculeux , et capable de produire , avec des sucs gastriques très-actifs , les promptes digestions que paroît exiger un canal alimen- taire presque droit. Et pour terminer ce parallèle ^ le pétromj^zon pricka respire , 48 HISTOIRE comme la lamproie , par quatorze petite^ bourses semblables à celles de ce dernier animal. Montrant d'ailleurs, comme ce car- tilagineux , uo nouveau i apport avec les animaux qui ont de véritables poumons, il fait correspondre des gonflemens et des con- tractions alternatifs d'une grande partie de son corps aux dilatations et aux compressions alternai ives de ses organes respiratoires. . D'après tant de ressemblances , qui ne croiroit que les habitudes de la pricka ont la plus grande conformité avec celles de la lamproie? Cependant elles diffèrent les unes des autjes dans un point bien lemaïquabîe, dans riiabitalion. La lamproie passe une grande partie de Tannée, et particulièrement la saison de fliy ver , au milieu des eaux salées de l'Océan ou de la Méditerranée : la pricka demeure pendant ce même tems , et dans quelque pays qu'elle se trouve , au milieu des eaux douces des lacs de l'intérieur des continens et des îles; et voilà pourquoi plusieurs naturalistes lui ont donné le nom de fluviatile , qui rappelle l'identité de na- ture de l'eau des lacs et de celle des fleuves; pendant qu'ils ont appelé la lamproie le jpétromyzon marin. Nous n'avons pas besoin de faire remar- quer, DES LAMPROIES. 49 quer de nouveau ici que parmi les pétro- myzons, ainsi que dans presque toutes les familles de poissons , les espèces marines , quoique très - ressemblantes aux espèces fluviatiles , sont toujours beaucoup plus grandes ( i ) ; et nous ne croyons pas non plus devoir replacer dans cet article les con- jectures que nous avons déjà exposées sur la cause qui détermine au milieu des eaux de la mer le séjour d'espèces qui ont les plus grands caractères de conformité dans leur organisation extérieure et intérieure avec celles qui ne vivent qu'au milieu des eaux des fleuves ou des rivières (2). Mais, quoi qu'il en soit de ces conjectures , la même puissance qui oblige, vers le retour du prin=* tems, les lamproies à quitter les plages ma- ritimes , et A passer dans les fleuves qui y portent îeujs eaux, contraint également , et vers la même époque , les pétromyzons pricka à quitter les îâcs dans le fond desquels ils ont vécu pendant la saison du froid , et à s'engager dans les fleuves et dans les ri- vièi^s qui s'y jettent ou en sortent. Le même besoin de trouver une température conve* , ^, . ^ (i) Voyez le Discours sur la nature des poissons» (2) Ibid. Foiss. ToMK IIL D 5o HISTOIRE nable, un aliment nécessaire, et un sol assez voisin de la surface de l'eau pour être ex- posées à l'influence des rayons du soleil , dé- termine les femelles des pricka, comme celles des lamproies , à préférer le séjour des fleuves et des rivières à toute autre habitation, lors- qu'elles sont pressées par le poids fatigant d'un très- grand nombre d'œufs; et l'attrait irrésistible qui contraint les mâles à suivre les femelles encore pleines , ou les œufs qu'elles ont pondus et qu'ils doivent féconder, agissant également sur les pétromyzons des lacs et sur ceux de la mer , les pousse avec la même violence et vers la même saison dans les eaux courantes des rivières et des fleuves. Lorsque l'hyver est près de régner de nouveau, toutes les opérations relatives à la ponte sont terminées depuis long-tems ; les œufs sont depuis long-tems non seule- ment fécondés, mais éclos ; les jeunes pricka ont atteint un degré de développement assez grand pour lutter contre le courant des fleuves, et entreprendre des voyages assez longs. Ils partent presque tous alors avec les pricka adultes, et se rendent dans les difFé- rens lacs d'où leurs pères et mères étoient venus dans le printems précédent , et dont DES LAMPROIES. 5i le fond est la véritable et constante habi- tation d'hyver des pétroniyzons, parce que ces cartilagineux y trouvent alors, plus que dans les rivières, et la température et la nourriture qui leur conviennent. Au reste, on rencontre la pricka non seulement dans un très -grand nombre de contrées de l'Europe et de l'Asie , mais encore de l'Amériqne, et particulièrement de l'Amérique méridionale. On a écrit que sa vie étoit très-courte et ne s'étendoit pas au delà de denx ou trois ans (i). Il est impossible de concilier cette assertion avec les faits les plus constans de l'histoire des poissons {2); et d'ailleurs elle est contredite par les observations les plus précises faites sur des individus de cette espèce. Les pricka y ainsi que les lamproies ^ peuvent vivre hors de l'eau pendant un tems assez long. Cette faculté donne la fa- cilité de les transporter en vie à des dis- tances assez grandes des lieux où elles ont été pêchées; mais on peut augmenter cette facilité pour cette espèce de poisson , ainsi (1) Voyez Ph. L. Statius Muller. (2) Discours sur la nature des poissons. D 2 52 HISTOIRE que pour beaucoup d'autres, en les tenant,' pendant le tiansport , enveloppées dans de Ja neige ou dans de la glace (i). Lorsque ce secours est trop foible, relativement à l'éloi- gnement des pays où Ton veut envoyer les pricka, on renonce à les y faire parvenir en vie : on a recours au moyen dont nous avons pailé en traitant de la lamproie; on les fait griller , et on les renfeime dans des tonneaux avec des épices et du vinaigre. Exposées aux poursuites des mêmes en- nemis que la lamproie, elles sont d'ailleurs recherchées non seulement pour la nour- riture de riiomme, comme ce dernier pé- tromyzon , mais encore par toutes les grandes associations de marins qui vont à la pêche de la morue, du turbot, et d'autres poissons, pour lesquels ils s'en servent comme d'appât | ce qui suppose une assez grande fécondité dans cette espèce , dont les femelles con- tiennent en effet un très - grand nombre d'œufs. (i) Histoire des cyprins, et Histoire naturelle des poissons, par Blodi. DES LAMPROIES. 55 LE LAMPROYON TROISIÈME ESPÈCE DE LAMPROIE. LE PETROMYZON LAMPROYON (i), PAR LACÉPÈDE. Oi la lamproie est le pétromyzon de la mer, et la pricka celui des lacs, le laniproyon (i) Lamprillon et cJiatillon dans plusieuis dépar- temens méridionaux de France. Sept-œil ^ dans plu- sieurs département du nord. Blind-lamprey , dans plusieurs cantons de l'Angleterre. Pétromyzon hranvhialis. Lin. édit. de Gmel. Lamproie tranchiale. Daubenton , Encyclopédie méthoilique. Pétromyzon corpore annuloso , appendicibus utrin- que duobus in margine oris. Artcdi , gen. 42 » syn. 90. Pétromyzon branchialis. Lin - aehl. Lin. Fanna suecica , 292. — Wulff, Ichtli. borus. p. i5 , 11^ 20. Vas~lgle. Millier, Prodrom. zool. dan. pag. 57, n^ 3o7 , è. Uh-len. Kramer, Elench. p. 485. Pétromyzon corpore aniiulato y ore lobato. Bloch, 5 3 pi. Lxxxyi , fîg. 2. D 3 54 H 1 S T O 1 R E est vén*(al)îemeiit le péiromyzon des fleuves et dés rivières. 11 ne les quitte presque ja- mais, comme la pricka et la lamproie, pour aller passer la saison du froid dans le fond des lacs ou dans les profondeurs de la mer. Ce n'est pas seulement pour pondre ou fé- mi " ■ » I» -. ■ I Lamproie branchiale. Bonaterre , planches de l'En- cyclopédie. Petromyzon. Gronov. ZoopTiyt. p. 'i^ ^ n'' i6o. — fClein , Miss. pisc. 3 , p. 3o , n^ 4* Mustela fluviatilis min, Belon , Aquat. p. yS. Lampetra parva et fluviatilis. Gesner , Aqiiat. p. 089. Icon. anim. p. 286. Tliieib. p. lôg , b, Lampetra minima. Aldrov. p. 559- Lampeni , or pride of tke Isis. Willugliby , Iclith. p. 104. Lampetra cœca. Id. tab. g, 5, flg. i. — I^ay, Sytiops. pisc. p. 55 , n^ 2 , 4' Laïupreta y neunage. Joiiston , lab. 28 , iig. to. The pride. Pennant , Brit. zool. 5 , p. 80 , pi. viii^ fig. 5. Lamproyon gX. lampvillon. Rondelet, Histoire des poissons , pi. II , p. 202." Querfjier , schlaniquerder. Schwenckf. Tlieriotr. siles. p. 4^5. Ver kieferwurm. Millier, 1. s. 5, p. 254. Pride. Plot. Oxfordsli. p. 182, t. 10. Lnmproyon. Valmont de Boniare , Dictionnaire d'histoire naturelle. DES LAMPROIES. 55 concler ses œufs qu'il se trouve au milieu des eaux courantes ; il passe toute l'année dans les rivières ou dans les fleuves ; il y exécute toutes les opérations auxquelles son organisation l'appelle : il ne craint pas de s'y exposer aux rigueurs de l'hj'^ver,* et s'il s'y livre à des courses plus ou moins longues, ce n'est point pour en abandonner le séjour, mais seulement pour en parcourir les diffé- rentes parties, et choisir les plus analogues à ses goûts et à ses besoins. Aussi niérite- roit-il l'épiihète àe Jliwiatile bien mieux que la pricka , à laquelle cependant elle a été donnée par un grand nombre de naturalistes, mais à laquelle nous avons cru d'autant plus devoir l'ôter, qu'en lui conservant le nom de pricka , nous nous sommes conformés à l'usage des liabitans d'un grand nombre de contrées de l'Europe, et à l'opinion de plu- sieurs auteurs très-récens. Pour ne pas in- troduire cependant une nouvelle confusion dans la nomenclature des poissons , nous n'avons pas voulu donner le nom de fluviatile au pétromyzon qui nous occupe , et nous avons préféré de le désigner par celui de lamproyon y sous lequel il est connu dau« D 4 56 HISTOIRE plusieurs pays et indiqué dans plusieurs ouvrages. Ce péti omyzon des rivières est conformé à l'extérieur ainsi qu'à l'intérieur comme celui des mers; mais il est beaucoup plus petit que la lamproie , et même plus court et plus mince que la pricka; il ne parvient ordinairement qu'à la longueur de deux décimètres ( un peu plus de sept pouces ). D'ailleurs les muscles et les tégumens de son corps sont disposés et conformés de ma- nière à le faire paroître comme annelé; ce qui lui donne une nouvelle ressemblance avec les serpens,* et particulièrement avec les amplîisbènes et les céciles (i). De plus , ce n'est que dans l'intérieur et vers le fond de sa bouche que l'on peut voir cinq ou six dents et un osselet demi-circulaire ; ce qui a fait écrire par plusieurs naturalistes que le lamproyon étoit entièrement dénué de deots. Il a aussi le bord postérieur de sa bouche divisé en deux lobes, et les nageoires du dos très - basses , et terminées par une ligne courbe , au lieu de présenter un angle. Ses yeux , voilés par une membrane , sont (i) Voyez l'Histoire naturelle des serpens. DES LAMPROIES. 67 d'ailleurs très-petits ; et c'est ce qui a fait que quelques naturalistes lui ont donné lepithète d'aveugle (1), en la réunissant cependant, par une contradiclion et un dé- faut dans la nomenclature assez extraordi- naires , avec le nom de neuf-yetjx {neunauge) employé pour presque tous les pétromy- zons (2). Le corps très- court et très- menu du lamproyon est d'un diamètre plus étroit dans ses deux bouts que dans son milieu , comme celui de plusieurs vers ; et les cou- leurs qu'il présente sont le plus souvent le verdâtre sur le dos, le jaune sur les côtés, et le blanc sur le ventre, sans taches ni raies. Sa manière de vivre dans les rivières est semblable à celle de la pricka et de la lam- proie dans les fleuves , dans les lacs ou dans la mer : il s'attache à différens corps solides; et même, faisant quelquefois passer facile- ment l'extrémité assez déliée de son museau au dessous de l'opercule et de la membj ane des branchies de grands poissons, il se cram- (i) JLampetra cœca , seu oculis careiis. Ray, Sj' iiopsis 36. (2) Féniieophthalnios cœcus. Willugîiby, p. 107. 58 HISTOIRE ponne à ces mêmes brancliies, et voilà pourquoi Linna?us Ta nommé pétromyzon branchial. Il est très-bon à manger; et, perdant la vie peut-être plus difficilement encore que les autres pétromyzons qui le surpassent en grandeur, on le recherche pour le faire ser- vir d'appât aux poissons qui n'aiment à faire leur proie que d'animaux encore vivans. DES LAMPROIES. 69 LE PLANER. QUATRIÈME ESPECE DE LAMPROIE. LE PETROMYZON PLANER (i). PAR LACÊPÉDE. Dans toutes les eaux on trouve quelque espèce de pétromyzon ; dans la mer, la lam- proie , dans les lacs la pi icka , dans les fleuves le lamproyon. Nous allons voir le planer habiter les très-petites rivières. C'est dans celles de la Thuringe qu'il a été découvert par le professeur Planer d'Erford; et c'est ce qui a engagé Bloch à lui donner le nom de planer ^ qu'une reconnoissance bien juste envers ceux qui ajoutent à nos connoissances en histoire naturelle nous commande de conseï ver. Plus long et plus gros que le (j) Le planer. Pétromyzon corpore annulafo , ore papilloso. Bloch, 3, pag. 47 > n° 4; P^' i^xxxviii , H- 5. Pétromyzon Planeri. Lin. cdit. de Grnelin. Lamproie planer, Doiiateire , planches de l'En- cyclupédie inéthodiq[ue. 6o HISTOIRE lampi oyon , ayant les nageoires dorsales plus hautes, mais paroissant annelé comme ce dernier cartilagineux, il est d'une couleur olivâtre , et distingué de plus des autres pétroniyzons par les petits tubercules ou verrues aiguës qui garnissent la circonfé- rence de l'ouverture de sa bouche , par un rang de dents séparées les unes des autres, qui sont placées au delà de ces verrues , et par une rangée de dents réunies ensemble , que l'on aperçoit au delà des dents isolées. Lorsqu'on plonge le planer dans de l'alcool un peu affoibli , il y vit plus d'un quart d'heure en s'agitant violemment, et en té- moignant , par les mouvemens convulsifs qu'il éprouve , Faction que l'alcool exerce particulièrement sur ses organes respiratoires- DES LAMPROIES. 61 LA LAMPROIE ROUGE. CINQUIEME ESPÈCE. LE PETR0MY20N ROUGE (i), PAR LACÉPEDE. • JN ous donnons ce nom à un pétromyzon dont le savant et zélé naturaliste, le citoyen Noël , de Rouen , a bien voulu nous envoyer un dessin colorié. Ce poisson se trouve dans la Seine , et est connu des pêcheurs sous le nom de sept-œil rouge , à cause de sa cou- leur , ou à'ai^eiigle , à cause de l'extrême petitesse de ses yeux. On se représentera aisément l'ensemble de ce cartilagineux, qui a beaucoup de rapport avec le lampro3^on5 si nous ajoutons à ce que nous avons dit de cet animal dans le tableau des pétromyzons^ que Touverture de la bouche du rouge est (i) Petromyzon ruber. 62 HISTOIRE beaucoup plus petite que le diamètre de la partie du poisson dans laquelle les branchies sont renfermées; que la surface supérieuie de la tête, du corps et de la queue offre une nuance plus foncée que les côtés , et que des teintes sanguinolentes se font par- ticulièrement remarquer auprès des ouver- tures des oi^ganes de la respiration. DES LAMPROIES. 63 LA LAMPROIE SUCE T. SIXIÈME ESPÈCE. LE PÉTROMYZON SUCET (i), PAR LACÉPÈDE. Vj'est encore au citoyen Noël que nous devons la description de ce pétromyzon , que les pêcheurs de plusieurs endroits situés sur les rivages de la Seine inférieure ont nommé sucet (2). Il se rapproche beaucoup du lamproyon, ainsi que le rouge; mais il diffère de ces deux poissons , et de tous les autres pétromyzons déjà connus, par des traits très-distincts. Sa longueur ordinaire est de deux déci- mètres (un peu plus de sept pouces). Son corps est cylindrique; les deux na- geoires dorsales sont basses , un peu adi- peuses , et la seconde s'étend presque j usqu'à celle de la queue. (1) Pétromyzon sanguisuga. (2) Lettre du citoyen Noël au citoyen Lacépède, âa mois de prairial ; an 7. 64 II I S T O I R E La tête est large ; les yeux sont situés assez loin de l'extrémité du museau , plus grands à proportion que ceux du lam- proyon, et recouverts par une continuation de la peau de la tête : Tiris est d'une cou- leur uniforme , voisine de celle de l'or ou de celle de l'argent. Le citoyen Noël, dans la description qu'il a bien voulu me faire parvenir, dit qu'il n^a pas vu d'évent sur la nuque du sucet. Je suis persuadé que ce pétromyzon n'est pas privé de cet orifice particulier, et que la petitesse de cette ouverture a empêché le citoyen Noël de la distinguer , malgré l'habileté avec laquelle ce naturaliste ob-» serve les poissons. Mais, si le sucet ne pres- sente réellement pas d'évent , il faudra retrancher la présence de l'organe auquel on a donné ce nom , des caractères géné- riques des pétromyzons, diviser la famille de ces cartilagineux en deux sous-genres, placer dans le premier de ces groupes les pétromyzons qui ont un évent; composer le second de ceux qui n'en auroient pas; inscrire par conséquent , dans le premier sous-genre, la laîn proie, la pricka, le lam- pix)yon , le planer , le rouge , et réserver le sucet pour le second sous-genre« Au DES LAMPROIES. 65 Au reste , rouveiture de la bouche du 8ucet est plus étendue que la tête n'est large, et des muscles assez forts rendent les lèvres extensibles et rétractiles. Dans l'intérieur de la bouche on voit un grand nombre de dents petites, de couleur d'orange, et placées dans des cellules char- nues. Neuf de ces dents qui entourent cir- culaire ment l'entrée de Foesophage , sont doubles. La langue est blanchâtre , et garnie de petites dents ; et au devant de ce dernier organe on aperçoit un os demi- circulaire, d'une teinte orangée , et hérissé de neuf pointes. La forme de cet os et la présence de neuf dents doubles autour du gosier suffi- roient seules pour distinguer le sucet de la lamproie , de la pricka , du lamproyon , du planer et du rouge. Les pêcheurs de Quevilly , commune auprès de laquelle le sucet a été particu- lièrement observé , disent tous qu'on ne voit ce poisson que dans les saisons où l'on pêche les dupées aloses. Soit que ce cartila- gineux habite sur les haut-fonds voisins de l'embouchure de la Seine, soit qu'il s'aban- donne, pour ainsi dire, à Faction des marées , et qu'il remonte dans la rivière , comme le$ Poiss. Tome IIL E G6 HISTOIRE lamproies, ce sont les aloses qu'il recherche et qu'il poursuit. Lorsqu'il peut atteindre une de ces dupées, il s'attache à l'endroit de son ventre dont les tégumens sont le plus tendres, et par conséquent à la jjortion la plus voisine des œufs ou de la laite : se cramponnant, pour ainsi dire, avec ses dents et ses lèvres , il se nourrit de Ja même ma- nière que les vers auxquels on a donné le nom de sangsues ; il suce le sang du pois- son avec avidité, et il préfère tellement cet aliment à tout autre que son canal intestinal est presque toujours rempli d'une quantité de sang considérable , dans laquelle on ne distingue aucune autre substance nutritive. Les pêcheurs croient avoir observé que , lorsque les sucets, dont l'habitude que nous venons d'exposer a facilement indiqué le nom, attaquent des saumons, au lieu de s'attacher à des aloses, ils ne peuvent pas se procurer tout le sang qui leur est néces- saire, parce qu'ils percent assez difficilement la peau des saumons, et ils montrent alors par leur maigreur la sorte de disette qu'ils éprouvent. DES LAMPROIES. 67 LA LAMPROIE ARGENTEE, LA SEPTCEUILLE ET LA LAMPROIE NOIRE, SEPTIÈME, HUITIÈME et NEUVIEME ESPECES^ LE PÉTROMYZON ARGENTÉ (1), LE PÉTROMYZON SEPTŒEUIL (2) , ET LE PÉTROMYZON NOIR (3). PAR LACÉPÈDE. JLje docteur Bloch avoit reçu de Ti'an- quebar deux individus du pétromyzon ar- genté , dont les yeux sont très-grands , les (i) Pétromyzon argenteus. Bloch, pi. ccccxv, fig. 2. (2) Pétromyzon sept-œuil. Grosse sept-œuille. Noël, notes manuscrites. (3) Pelromizon niger. — Petite sept-œuille. Idem , îbid. Cousue j sur les bords de la rivière de Cailly , qui se jette dans la Seine , au dessous de Rouen. Etreteur, sur les bords de la Rille , qui passe à Pont- Audemer. £ 2 68 HISTOIRE tégumens extérieurs très - minces , et les rayons des nageoires si déliés qu'on ne peut en savoir le nombre. L'anus est deux fois plus éloigné de la tête que de la caudale. Le septœuil et le noir se trouvent parti- culièrement dans les eaux de la Seine, dans TEpte et dans TAudelle. C'est principalement auprès du Pont - de - T Arche qu'on en fait une pêche abondante. Nous les faisons con- noître d'après les notes que le citoyen Noël de Rouen a bien voulu nous adresser. On les y nomme grosse et petite septœuille, , . La chair du pétromyzon septœuil est plus molle et d'un goût moins agréable que celle du noir. On prenoit autrefois dans l'Euie , auprès de Louviers , de ces noirs ou petits septœidls , qui étoient d'une couleur plus foncée , plus courts, plus gras , plus re- cherchés , et vendus plus cher que ceux d© la Seine. D E s R A I E s. 69 TABLEAU Du quatrièîne ordre des poissons , PAR LACÉPÈDE. QUATRIÈME ORDRE (1). Jr o I s s o N s abdominaux , ou qui ont des[ nageoires placées sous Tabdomen. , SECOND GENRE. LES RAIES. Cinq ouvertures branchiales de chaque côté du dessous du corps ; la bouche située dans la partie inférieure de la tête; le corps très-aplati, PREMIER SOUS-GENRE. Les dents aiguës ; des aiguillons sur le corps ou sur la queue. (i) Nous avons déjà vu, dans l'article intitulé Nomenclature des poissons , que l'on ne connoissoit encore aucune espèce de ces animaux dont on pût former un second et un troisième ordre dans la première division des cartilagineux. E 3 jà HISTOIRE ■ PREMIÈRE ESPÈCE- La raie BATIS» — Un seul rang d'ai- guillons sur la queue. seconde espèce. La raie o X y r ï n q u e. — ^Une rangée d'aiguillons sur le corps et sur la queue. TROISIÈME ESPÈCE. La RAIE MiRALET. — Le dos lisse; quel- ques aiguillons auprès des yeux ; trois raogs d'aiguillons sur la queue, QUATRIÈME ESPÈCE. La RAIE CHARDON. — Tout le dos garni d'épines ,• un rang d'aiguillons auprès des yeux; deux rangs d'aiguillons sur la queue. CINQUIÈME ESPÈCE. La raie RONCE. — Un rang d'aiguillons sur le corps et trois sur la queue. sixième ESPÈCE. La RAIE CHAGRINÉE. — Des tubercuîcs sur le de\^ant du cor^s; deux rangées d'é- pines sur le museau et sur la queue. septième espèce. La BAIE museau-pointu. (Raja rostrata.) — Le museau pointu ; le dessus du museau et du corps très-lisse; trois rangs de piquans DES RAI ES. 71 sur la queue; deux nageoires dorsales, pe- tites et arroudies , aupiès de rextrémité de la queue ; poii^kt de nageoire caudale. HUITIÈMEESPÈCE. La raie cou cou. { Raja cuculus. ) — La tète courte et petite ; le dessus du mu- seau et du corps dénué de piquans ; la partiç antérieure du corps élevée ; un ou plusieurs aiguillons dentelés, longs et forts, à la queue, qui est très-déliée. SECOND SOUS- GENRE. Les dents aiguës ; point d\iiguillons sur le corps, ni sur la queue. NEUVIÈME ESPÈCE. La raie torpille.,-7- Le corps presque ovale ; deux nageoires dorsales. . TROISIÈME SOUS-GENRE. Les dents obtuses ; des aiguillons siir le corps ou sur la queue, dixième espèce. c. La RAIE AIGLE. — Uu aiguillou dentelé ^t une nageoire à la queue ; cette dernière partie plus longue que le corps. ' E 4 ' 7S HISTOIRE ONZIÈME ESPÈCE. La raie pastenaque. — Un aiguillon dentelé; point de nageoire à la queue; cette dernière partie plus longue que le corps. DOUZIÈME ESPÈCE. La raïe lymme. — Un aiguillon revêtu de peau à la queue ; cette dernière partie garnie , vers son extrémité , d'une mem- brane longitudinale. TREIZIÈME ESPÈCE. La rate sephen. — Un grand nombre de tubercules sur la tête , le dos et la partie antérieure de la queue. QUATORZIÈME ESPÈCE. La RAIE BOUCLEE. — Un rang d'aiguillons recourbés sur le corps et sur la queue. QUINZIÈME ESPÈCE. La RAIE THOUIN. — Le museau très-pro- longé, et garni, ainsi que le devant de la tête, de petits aiguillons. SEIZIÈME ESPÈCE. La rate bohkat. — Trois rangs d'ai- guillons sur la partie antérieure du dos; la première nageoire dorsale, située au des- sus Jes nageoires ventrales. D E s R A I E S: 78 DIX-SEPTIÈME ESPÈCE. La. RAIE cuviER. — Un rang d'aiguillons sur la partie postérieure du dos; trois ran- gées d aiguillons sur la queue; la première nageoire dorsale située vers le milieu du dos. DIX- HUITIÈME ESPÈCE. La RAIE RHiNOBATE. -—Le corps alongé; un seul rang d'aiguillons sur le corps. DIX-NEUVIÈME ESPÈCE. La raie TVBBKCUL,BB.(2{ajatuherculaia.) — ^ Cinq tubercules blancs , émaillés et très- durs sur le dos , et cinq autres tubercules semblables sur la queue. vingtième espèce. La raie EGLANTIER. {Raja eglanterla,) — Une rangée longitudinale de petits aiguil- lons sur le dos, qui d'ailleurs est parsemé d'épines encore plus courtes; plus de trois rangs longitudinaux de piquans recourbés sur la queue. Espèces dont la forme des dents n^est pas encore connue , et qui n'ont point d'ai- guillons, VINGT- UNIE ME ESPECE. La raie fabronienne. {Raja fabro- niana, ) — Deux grandes appendices sur le H HISTOIR E devant de la tête; chaque nageoire pectorale aussi longue que le corps proprement dit ^ très étroite et occupant par sa base la por- tion des côtés de l'animal comprise entre la tête et le milieu du corps. VINGT-DEUXIÈME ESPECE, : La raie banksienne. (Raja banksiana.) — Deux appendices sur le devant de la tète; point de nageoire sur le dos, ni au bout de la queue; chaque nage:oire pecto- rale plus longue que le corps proprement dit, t]ès- étroite, et à peu près également éloignée, dans son axe Jongitudinal et dans sa pointe , de la tête et de la queue ; les yeux placés sur la partie supérieure de la îéte. vingt-troisième ESPÈCE. ; La raie nègre. {Raja jiigra.) — Lç jmuseau pointu; l'ensemble du cor[)s et de la queue formant une losange ; un rang de piquans, étendu depuis la partie antérieure du dos jusqu'au bout de la queue; une autre rangée de piquans ordinairement plus .séparés les uns des autres, sur chaque côté de ]a queue, qui est très -déliée; toute la partie supérieure du poisson d'un noir plus ou moins foncé. D È s R A I E S. 75 Espèces dont la forme des dents n^est pas encore connue , et qui ont des aiguillons, VINGT-QUATRIÈME ESPECE. La raie mosaïque. {Raja picta,)^- I^e museau un peu avancé,- un rang d'aiguillons, étendu depuis la nuque jusqu'à Textrémité de la queue ^ deux ou trois piquans au de- vant de chaque œil; un ou deux piquans derrière chaque évent; une série longitudi- nale de cinq ou six piquans de chaque côté de l'origine de la queue ; la couleur jaunâtre ; des taches blanches, petites et arrondies; plusieurs séries doubles , tortueuses , et plar cées symétriquement; des points blancs ou blanchâtres. VINGT-CINQUIÈME ESPECE. La raie ONDULÉE. {Raja undulata.) —^ Le museau un peu pointu; une rangée de piquans, étendue depuis la tête jusques vers l'extrémité de la queue; deux aiguillons au devant et derrière chaque œil ; un aiguillon situé auprès de la tête et de chaque coté de la rangée de piquans qui règne sur le dos; un grand nombre de raies sinueuses, et dont plusieurs se réunissent les unes aux autres. 76 HISTOIRE Espèces dont la forme des dents n^est pas encore connue , et qui n^ont pas d'ai^ guillons, VINGT -SIXIEME ESPECE. La rate aptéronote. {Raja apteronota.) ■—Le museau pointu et très-avancé; point de iiageoLre dorsale : un sillon longitudinal au devant des yeux ; un sillon presque sem- blable entre les deux évents ; la couleur rousse. VINGT-SEPTIEME ESPECE. La RAIE FRANGEE. ( Raja fimbriata. ) — • Deux grandes appendices sur le devant de la tète; la tête, le corps et les pectorales formant ensemble une losange presque par- faite ; les deux côtés de la queue , de la partie postérieure du corps et de celle des pecto- rales, garnis de barbillons ou de filamens; point de nageoire ni de bosse sur le dos. QUATRIÈME SOUS-GENRE. Les dents obtuses ; point d'aiguillous sur le corps, ni sur la queue. VINGT-HUITIEME ESPECE. La raie MOBuiiAR. — Deux grandes appendices vers le devant de la tête; la queue sans nageoire. DESRAIES. 77 Espèces dont la forme des dents n^est pas encore connue, et qui ont des aiguillons, VINGT-NEUVIJ^ME ESPECE. La raie schouckie. — Des aiguillons très - éloignés les uns des autres,* \xa grand nombre de tubercules. TRENTIEME ESPECE. La RAIE CHINOISE. — Le corps un peu ovale ; le museau avancé et an ondi ; trois aiguillons derrière chaque œil; plusieurs aiguillons sur le dos; deux rangées d'aiguil- lons sur la queue. Espèces dont la forme des dents n'est pas encore connue , et qui n'ont pas d'ai^ guillons, TRENTE-UNIÈME ESPECE. La RAIE g rono VIENNE. — Le corps presque ovale; une seule nageoire dorsale. TRENTE-DEUXIÈME ESPÈCE. La raie manatia. — Deux appendices sur le devant de la tête ; point de nageoire doi-sale; xxn^ bosse sur le dos. 78 HISTOIRE LA RAIE BATIS (i), PAR LACÉPÉDE. ployez la figure de cette raie , vue en dessus et er^ dessous , planche III , figure i et 2. Xjibs raies sont , comme les pétromyzons ( lamproies ) , des poissons cartilagineux ; elles ont de même leurs branchies dénuées (i) Flassade f couverture, vache marine, dans plusieurs départemens méridionaux. Haja hatis. Lin. édit. de Gmel. Raie coliart. Daubenton , Encyclop. méthod. Raja varia , dorso medio glabro , unico aculeorum ordine in cauda. Artedi , gen. ^3 , syn. 102. Raja caudâ tantîim aculeatâ. Bloch , Hist. natu- relle des poissons, 3® partie , pag. 54 > P^* i^xxix» Raie coliart. Bonaterre , planches d'histoire natu- relle de rEncycIopédie méthodique. Bâtis. Aristote , liv. i , chap. 5', lib. 2 , chap. i5; liv. 5, chap. 5 -, liv. 6, chap. 10 et ii; liv. 8, chap. i5, et liv. 9 , et chap Sy. jElian. lib. 16 , cap. 1 3 , pag. 92 1 . Oppian. lib. i , pag. 5 , ^ , et lib. 2 , pag. 63. Athen. lib. 7 , pag 286. Rayte , raych , et ruhas. Cub. Uv. 3 ^ chap. 74 et 77 , pag. {:)7 ;  , et 88 , è. c >.7. r -s. /)<■ sTvT^Tër l. IIATK BATIS vrw en t/cAffiJ . 2 ■ LA MKME Piw en ,/e^,rt>/{.* . V. Tar.fzm DESRAIES. 79 de membrane et d'opercule. Elles offrent encore d'autres giands rapports avec ces animaux dans leurs habitudes et dans leur conformation ; et cependant quelle diffé- rence sépare ces deux genres de poissons j quelle distance , sur - tout , entre le plus petit des pétromyzons ( lamproies ) , entre le laniproyon et les grandes raies, particu- lièrement la raie bâtis , dont nous allons nous occuper ! Le lamproyon n'a souvent Raja undulata sive cinerea. Aldrovand. lib. 3, cap. 5o , pag. 452. Raja levis. Sclionev. p. 58. Raja undulata. Jonston , lib. i , tit. i , cap. 3 ^ a, 5 , puiicl. 5. Raja undulata. Charlet. pag. i5o. Autre raie à bec pointu. Rondelet , première par- tie, liv. 12 , pag. 276. Gronov. Mus. i , 11*^ i45. Zoopb. n^ iS/. Dasyhatus in superna corporis parte versus aias, etc* Klein , Mis. pisc. 5, pag. 5/ , n*^ 14* Belon , Aquat. pag. 89. Lœi'iraja Salv. Aquat. pag. ^/^^. Gesner , Aquat. pag. 792 , Te. an. p. 5o. Thierb. pag. 96. — Willugb. Ichtb. p. 69, tab. r, 4. Oxjrinc/ius major. Ray , Pisc. pag. 26 , n° 5. Shate. Pennant , Zoologie britannique , vol. III , pag, 62 , n^ I. Raie au bec pointu. Valmont de Bomare , Diction-* naire d'kistoire naturelle. 8o HISTOIRE que quelques centimètres ( quelques pouces ) de longueur sur un de diamètre : les grandes raies ont quelquefois plus de cinq mètres ( quinze pieds ou environ ) de longueur sur deux ou trois ( six ou neuf pieds ou à peu près ) de large. Le lamproyon pèse tout au plus un hectogramme ( quelques onces ) : Fon voit 5 dans les mers chaudes des deux coniinens , des raies dont le poids suipasse dix myriagranimes (deux cent cinq livres). Le corps du lamproyon est cylindrique et très-alongé ; et si l'on retranchoit la queue des raies ^ leur corps, aplati et arrondi dans presque tout son contour, présenteroit Timage d'un disque. Souple, délié, et se pliant faci- lement en divers sens, le lamproyon peut, en quelque sorte , donner un mouvement isolé et indépendant à chacun de ses mus- cles : le corps de la raie , ne se prêtant que difficilement à des plis, ne permettant en général que de légères inclinaisons d'une partie sur une autre, et presque toujours étendu de la même manière , ne se meut que par une action plus universelle et plus uniformément répartie dans les diverses portions qui le composent. Dans quelque saison de Tannée que l'on observe les lam- proyons et les autres pétromyzons ( lam- proies), D E s R A I E s. 81 proies ) 5 on ne les voit jamais former aucune sorte de société : il est au contraire un tems de Tannée , celui pendant lequel le plus impérieux des besoins est accru ou provoqué par la chaleur nouvelle , où les raies s'ap- pariant , le mâle se tenant auprès de la femelle pendant uu tems plus ou moini long , et se réunissant, peut-être seules entre tous les poissons , d'une manière assez intime, forment un commencement d'association de famille, et ne sont pas étrangères, comme presque tous les autres habitans des eaux , aux charmes de la volupté partagée , et d'une sorte de tendresse au moins légère et mo- mentanée. Les jeunes pétromyzons ( lam- proies ) sortent d'œufs pondus depuis un nombre de jours plus ou moins grand par leur mère : les jeunes raies éclosent dans le ventre même de la leur , et naissent toutes formées. Les pétromyzons (lamproies) sont très-féconds ; des milliers d'oeufs sont pondus par les femelles , et fécondés par les mâles : les raies ne donnent le jour qu'à un petit à la fois, et n'en produisent chaque année qu'un nombre très - peu considérable. Les pétromyzons ( lamproies ) se rapprochent des couleuvres vipères par leur organe res- piratoire , les raies par leur manière de venir Poiss, Tome IlL F «2 HISTOIRE à la lun^ière. Une seule espèce de pétro- myzon ( lamproie ) ne craint pas les eaux salées, mais ne se relire dans le sein des mers que pendant la saison du froid : toutes les espèces de raies vivent au contraire sous tous les climats et dans toutes les saisons au milieu des ondes de TOcëan ou des mers Méditerranées. Qu'il y a donc loin de nos arrangemens artificiels au plan sublime de la toute - puissance créatrice , de celles de nos méthodes dont nous nous sommes le plus efforcés de combiner tous les détails, avec l'immense et admirable ensemble des productions qui composent ou embellissent le globe ,• de ces moyens nécessaires , mais défectueux , par lesquels nous clierclions à aider la foibîesse de notre vue , l'inconstance de notre mémoire , et l'imperfection des signes de nos pensées , à la véritable expo- sition des rapports qui lient tous les êtres, et de l'ordre que l'état actuel de nos con- noissances nous force de regarder comme le plus utile, à ce tout merveilleux où la Nature, au lieu de disposer les objets sur •une seule ligne , les a groupés , réunis et enchaînés dans tous les sens par des relations innombrables ! Retirons cependant nos re- gards du haut de cette immensité dont la D E s R A I E s. 83 vue a tant d'attrails pour notre itnagination; el , nous servant de tous les moyens que Tart d'observer a pu inventer jusqu'à pré- sent , portons notre attention sur les êtres soumis maintenant à notre examen , et dont la considération réfléchie peut nous conduire à des vérités utiles et élevées. C'est toujours au milieu des mers que les raies font leur séjour ; mais , suivant les différentes époques de Tannée, elles chan- gent d'habitation au milieu de? flots de rOcéan. Lorsque le lenis de la fécondation des œufs est encore éloigné , et par consé- quent pendant que la mauvaise saison régne encore , c'est dans les profondeurs des mers qu'elles se cachent pour ainsi dire. C'est là que , souvent immobiles sur un fond de sable ou de vase , appliquant leur large corps sur le limon du fond des mers, se tenant en embuscade sous les algues et les autres plantes marines , dans les endroits assez voisins de la surface des eaux pour que la lumière du soleil puisse y parvenir et dé- velopper les germes de ces végétaux, elles méritent , loin des rivages , Tépithète de pélagiennes qui leur a été donnée par plu- sieurs naturalistes. Elles la méritent encore, cette dénomination de pélagiennes , lois-^ 84 HISTOIRE qu'après avoir attendu inutilement dans leur retraite profonde l'arrivée des animaux dont elles se nourrissent , elles se traînent sur cette même vase qui les a quelquefois recouvertes fen partie , sillonnent ce limon des mers et étendent ainsi autour d'elles leurs embûches et leurs recherches. Elles méritent sur-tout ce nom d'habitantes de la haute mer , lors- que , pressées de plus en plus par la faim , ou effrayées par des troupes très-nombreuses d'ennemis dangereux , ou agitées par quelque autre cause puissante, elles s'élèvent vers la surface des ondes , s'éloignent souvent de plus en plus des côtes , et se livrant , àii milieu des régions des tempêtes , à une fuite précipitée , mais le plus fréquemment à une poursuite obstinée et à une chasse terrible pour leur proie , elles affrontent les vents et les vagues en courroux, et, recourbant leur queue , remuant avec force leurs larges nageoires , relevant leur vaste corps au dessus des ondes , et le laissant retomber de tout son poids , elles font jaillir au loin et avec bruit l'eau salée et écumante. Mais, lorsque le tems de donner le jour à leurs petits est ramené par le printems , ou par le com- mencement de l'été, les mâles ainsi que les femelles se pressent autour dès rochers qui DESRAIES. 85 bordent les rivages ; et elles pourroient alors être comptées passagèrement parmi les pois- sons littoraux. JSoit qu'elles cherchent ainsi auprès des côtes f asile , le fond et la nour- riture qui leur conviennent le mieux, ou soit qu'elles voguent loin de ces mêmes bords, elles attirent toujours l'attention des observateurs par la grande nappe d'eau qu'elles conipriment et repoussent loia d'elles, et par l'espèce de trei^iblement qu'elles communiquent aux flots qui les environnent. Presque aucun habitant des mers , si on excepte les baleines , les autres cétacés , et quelques pleuronectes , ne pré-?* sente en effet un corps aussi long , aussi large et aussi aplati, une surface aussi plane et aussi étendue. Tenant toujours déployées leurs nageoires pectorales , que l'on a com- parées à de grandes ailes , se dirigeant au milieu des eaux par le moyen d'une queue très - longue , très - déliée et très - mobile , poursuivant avec promptitude les poissons qu'elles recherchent, et fendant les eaux pour tomber à l'improviste sur les animaux qu'elles sont près d'atteindre , comme l'oiseau de proie se précipite du haut des airs ; il n'est pas surprenant qu'elles aient été assimilées, dans le moment où elles cinglent avec vitesse F 3 86 HISTOIRE près de la surface de TOcéan , à un très- grand oiseau, à un aigle puissant, qui, les ailes étendues, parcourt rapidement les di- verses régions de Tatmosplièie. Les plus forts et les plus grands de presque tous les pois- sons, comme l'aigle est le plus grand et le plus fort des oiseaux ; ne paroissant , en chassant les animaux marins plus foibles qu'elles, que céder à une nécessité impé- rieuse et au besoin de nourrir un corps vo- lumineux ; n^immolant pas de victimes à une cruauté inutile ; douées d'ailleurs d'un instinct supérieur à celui des autres poissons osseux ou cartilagineux , les raies sont en effet les aigles de la mer ; l'Océan est leur domaine comme l'air est celui de l'aigle ,• et de même que l'aigle , s'élançant dans les profondeurs de l'atmosphère, va chercher, sur des rochers déserts et sur des cîmes escarpées , le repos après la victoire , et la jouissance non troublée des fruits d'une chasse laborieuse ; elles se plongent , après leurs courses et leurs combats , dans un des abimes de la mer , et trouvent dans cette retraite écartée un asile sûr et la tranquille possession de leurs conquêtes, Il n'est dor]c pas surprenant que, dès 1© siècle d'Aristote ^ nue espèce de raiç HÎt reçu DES RAIES. 87 le nom d^ aigle marine , que nous lui avons conservé. Mais , avant de nous occuper de cette espèce, examinons de près \a. bâtis y l'une des plus grandes, des plus répandues et des plus connues des raies, et que Tordre que nous avons cru devoir adopter nous ofïie la première. L'ensemble du corps de la bâtis présente un peu la forme d'une losange. La pointe du museau est placée à l'angle antérieur ; les i ayons les plus longs de chaque nageoire pectorale occupent les deux angles latéraux , et l'origine de la queue se trouve au sommet de l'angle de derrière. Quoique cet ensemble soit très-aplati, on distingue cependant un léger renflement tant dans le côté supérieur que dans le côté inférieur, qui trace, pour ainsi dire, le contour du corps proprement dit, c'est-à-dire, des trois cavités de la tête, de la poitrine et du ventre. Ces trois cavités réunies n'occupent que le milieu de la lo- sange, depuis l'angle antérieur jusqu'à celui de derrière , et laissent de chaque côté une espèce de triangle moins épais, qui compose une des nageoires pectorales. La surface de ces deux nageoires pectorales est plus grande que celle du corps proprement dit , ou des ti^ois cavités principales; et quoiqu'elles soient • F 4 88 Jl ï S T O I RE recouvertes d'une peau épaisse , on pieut eepeudant distinguer faciliement , et mérne compter avec précision , sur-tout vers Fangle latéral de ces larges parties , un grand nombre de ces rayons cartilagineux , composés et articulés , dont nous avons exposé la con-» texture (i). Ces rayons partent du corps de ranimai, s^étendent, en divergeant un peu, jusqu'au bqrd des nageoires ,* et les diffè- re imites personnes qui ont mangé de la raie bâtis , et qui ont dû voir et manier ces longs rayons, ne seront pas peu étonnées d'ap-? prendre qu'ils ont échappé à l'observation de quelques naturalistes , qui ont pensé , en conséquence, qu'il n^y avoit pas de rayons dans les nageoires pectorales de la bâtis. Aristote lui-même, qui cependant a bien connu et très -bien exposé les principales habitudes des raies (2) , ne croyant pas que* les côtés de la bâtis renfermassent des rayôn^,^ ou ne considérant pas ces rayons comme àm caractères distinctifs des nageoires, a écrit qu'eJle n'avoit point de nageoires pectorales, , _^ (i) Discours sur la nature des poissons. ' (2) Arislot. Hist. anim. lib. 2 , c. i5. — Lib. 5, c. 4 et 5. — Lib. 6 , cap. 10 et 1 1. — De generatione animal- lib. 3 , cap. 7 et ii. D E s R A I E s. 89 et qu'elle voguoit en agitant les parties la- térales de son corps (j). La tète de la bâtis , terminée par un museau un peu pointu, est d'ailleurs engagée par derrière dans la cavité de la poitrine. L'ou- verture de la bouche, placée dans la partie inférieure de la tête, et même à une dis-^ tance assez grande de l'extrémité du mu- seau , est alongée et transveisale , et ses bords sont cartilagineux et garnis de plu- sieurs rangs de dents très-aiguës et crochues." La langue est très - courte , large , et sans aspérités. Les narines , placées au devant de la bouche , sont situées également sur la partie inférieure de la tète. L'ouverture de cet organe peut être élargie ou rétrécie à la volonté de l'animal, qui d'ailleurs, après avoir diminué le diamètre de cette ouver- tuie, peut la fermer en totalité par une membrane particulière attachée au côté de l'orifice le plus voisin du milieu du museau, et laquelle s'étendant avec facilité jusqu'au bord opposé , et s'y collant , pour ainsi dire , peuf faire l'office d'une sorte de soupape , et empêcher que l'eau chargée des émana- (ly Arislot. Hist. nat. lib. i , c. 5. 9o^ HISTOIRE lions odorantes ne parvienne jusqu'à un organe Ires- délicat dans les momens où la batis n'a j^as besoin d'être avertie de la pré- sence d( s objets extejieiirs, et dans ceux où son système nerveux seroit douloureusement affecté par une action trop vive et trop conslaule. Le sens de l'odorat étant, si l'on peut parler ainsi , le sens de la vue di^s poissons, et particulièrement de la bâtis (i), cette sorte de paupière leur est nécessaire pour soush aire un organe très-sensible à la fatigue ainsi qu'à la destruction , et pour se livrer au sommeil, de même que l'homme et les quadrupèdes ne pourroient, sans ïa véritable paupière qu'ils étendent souvent au devant de leurs yeux, ni éviter des veilles trop longues et trop multipliées , ni con- server dans toute sa perfection et sa délica- tesse celui de leurs organes dans lequel s'opère la vision. Au reste , nous avons déjà exposé la con- formation de l'organe de l'odorat dans les poissons , non seulement dans les osseux ,» mais encore dans les cartilagineux , et parti- culièrement dans les raies (2). Nous avons (i) Discoars sur la nature des poissons, (2) Idem. D E s R A I E s. 91 vu que, dans ces derniers animaux, l'inté- rieur de cet organe éloit composé de plis membraneux et disposés transversalement des deux côtés d'une sorte de cloison. Ces plis ou membranes aplatis sont garnis, dans la bâtis et dans presque toutes les espèces de raies, d'autres membranes plus petites qui les font paroitre comme frangés, lis sont d'ailleurs plus hauts que dans presque tous les poissons connus, excepté les squalles; et comme la cavité qui renferme ces mem- branes plus grandes et plus nombreuses , ces surfaces plus larges et plus multipliées, est aussi plus étendue que les cavités ana- logues dans la plupart des autres poissons os- seux et cartilagineux, il n'est pas surprenant que presque toutes les raies , et particuliè- rement la bâtis, aient le sens de l'odorat bien plus parfait que celui du plus grand nombre des liabitans des mers ; et voilà pourquoi elles accourent de très-loin , ou remontent de très - grandes profondeurs , pour dévorer les animaux dont elles sont avides. L'on se souviendra sans peine de ce que nous avons déjà dit de la forme de l'oreille daus les poissons, et particulièrement dans c|« HISTOIRE les raies ( 3 ). Nous n'avons pas besoin d^ répéter ici que les cartilagineux , et parti'-! culiérement la bâtis, éprouvent la véritable sensation de Fouïe clans trois petits sacs qui contiennent de petites pierres ou une ma- tière crétacée 5 et qui font partie de leur oreille intérieure, ainsi que dans les amr^ poules ourenflemens de trois canaux presque circulaires et membraneux , qui y repré- sentent les trois canaux de Foreille de riiomme appelés canaux demi-circulaires. C'est dans ces diverses portions de Forgaue de Fouïe que s'épanouit le rameau de la cinquième paire de nerfs, qui, dans les poissons , est le vrai nerf acoustique ; et ces trois canaux membraneux sont renfermés en partie dans d'autres canaux presque circulaires, comme les premiers, tnais cartilagi]:;ieux , et pouvant mettre à Fabri de plusieurs acçidens les ca- naux bien plus mous autour de§: ampoules desquels on voit sf épanouir le nerf acousr^ tique. Les yeux sont situés sur la partie supé- rieure de la tête, et à peu près à la même distance du museau que Fouverture de la {1) Discours sur la nature des poissons. b E s R A I E s. 93 bouche. Ils sont à demi-saillans , et garanliis en partie par une continuation de la peau qui recouvre la tête , et qui , s'éfcendant au 3essus du globe de Foeil, forme comme une èorte de petit toit , et ôleroit aux balis la facilité de voir les objets placés verticale- ment au dessus d'elles, si elle n'étoit souple ièt un peu rétractile vers le milieu du crâne- C^est cette peau, que l'animal peut déployer bu resserrer, et qui a quelques rapports avec la paupière supérieure de l'homme et des quadrupèdes , que quelques auteurs ont ap- pelée paupière^ et que d'autres ont comparée à la membrane clignotante des oiseaux. Immédiatement derrière les yeux , maïs un peu plus vers les bords de la tête , sont deux trous ou évents qui communiquent iavec l'intérieur de la bouche. Et comme ces trous sont assez grands , que les tuyaux dont ils sont les oiifices sont larges et très- courts , et qu'ils correspondent à peu près â l'ouverture de la bouche, il n'est pas sur- prenant que lorsqu'on tient une raie bâtis dans une certaine position, et par exemple contre le jour, on aperçoive, même d'un i)eu loin , et au travers de l'ouverture de la bouche et des évents , les objets placés au delà de l'animal , qui paroît alors avoir xeçu 94 HISTOIRE deux grandes blessures, et avoir été percé d'un bord à Tautre. Ces trous, que Taninial a la faculté d'ouvrir ou de fermer par le moyen d'une membrane très-extensible, que l'on peut comparer à une paupière, ou, pour mieux dire, à une sorte de soupape, servent à la bâtis au même usage que l'évent de la lamproie. C'est par ces deux orifices que cette raie admet ou rejette l'eau nécessaire ou surabondante à ses organes respiratoires, lorsqu'elle ne veut pas employer l'ouverture de sa bouche pour porter l'eau de la mer dans ses branchies , ou pour Ten retirer. Mais, comme la bâtis, non plus que les autres raies , n'a pas l'ha- bitude de s'attacher avec la bouche aux rochers, aux bois, ni à d'autres corps durs, il faut chercher pourquoi ces deux évents supérieurs, que l'on letrouve dans les squalles, mais que l'on n'aperçoit d'ailleurs dans aucun genre de poissons, paroissent nécessaires aux promptes et fréquentes aspirations et expi- rations aqueuses sans lesquelles les raies cesseroient de vivre. Nous allons voir que les ouvertures des branchies des raies sont situées dans le côté inférieur de leur corps. Ne pourroit-on pas, eu conséquence, supposer que le séjour assers DES RAI E S. <)5 long que font les raies dans le fond des mers, où elles tiennent la partie inférieure de leur corps appliquée conlre le limon ou le sable, doit les exposer à avoir, pendant une grande partie de leur vie , i'ouvertine de leur bouche ou celles du siège de la res[)ii'ation collées ea quelque sorte contre la vase, de manière que Teau de la mer ne puisse y parvenir ou en jaillir qu'avec peine, et que si celles de ces ouvertures qui peuvent être alors obs- truées n'étoient pas suppléées par les évents placés dans le côté supérieur des raies, ces animaux ne pourroient pas faire arriver jusqu'à leurs organes respiratoires l'eau dont ces organes doivent être périodiquement abreuvés ? Ce siège de la respiration, auquel les évents servent à apporter ou à ôter l'eau de la mer, consiste, de chaque côté, dans une cavité assez grande qui communique avec celle du palais, ou, pour mieux dire, qui fait partie dé cette dernière , et qui s'ouvre à l'extérieur, dans le côté inférieur du corps, par cinq trous ou fentes trans- versales que l'animal peut fermer et ouvrir en étendant ou retirant les membranes qui revêtent les bords de ces fentes. Ces cinq ouvertures sont situées au delà de celle de qG histoire la bouche , et disposées sur une ligne uÉi peu courbe, dont la convexité est tournée vers le côté extérieur du corps ; de telle sorte que ces deux rangées , dont chacune est de cinq fentes, représentent, avec l'es- pace qu'elles renferment au dessous de la tête , du cou et d'une portion de la poitrine de Tanimal , une sorte de disque ou de plastron un peu ovale. Dans chacune de ces cavités latérales de la bâtis sont les branchies proprement dites , composées de cinq cartilages un peu courbés et garnis de membranes plates très-minces^ très - nombreuses , appliquées Tune contre l'autre , et que l'on a comparées à des feuillets ; Ton compte deux rangs de ces feuillets ou membranes très-minces et très-aplaties sur le bord convexe des quatre premiers carti- lages ou branchies, et un seul rang sur le cinquième ou dernier. Nous avons déjà vu ( i ) que ces mem- branes très - minces contiennent une très- grande quantité de ramifications des vais- seaux sanguins qui aboutissent aux branchies, soit que ces vaisseaux composent les der- (i) Discours sur la nature des poissons. nières D E s R A I E s. 97 nières extrémités de rartère branchiale, qui se divise en autant de rameaux qu'il y a de branchies , et apporte dans ces organes de la respiration le sang qui a déjà circulé dans tout le corps, et dont les principes ont be- soin d'éfre purifiés et renouvelés; soit que ces mêmes vaisseaux soient Forigine de ceux quise lépandent dans toutes les parties du poisson, et y distiibuent un sang dont les élémens ont reçu une nouvelle vie. Ces vaisseaux sanguins, qui ne sont composés, dans les membranes des branchies , que de parois très-minces et facilement perméables à divers fluides, peuvent exercer, ainsi que nous l'avons exposé , une action d'autant plus glande sur le fluide qui les arrose, que la surface présentée par les feuillets des branchies , et sur laquelle ils sont disséminés, est très - grande dans tous les poissons , à proportion de letendue de leur corps. En effet , les raies ne sont pas les poissons dans lesquels les membranes branchiales offrent la phjs grande division, ni par conséquent le plus grand développement; et cependant un très - habile anatomiste , le professeur Mouro d'Edimbourg, a trouvé que la sur- face de ces feuillets, dans une raie bâtis de grandeur médiocre, étoit égale à celle du Poiss. Tome III. G 98 HISTOIRE corps humain. Au reste, la partie extérieur© de ces branchies , ou , pour mieux dire , des feuillets qui les composent , au lieu d'être isolée relativement à la peau, ou au bord de la cavité qui Tavoisine , comme le sont les branchies du plus grand nombre de pois- sons , et particulièrement des osseux , est assujettie à cette même peau ou à ce même bord par une membrane très-mince. Mais cette membrane est trop déliée pour nuire à la respiration , et peut tout au plus en modifier les opérations d'une manière ana- logue aux habitudes de la bâtis. Cette raie a deux nageoires ventrales pla- cées à la suite des nageoires pectorales , auprès et de chaque côté de l'anus, que deux autres nageoires , auxquelles nous donnerons le nom de nageoires de Vanus , touchent de plus près, et entourent pour ainsi dire. 11 en est même environné de manière à pa-* roitre situé, en quelque sorte, au milieu d'une seule nageoire qu'il auroit divisée en deux par sa position, et que plusieurs na- turalistes ont nommée en elïét, au singulier, nageoire de l'anus. Mais ces nageoires, tant de l'anus que ventrales, au lieu d'être situées perpendiculairement ou très-obliquement , comme dans la plupart des poissons, ont D E s R A I E s. 99 vne situation presque entièrement horison- tale, et semblant être, à cejtains égaids, une continuation des nageoiies pectorales , servent à terminer In foinie de losange très- aplatie que présente l'ensemble du corps de la bâtis. De plus, la nageoire ventrale et celle dé Fanus , que l'on voit de chaque côté du corps , ne sont pas véritablement distinctes l'une de l'autre. On reconnoît, au moins le plus sou- vent, en les étendant, qu'elles ne sont que deux parties d'une même nageoire , que la même membiane les revêt, et que la gran- deur des rayons, plus longs conmiunénient dans la portion que l'on a nommée ventrale ^ peut seule faire connoîlre où commence une poition et où finit l'autre. On devroit donc, à la rigueur , ne pas suivre l'usage adopté par les naturalistes qui ont écrit sur les raies, et dire que la bâtis n'a pas de nageoires de l'anus , mais deux longues nageoires ventrales qui environnent l'anus par leurs extrémités postérieures. Entre la queue et ces nageoires ventrales et de l'anus, on voit dans les mâles des bâtis, et de chaque côté du corps, une fausse na- geoire, ou plutôt une longue appendice, dont nous devons particulièrement au professeur G :2 loo HISTOIRE Bloch, de Berlin, de connoître Forganisatiori précise et ]e véritable usage (i). Les nageoires ventrales et de Tanus , quoique beaucoup plus étroites et moins longues que les pec- torales, sont cependant formées de même de véritables rayons cartilagineux , com- posés , articulés , ramifiés , communément au nombre de six , et recouverts par la peau qui revêt le reste du corps. Mais les appendices dont nous venons de parler ne contiennent aucun ra^^on. Elles renferment plusieurs petits os ou cartilages : chacune de ces appendices en présente onze dans sou intérieur, disposés sur plusieurs rangs. D'a- bord quatre de ces parties cartilagineuses sont attachées à un grand cartilage trans- versal , dont les extrémités soutiennent les nageoires ventrales , et qui est analogue , par sa position et par ses usages , aux os nommés os du bassin dans l'homme et dans les quadrupèdes. A la suite de ces quatfe cartilages 5 on en voit deux autres dans l'in- térieur de l'appendice; et à ces deux en succèdent cinq autres de diverses formes, li'appendice contient d'ailleurs, dans son côté extéiieur , un canal ouvert à son (i) Bloch ^ Histoire naturelle des poissons. DES RAIES. 101 extrémité postérieure, ainsi que vers son extrémité antérieure , et qui est destiné à transmettre une liqueur blanche et gluante , filtrée par deux glandes que peuvent com- primer les muscles des nageoires de Tanus. L'appendice peut être fléchie par l'action d'un muscle qui, en le courbant, le rend propre à faire rolîlce d'un crochet ; et lorsque la bâtis veut cesser de s'en servir, il se rétablit par une suite de l'élasticité des onze carti-^ lages qu'il renferme. Lorsqu'il est dans son état naturel, la liqueur blanche et gluti- neuse s'échappe par l'ouverture antérieure; mais, lorsqu'il est courbé, cet orifice supé- rieur se trouve fermé par le muscle fléchis- seur, et la liqueur gluante parcourt toute la cavité du canal , sort par le trou de l'ex- trémité postérieure, et, arrosant la partie ou le corps sur lequel s'attache le bout dç cette espèce de crochet, prévient les incon^; véniens d'une pression trop forte. La position de ces deux appendices que les mâles seuls présentent, leur forme, leur organisation intérieure , la liqueur qui ^" suinte par le canal que chacune de ces ap* pendi ces renferme, pourroient faire par-* tager l'opinion que Linua3us a eue pendant quelque t.ems , et l'on pourroit croire qu'ils G 3 303 HISTOIRE composent les parties génitales du mâle.' Mhis, pour peu que Ton examine les parties intérieures de^ bâtis, on verra qu'il est même supejflu de réfuter ce sentiment. Ces appen- dices ne sont cependant pas inutiles à l'acte de la génération ; elles servent au mâle à retenir sa femelle, et à se tenir pendant un tems plus ou moins long assez près d'elle pour que la fécondation des œufs puisse avoir lieu de la manière que nous expose- rons avant de terminer cet article. Entre les deux appendices que nous ve- nons de décrire , ou , pour nous expliquer d'une manière applicable aux femelles aussi bien qu'aux mâles, entre les deux nageoires de l'anus , commence la queue , qui s'étend ordinairement jusqu'à une longueur égale à celle du corps et de la tête. Elle est d'ailleurs presque ronde , très-déliée , très-mobile , et t d'affection pour ainsi dire désintéressée, et de constance même d'une saison. Il arrive quelquefois que les œufs non fécondés grossissent trop promptement pour pouvoir demeurer aussi long-tems qu'à l'or- dinaire dans la portiou antérieure des ovaires. Poussés alors contre les coques déjà fécon- dées, ils les pressent et accélèrent leur sortie; et lorsque leur action est secondée par d'auhes causes, il arrive que la bâtis mère est obligée de se débarrasser des œufs qui ont reçu la liqueur vivifiante du mâle, avant que les fœtus en soient sortis. D'autres cir- constances analogues peuvent produire des accidens semblables ; et alors les jeunes raies éclosent comme presque tous les autres pois- sons , c'est-à-dire , hors du ventre de la fe- melle : les coques , dont elles doivent se dégager, peuvent même être pondues plu- sieurs jours avant que le fœtus ait assez de force pour déchirer l'enveloppe qui le ren- ferme; et, pendant ce tems plus ou moins long, il se nourrit, comme s'il étoit encore dans le ventre de sa mère , de la substance alimentaire contenue dans son œuf, dont 152 HISTOIRE rintérieur présente un jaune et un blanc très-distincts Fun de 3'autre. L^on n'a pas assez observé ]es raies bâtis pour savoir dans quelle proportion elles croissent relalivement à la durée de leur développement , ni pendant combien de tems elles continuent de grandir : mais il est bien prouvé par les relations d'un très- grand nombre de voyageurs dignes de foi , qu'elles parviennent à une grandeur assez considérable pour peser plus de dix mj^iia- grammes ( deux cents livres ou environ ) (i), et pour que leur chair suffise à rassasier plus de cent pei sonnes (2). Les plus grandes sont celles qui s'appiochent le moins des rivages habités , même dans le tems où le besoin de pondre, ou celui de féconder les œufs, les entraîne vers les côtes de la mer ; l'on P ' . . ■ ■ I I I !■ ■■ I ^ (i) On peut voir, dans Labat et dans d'autres voya- geurs , ce qu'ils disent de raies de quatre mètres ( envi- ron douze pieds) de longueur ; mais des observations récentes et assez multipliées attribuent aux bâtis une longueur plus étendue. On peut voir aussi , dans l'Histoire naturelle de la France équinoxiale , par Barrère , la description du mouvement communiqué aux eaux de la mer par les grandes raies , et dont nous avons parlé au commencement de cet article. (2) Consultez WiUu^Lby. D E s R A I E s. 125 diroit que la difBculté de cacher leur grande surface et d'échapper à leurs nombreux ennemis dans des parages trop fréquentés , les tient éloignées de ces plages : mais quoi qu'il en soit , elles satisfont ]e désir , qui les presse dans le printenis , de s'approcher des rivages , en s'avançant vers les bords écartés d'iles très-peu peuplées, ou de por- tions de continent presque désertes. C'est sur ces côtes où les navigateurs peuvent être contraints par la tempête de chercher un asile, et où tant de secours leur sont refusés par la nature , qu'ils doivent trouver avec plaisir ces grands animaux , dont un très-petit nombre suffit pour réparer , par un aliment aussi sain qu'agréable, les forces de l'équipage d'un des plus gros vaisseaux. Mais ce n'est pas seulement dans des mo- mens de détresse que la bâtis est recherchée : sa chair blanche et délicate est regardée, dans toutes les circonstances, comme un mets excellent. A la vérité , lorsque cette raie vient d'être prise , elle a souvent un goût et une odeur qui déplaisent ; mais , lorsqu'elle a été conservée pendant (juelques jours, et sur-tout lorsqu'elle a été transportée à d'assez grandes distances , cette odeur et ce goût se dissipent, et sont remplacés par 154 HISTOIRE un goût très-agréable. Sa chair est ëur-tôut très-bonne à manger après son accouple- ment; et si elle devient dure vers Tautonine, elle reprend pendant Thyver les qualités qu^-elle a voit perdues. On pèche un très-grand nombre de bâtis sur plusieurs cotes ; et il est même des rivages où on en prend une si grande quantité , qu'on les y prépare pour les envoyer au loin, comme la morue et d'autres poissons sont préparés à Terre-Neuve, ou dans d'autres endroits. Dans plusieurs paj^s du nord, et particulière- ment dans le Holstein et dans le Schleswig, on les fait sécher à l'air, et on les envoie ainsi desséchées dans plusieurs contrées de TEurope , et particulièrement de TAlle- magne (i). (i) Les pêcheurs du Schleswig et du Hoîstein font sécher aussi à l'air l'estomac de la raie bâtis et le mangent ensuite en guise de morue. Ils font avec le foie de ce poisson une huile fine et blanche ; la chair est également blanche. On prend une grande quantité de raies bâtis dans les environs de Heiligeiand , principalement au mois de juin. Elles sont aussi fort abondantes sur les côtes de la Hollande; le peuple en fait une grande con sommation j le reste passe en Fîaxîdre et dan» le Brabant. DES RAIES. 125 Exaniiuons maintenant les difïcrences qui séparent la bâtis des autres espèces de raies. Cçt(e espèce , aussi bien qne celles du lï^ême genre , qiii vivput da,n^ iea eaux de la Méditerranée , sent connues pn Savdâigne saus la dénomination génépic^ue d[o zirulia. Ces poissons n'ont presque aueuno valeur chez les sardes, qui ne peuvent en soutenir l'odeur forte et sauvagine , et il n'y a que les ouvriers et les pauvres qui eu mangent. ( Voyez Cetti , Pesci di Sardegna , pag. 58. ) L'on a observé qu'à mesure que les dents des raies, et même que celles des chiens de nier et des tétrodons , s'usent devant, celles de derrière se déve- loppent pour leur succéder; mais dans le plus grand nombre le re'nplacernent se fait verticalement à la manière ordinaire, avec cette ^lifférence que la racine se soude à la mâchoire , et qu'il n'y a que la couronne qui tombe en se séparant du reste de l'os qui demeure dans l'alvéole. La dent nouvelle monte dans le creux de la racine de ^ancienne. ( Bulletin de la Société pbilomatique , n" 52. pag. 26.) Mais une observation bien importante et bien singulière , si elle avoit été vérifiée , est celle de Otlion Helbigius , qui prétend avoir reconnu que les raies , ou au moins quelques es[)èce3 de ce genre, sont sujettes à l'écoulement périodique , comme les femmes et les femelles des singes. ( Observation envoyée de Batavia sur dilTérentes curiosités des Indes , 2. Glattroche. Gesn. Thierb. p. 68 , h, Jlaie au long bec. Valmont de Bomare , Diction- naire d'histoire naturelle. (2) Raja dorso lœui^ caudâ sttprà tuberculis decem aculeatâ raja oxyrinchos. Brunnich , Ichthyo- logia massiliensis , pag. 2. Les indications de cette espèce , données par Lin- nseus et Artedi, sont fort incertaines. Le dernier particulièrement paroît avoir confondu cette raie avec d'autres espèces , dont il a fait autant de variétés 4© celle-ci. ( Synonym. piscium , pag. loi.) La raie à bec pointu se nomme en grec , oxyrinchos ; tn allemand, spitzjiase ; en anglais , white-^ cunt et maids ; en italien , raia , sot , perosa rosa et gilioro ; e,n espagnol , nuinta ou quilt ; en Languedoc, alêne ; et encore à Marseille ^ niairatze. SoN>fiNi. que DES RAIES. 12g que présente la bâtis , mais encore sur le dos. Elle a le devant de la tête terminé par une pointe assez aiguë pour mériter le nom à'oxjrinque ou bec pointu , qu'on lui donne depuis long-tems. Auprès de chaque œil on aperçoit trois grands aiguillons ; le dos en montre quelquefois deux très-forts; et Ton en dislingue aussi un assez grand nombre de petits et de foibles répandus sur toute la surface supérieure du corps. Quel- quefois la queue du mâle est armée non seulement d'une , mais de trois rangées d'aiguillons. L'on voit assez souvent d'ail- leurs les piquans qui garnissent la queue du mâle ou celle de la femelle , plus longs et plus gros les uns que les autres, et placés de manière qu'il s'en présente alternati- vement un plus grand et un moins grand. Au reste , nous croyons devoir prévenir ici que plusieurs auteurs ont jeté de la confu- sion dans l'histoire des raies , et les ont supposées divisées en plus d'espèces qu'elles n'en forment réellement, pour avoir regardé la disposition, le nombre, la place, la figure et la grandeur des aiguillons comme des caractères toujours constans et toujours distinctifs des espèces. Nous nous sommes assurés , en examinant une assez grande Foiss. Tome I IL I i3o HISTOIRE quantité de raies d'âge , de sexe et de pay^ difféiens , qu'il n'y a que ceilaines distri- butions et certaines formes de piquans qui ne varient ni suivant le climat , ni suivant le sexe , ni suivant l'âge des individus , et qu'il ne faut s'en sejvir pour distinguer les espèces qu'après un long examen et une comparaison attentive de ce trait de con- formation avec les autres caractères de l'animal. Le dessous du corps de Foxyrinque est blanc, et le dessus est le plus souvent d'un gris cendré, mêlé de rougeâtre , et parsemé de taches blanches , de points noirs , et de petites taches foncées qui , semblables à ^es lentilles , l'ont fait nommer /enf Iliade dans quelques-unes de nos provinces méri- dionales. On a vu des oxyrinques de deux mètres et trois décimètres (environ sept pieds) de long , sur un peu plus (Vun mètre et six décimètres ( cinq pieds ou a peu près ) de large. La chair de l'espèce que nous décrivons est aussi bonne à manger que celle de la bâtis (i). ^ I ' I — ' •' ■ " ' I.. , I I. , (i) L'on fait une pêche considérable de raies à hea D E s R A I E s. i5i pointu, dans la mer du Nord, principalement près de Heiligeland. En Angleterre, ce poisson porte le nom de maids , jusqu'à ce qu'il ait propagé-, alors il prend celui de u-'hithe cunt. Je dois observer que , selon Bloch , l'on ne fait pas grand cas de la chair de la raie à bec pointu , comme étant plus mauvaise que celle de la raie bâtis. ( Hist, liât, des poiss. ) Au reste, cette diversité d'opinions au sujet de la bonne ou mauvaise qualité de la chair des raies dépend des lieux où on les mange. Sur les côtes , ces poissons sont généralement méprisés , et ce n'est que lorsqu'ils ont été gardés pendant quelque tems , et sur- tout lorsqu'on les a transportés à quelque distance, qu'ils deviennent un mets délicat. Un auteur sarde , qui vient de publier une Histoire de la Sar- daigne, a été fort étonné , à son arrivée à Paris , de voir que l'on servoit sur les meilleures tables de la raie, poisson si dédaigné en Sardaigne j il la trouva excellente, principalement en liyver, au lieu qu'il n'auroit pu en souffrir l'odeur dans son pays. { Tom. II , pag. 255. ) De là vient encore qu'on lit^ dans Athénée , la réponse que lit Dorion à quelqu'un qui vantoit la bonté de la chair des raies : «Oui, dit-il, c'est comme si ou mangeoit une robe bouillie )). S o i^ I^ I N I. la i32 HISTOIRE LA RAIE MIRALET (i) (2). Çj E T T E raie , que Ton trouve dans la Méditerranée , présente un assez grand (1) M ira lie t j sur quelques côtes françaises de la Méditerranée. Barracol , sur quelques bords de la mer Adriatique, et particulièrement à Venise. Ar- zilla j à Rome. Miraillel. Daubenton , Encyclop. méthod. Raja miraletus. Lin. édit. de Gmel. Miraillet. Bonaterre , planches de l'Enc. méth. Raja dorso ventre que glab ris , aculeis ad oculos , ternoque eorum ordine in cauda* Mus. Adolp. Fr. 2, pag. 5o. — Idem. Artedi , gen. 72, spec. ici. — - Gronov. Zoophyt. i55. Dasyhatus in utroque dorsi latere macula magnà •oculi simili , etc. Klein , Miss. pisc. 3 , p. 55 , n° 2. " Raja stellaris. Salvian. Aqiiat. p. i5o. Raja oculata. Jonston , Pisc. tab. lo , fig. /^, — .Willugliby , Icblh. 72. Raja levis oculata. Raj. Pisc. p. 27. Raie oculée ^ raie miraillet. Rondelet , première partie, liv. 12, cliap. 8. Raie lisse à miroir , ou miraillet. Valmont de Bomare, dictionnaire d'histoire naturelle. {2) Raja caudâ tripUciter aculeatâ , alis suprà D E s R A I E s. i33 nombre d aiguillons; mais ils sont disposés d'une manière différente de ceux que Von observe sur la bâtis et Toxyrinque. Premiè- rement de petits aiguillons sont disséminés au dessus et souvent au dessous du museau. Secondement on en voit de plus grands autour des yeux , et la queue en montre trois longues rangées. Quelquefois on en compte deux grands , et isolés sur la partie antérieure de la ligne du dos, et assez près des yeux ; et quelquefois aussi les deux rangées extérieures que Ton remarque sur la queue ne s'étendent pas , comme le rang du milieu, jusqu'à l'extrémité de cette par- tie. Chacune de ces rangées latérales est aussi 5 sur quelques individus , séparée du rang intérieur par une suite longitudinale de piquans plus courts et plus foibles ; ce qui produit sur la queue cinq rangées d'ai- guillons grands ou petits, au lieu de trois rangées. Au reste , non seulement l'on voit ocellatis, raja niiraletus. Brunnich , Ichthyol. massil. p. 2. Raja dorso dypterigio , aculemrum ordine solitario , caudâ gracili pinnatâ , ordine aculeorum ttrno , rostro subaculealo. Gronov. Zoopli. i55. S o N N I N I. I 5 i54' HISTOIRE sur cette même partie les deux nageoires auxquelles nous avons conservé le nom de dorsales ; mais encore son extrémité , au lieu de fiuir en pointe comme la queue de la bâtis , est terminée par une troisième nageoire. Le dessus du corps du miralet est d'un brun ou d'un gris rougeâtre , parsemé de taches dont les nuances paroisseut varier suivant l'âge , le sexe ou les saisons ; et Foo Toit d'ailleurs sur chacune des nageoires pectorales une grande tache arrondie, ordi- nairement couleur de pourpre , renfermée dans un cercle d'une couleur plus ou moins foncée , et qui , comparée par les uns à un. miroir , a fait donner à l'animal , dans plu- sieurs de nos provinces méridionales, le nonx de petit miroir , miralet ou rniraillet , et , paroissant à d'autres observateurs plus sem- blable à un œil , à un iris avec sa prunelle , a fait appliquer à la raie dont nous traitons ^ î'épithète ^oculée (ocellata). Mais , si la Nature a donné aux m irai ets cette sorte de parure , elle ne paroît pas leur avoir départi la grandeur. On n'en trouve communément que d'assez petits ; et d'ailleurs leur chair ne fournit pas un alirnent aussi sain ni aussi agréable que celle Î3 E s R A I E s. i35 ide la bâtis ou celle de Toxyrinque. ( Raie à bec pointu ) (i). (i) Celle espèce paroît confinée dans les eaux de la Méditerranée', elle est, dit Rondelet, de chair dnre et de mauvaise nourriture. En général , les raies qui se tiennent en haute mer et approchent rarement des rivages , ont bien meilleur goiit , et sont plus délicates que celles qui vivent habi- tuellement sur les côtes limoneuses , où leur chair contracte une mauvaise qualité et une saveur désa- gréable. SONNTNT. '' 14 i56 HISTOIRE LA RAIE CHARDON (i). QUATRIÈME ESPECE. l^^ETTE raie est hérissée de piquans, ce qui l'a fait comparer au chardon et au (i) Raie chardon, raie à foulon. En anglais, white horse y c'esi-k-à'we , chepal blanc. En danois, valker- rokke. En islandais , tindabikia. En groenlandais , taralikisak et aglernak. Raie nommée fullonica. Rondelet , Hist. des pois- sons , liv. 12 , chap. 16, pag. 283 , avec une mauvaise figure. Rajafullonica. Gesner , de Aquatil. lib. 5 , p. 958. — Aldrovand. de Piscib. lib. 3 , cap. 62 , avec une figure. — Jonston , Hist. riat. piscium , p. 22. — Charlet. Onomazt. pag. i3o. Raja aspera nostras , the white horse dicta. Wil- lagbb. Hist. piscium , lib. 3, cap. 17 , pag. 'j^. — Ray, Synops. piscium, pag. 26. Raja dorso toto aculeato , aculeorum ordine sim- plici ad ociilos j duplici in caudd. . . . raja fullonica. Liin. edit. Gmel. gen. i5o , sp. 5. — Artedi , Piscib. gen. 4^ , sp. 6 , Additam. f. 6. et Synonym. gen. 45 , sp. 6. Raie chardon, Daubenton , Encyclop. méthod. •— DES RAIES. i57 peigne dont on se sert pour fouler les draps (i). Ces pointes , semées sur presque toute la surface supérieure du poisson , ne sont pas de la même longueur ; les plus grandes occupent le milieu du dos et le dessus de la queue , où elles forment deux ou trois rangées. De plus , il y a trois auties aiguillons auprès de chaque œil, un en de- vant et deux derrière. Tous ces piquans sont larges à leur base, et leur extrémité se recourbe vers la queue du poisson. Il a le bec assez long et pointu , le dessus du corps d'un blanchâtre mêlé de brun , avec des taches noirâtres , et le dessous d'un beau blanc , qui prend une légère teinte de rougeâtre sur le ventre. On trouve cette espèce dans presque toutes Bonaterre , ibid. — Lacépède , Hist. nat. des pois- sons, tom. I. Raja dorso toto aculeato , dentihus acutis. Olh, Fabr. Faim, groenland. p. i25, n^ 87. (i) Fullonica par nous est nommé ceste raie , à cause que par-tout , aux aéles , au corps , en la tête , en la queue , elle est toute pleine d'éguillons, comme l'outil duquel les foulons accoustrent les draps, qui est tout fait de pointes de fer. ». (Rondelet , à l'en- droit ci-devant cité. ) i58 HISTOIRE les mers d'Europe. Ses œufs sont jaunes et isont formés dans Tovaire au mois d'avril. Elle se nourrit de petits poissons et de che- vrettes. Elle ne quitte pas facilement le fond de la mer; et lorsqu'elle veut changer de place, elle avance par un mouvement ver- tical de ses nageoires, et , en même tems , par l'agitation liorisontale de sa queue. Elle est commune dans les anses les plus pro- fondes des côtes du Groenland, particuliè- rement dans le golfe c]e Tunnudliorbik. Sa chair est dure, et dans ces contrées hypei*- boréennes, on ne la mange qu'à demi-cor-^ rompue (i). Artedi distingue deux variétés dans cette espèce ; cependant il soupçonne que ces va- riétés peuvent bienne pas exister réellement. (i) Oth. Fabr. Faun. Groenland, p. 126. DES RAIES. i59 LA RAIE RONCE (i) (2), PAR LACÉPÉDE. CINQUIÈME ESPÈCE. KJ E poisson est bien nommé ; de toutes les raies comprises dans le sons -genre qui nous occupe , la ronce est en effet celle qui est armée des piquans les plus forts , et qui en présente le plus grand nombre. Indé- pendamment d'une rangée de gros aiguillons, (i) Raja rubus. Lin. éclit. de Grnel. Raja ordine aculeorum in dorso iinico , trihusque in cauda, Bloch , Plisloire naltiielle des poissons , 5, pi. LXXXIII et LXXXiV. Dasyhatus elevatus , spinis clavis ferreis siinilibus ; dasybatus clavatus rosf.ro acuto ; dasybatiis rostro acutissimo , etc. Klein, Miss. pisc. 3 , p. 36 , n^ 6, '7 et 8. Raie ronce. Bonaterre , planches de l'Enc. métli. Rnja prupriè dicta. Belon , Aqnat. p. 79. Raie cardaire. Rondelet, premièie partie , lîv. 12, chap. 14. — Gesner , Aquat. p. 79^ — 797. Icon. an. p. i55 — 137. Thierb. p. 71 , 72. — x\ldrovand. Pisc. p. 459 — 4G2. — Willughb. Iclith. p. 74 — 78, 140 HISTOIRE que Ton a comparés à des clous de fer^ et qui s'étendent sur le dos; indépendam- ment encore de trois rangées semblables qui régnent le long de la queue, et qui, réunies avec la rangée dorsale , forment le carac- tère distinctif de cette espèce , on voit ordi- nairement deux piquans auprès des narines. On en compte six autour des yeux, quatre sur la partie supérieure du corps, plusieurs rangs de moins forts sur les nageoires pec- torales, dix très-longs sur le côté inférieur de l'animal ; tout le reste de la surface de cette raie est hérissé d'une quantité innom- brable de petites pointes; et, comme la plante dont elle porte le nom, elle n'offre aucune partie que Ton puisse toucher sans les plus grandes précautions (3). tab. dy 1 , fig. I , 3 et 4- — Ray? Pisc. p. 26 , 11" 2 — 5. Jonston , Fisc. tab. 10 , fig. 3,9, tab. 2 , fig. 2 , 5. Rough ray. Pennanl, Brit. zool. 3, p. 66 , n° 5. Haie cardaire , raja spinosa, Valmont de Bomare, Diction, d'iiistoire naturelle. (2) En allemand, c^omroc/^e. En anglais, ro«^/t ray. En Languedoc , cardaire. SoNNi?fi. (5) L'ouverture de la boucîie de la ronce est large ; ses mâchoires sont garnies de plusieurs dents en form« de coin et pointues. Sonnini. D E s R A I E s. 141 Mieux armée que presque toutes les autres raies , elle attaque avec plus de succès , et se défend avec plus d'avantage; d'ailleurs ses habitudes sont semblables à celles que nous avons exposées en traitant de la bâtis; et on la trouve de même dans presque toutes les mers de FEurope (1). Le dessus de son corps est jaunâtre, ta- cheté de brun ; le dessous blanc ; Tiris de ses yeux noir ; la prunelle bleuâtre. On compte de chaque côté trois rayons dans la nageoire appelée centrale ^ six dans celle à laquelle le nom à'anale a été donné ; et c'est dans cette espèce particulièrement que l'on voit avec de très-grandes dimensions ces appendices ou crochets que nous avons décrits en traitant de la bâtis, et que pré- sentent les mâles de toutes les espèces de raies (2). (1) CeUe espèce est plus commune dans les mers du Nord, et on la pêche souvent à Hambourg. S G N N I N I. (2) Plusieurs icLthyologistes n'ont pas distingué la ronce de la raie chardon , ni même de la raie bouclée, tandis que d'autres , tel que Rondelet, l'ont présentée sous dilFérens noms , comme formant des espèces séparées. Il faut néanmoinr, convenir que quelques races , dans le genre des raies , n'ont pas 142 HISTOIRE encore été assez observées, pour assurer que Rondelet n'a pas eu raison d'en multiplier les espèces. C'est avec la raie ronce , la raie cliardon et quel- ques autres raies desséchées , que des cliarlatans forment des figures fort singulières, qu'ils donnent pour des squelettes d'animaux nouveaux et extra- ordinaires. Des naturalistes en ont été les dupe» et ont publié, dans leurs ouvrages, les représenta- tions de ces monstres factices , comme appartenant à des êtres réellement existans. (Voyez Belon, Gesner^ Aîdrovande, Jonston , Ruyscli , etc. etc. ) S G N N 1 N I. D E s R A I E s 143 LA RAIE CHAGRINÉE (0(2), PAR LACÉPÈDE. SIXIÈME ESPÈCE. M i K corps de ce poisson est moins large,' à proportion de sa longueur, que celui de la plupart des autres raies. Son museau est Jong, pointu, et garni de deux langs d'ai- guillons. On voit quelques autres piquans jîlacés en demi-cercle auprès des yeux, dont: l'iris a la couleur du saphir. Les deux côtes de la queue sont armés d'une rangée d'ai- guillons ou d'épines, entremêlés d'un grand nombre de petites pointes. Le dessous dd corps est blanc ; et le dessus , qui est d'un brun cendré , présente , sur - tout dans sa partie antérieure, des tubercules semblables à ceux qui revêtent la peau de plusieurs squales, particulièrement celle du requin, et qui font donner à ce tégument le nom de mau de chagrin. (il Fennrint , Zool. brilan. tom. ITI , p. 84 > «*' 54/ — ~ Raù' chagrinée, nonatprre , pi. <1e l'Enc. mélb, (2) Raja corpore anticè tuherculato : duplici acu- leorum ordine in rosiro et in caudâ, . . . raja tuber- culata, Bojiaterre , loco suprà cilato. SoN^'2NI/ i44 HISTOIRE LA RAIE MUSEAU -POINTU (i), E T LA RAIE COUCOU (2), PAR LACÉPÊDE. SEPTIEME ET HUITIEME ESPECES. O^EST d'après des notes très-bien faites, des dessins très - exacts , ou des individus bien conservés , envoyés par le savant et zélé citoyen Noël de Rouen , que nous fai- sons connoître les sept raies dont nous venons de donner le tableau. La raie museau - pointu a beaucoup de rapports avec Toxyrinque ; mais, indépen- damment des traits véritablement distinctifs de ces, deux poissons, la première ne par- vient guère qu'au poids de deux ou trois kilogrammes (environ cinq ou six livres), pendant que Toxyrinque pèse souvent jusqu'à douze ou treize myriagrammes ( environ deux cent soixante livres). La couleur de ^- — — '■ - ' " ^ (1) Raja rostrata. Petite raie à bec. (2) Raja cuculus. cette D E s R A I E s. i45 cette même raie à museau pointu est d'ua gris léger. J'ai reçu du citoyen Noël deux individus de cette espèce , Tun mâle , et Tautre femelle. La femelle différoit du mâle par de petits aiguillons qu'elle avoit au dessous du museau et à la circonférence du corps. La partie supérieure de la raie coucou est bleuâtre, ou d'un brun fauve, et l'infé- rieure d'un blanc sale. L'ouverture de la bouche est petite ; mais les orifices des na- rines sont grands, et Tanimal peut les dilater d'une manière remarquable. On voit dans l'intérieur de la gueule, au delà des dents de la mâchoire supérieure , une sorte de cartilage dentelé, placé transversalement. Les raies coucous sont moins rares vers les côtes de Cherbourg qu'auprès de l'embou- chure de la Seine. On en pêche du poids de quinze kilogrammes (trente-six livres ). Le tissu de leur chair est très-serré. La forme de leurs dents, qui sont aiguës, ne permet pas de les confondre avec les raies aigles , ni avec les pastenaques , malgré les grandes ressemblances qui les en rapprochent. Poiss. Tome IIL i46 HISTOIRE LA RAIE TORPILLE (i)(2), PAR LACÉPÉDE. NEUVIÈME ESPÈCE. J^oyez la figure -planche I V. I i A forme , les habitudes et une propriété reinarquable de ce poisson l'ont rendu de- puis long - tems Tobjet de ratlenlion des (i) A Marseille , troupille , dormilliouse. Dans plu- sieurs départemens méridionaux, poule de mer. A Bordeaux , tremoise. Sur les côtes voisines de Saint- Jean-de-Luz , icara. A Gênes , tremorise , batte potta» A Rome , ochiatella oculatella. En Angleterre , -cramp fish. Raie torpille. Daubenton , Encyclop. métliod. Raja torpédo. Lin. édit. de Gmelin. — Bloch , pi. CXXIII. Raie torpille. Bonat. planches de l'Enc. métli. Raja tola lœvis. Arledi , gen. 70 , syn. 102. — Mus. Adol.Fr. 2, pi. L"^. — Gron. Zooph. i53 , tab. 9, fig. 3. — Arjst. 1. 2, c. i5 , i5 ; 1. 5, c. 5, 1 1 ; 1. 6', c. 10 , Il -, 1. 9, c. 57. — iElian. 1. i , c. 56; 1. 5 , c. 37 , 1. 9 , c. 14. — Oppian. lib. 1 , p. 5 j 1. 2, p. 32. — Athen. lib. 7 , pag. 3 14. J^arcos. Cub. lib. 3 , cap. 62 , fol. 85. Torpédo. Plin. 1. 9, c. 16, 24 , 4^ , 5i j et 1, 32, 0. II. P. Jo V. c. 28 , p. 1 00. 7)e ,>er^ ,/<'/ ir Tartàeii ./, 1 LA TOllVILLE 2 . LA RAIE BOrCLEE D E s R A I E s. i47 physiciens. Le vulgaire l'a admiié, redouté, Torpille. Rondelet , p. i , liv. 12, chap. 18. Occhiatella. Salvian. f. 142 , i45. — Jonston, ]. i, lit. I , cap. 3 , a. 5 , puiict. i , lab. 9, fig. 5, 4. — Cliarlet. p. 129. — Mallhiol. in Diosc. 1. 2 , c . \5 , p. 288. — Balk. Musc, princ, J 58. — Mus. berler. p. 57 , tab. 26. — Blas. Anat. aniai. p. 3o5. — JRcdi, Exper. p. 55. — Kasmpfer , Amasnit. exoc. p. 609, tab. 5 10. — Mus. lichter. p. 568. — J. Scortia nat. et inct. Nili ,1. i , c. 7 , p. 48. Narcocion demptâ caudâ circularis. Klein , Miss. pisc. 3 , p. 5 1 , 11^ I . Torpédo maculis pentagonicè positis nigris* Shaw. Trav. app. p. 5i ,11" 55. Torpédo. Ray. — Wilkighby, p. 81. Torpédo oculata prima , torpédo maculosa , et tor- pédo maculosa supina. Gesner ( gerin. ) fol. 74 ^ > et 76 a. Tovpedo Salviani maculosa* Aldrovand. lib. 3 , cap. 45, pag. 417. Torpédo oculata. Belcn. Torpédo^ torpigo , stupescor. Lemery, Dictionn. des dioi^ues simples , p. 887. Cramp-ray. Pennant , Brit. zool. lom. 111, p. 67. Torpille y torpède y tremble, Duhamel, Traité des pêches, seconde partie , neuvième section , chap, 3 , pag. 286 , pi. XIII. Raja torpédo, Tota lœvis, Brunn. Pisc. mass. p. i." — Barthol. Acta hafn. 5, obs. 97. — Réaumur^ Mémoires de ^académie des sciences de Paris, 1714* r— Pringle, Dis. an the torpédo ; Lond. 1774. XiH HISTOIRE métamorphosé clans un animal doué d'un pouvoir presque surnaturel; et la réputation de ses qualités vraies ou fausses s'est telle- ment répandue, même parmi les classes les moins instruites des différentes nations, que son nom est devenu populaire, et la nature de sa force , le sujet de plusieurs adages. La tête de la torpille est beaucoup moins dis- tinguée du corps proprement dit et des nageoires pectorales, que celle de presque toutes les autres raies; et Tensemble de son corps, si on en retranchoit la queue , les- sembleroit assez bien à un cercle , ou , pour (2) La torpille. En grec , narke , expression qui , de même que le nom latin torpédos, rendu en français par torpille , désigne l'engourdissement , la torpeur que cause ce poisson. En allemand , zitterfisch et zitterrochen. En hollandais, kranipfisch y stomppisch ^ zidderuisch et trillroch. En, anglais , crampfisch , electrie ray et torpédo. En portugais , viola. En arabe , riad. En persan , lerzmachi» A Venise , sgram'" pho. En Sardaigne , torpedine. A Gênes , tremorise et batte porta. En Dalmatie, ternah. Dans l'Archipel de la Grèce, nioudiastra. Au Brésil, para. Au cap de Bonne-Espérance, crampec. Encore à Marseille, estorpijq. Sur une grande partie de nos côtes de VOQG^ïi^f tremble et dormlggliose. Raja corpore piano , ouato , lœui , caudato , » , ^^. raja torpédo. Brunnicli , Iclithyol. massil. p. i, S o N N I N I. DES RAIES. 149 mieux dire, à un ovale dont on auroit supprimé un segment vers le milieu du bojd antérieur. L'ouverture supérieure de ses é vents est ordinairement entourée d'une membrane plissée qui fait paroître cet orifice comme dentelé. Autour de la partie supé- rieure de son corps et auprès de l'épine dor- sale , on voit une assez grande quantité de petits trous d'où suinte une liqueur mu- queuse plus ou moins abondante dans tous les poissons, et qui ne sont que les ouver- tures des canaux ou vaisseaux particuliers destinés à transmettre ce suc visqueux aux différentes portions de la surface de l'animal. Deux nageoires nommées dorsales sont pla- cées sur la queue , et l'extrémité de cette partie est garnie d'une nageoire divisée, pour ainsi dire, par cette même extrémité, en deux lobes , dont le supérieur est le plus grand. La torpille est blanche par dessous; mais la couleur de son côté supérieur varie sui- vant rage , le sexe et le climat. Quelquefois cette couleur est d'un brun cendré , et quelquefois elle est rougeâtre; quelques in- dividus présentent une seule nuance , et d'autres ont un très-grand nombre de taches. Le plus souvent on en voit sur le dos cinq K 5 i5o HISTOIRE très-grandes, rondes, disposées comme aux cinq angles d'un pentagone, ordinairement d'un bleu foncé, entourées tantôt d'un cercle noir, tantôt d'un cercle blanc, tantôt de ces deux cercles placés l'un dans l'autre, ou ne montrant aucun cercle coloré. Ces grandes taches ont assez de rapports avec celles que l'on observe sur le miralet : on les a com- parées Il des yeux; elles ont fait donner à l'animal l'épithète à'œillé; et c'est leur ab- sence , ou des vaiiations dans leurs nuances et dans la disposition de leurs couleurs, qui ont fait penser à quelques naturalistes que l'on de voit compter quatre espèces diffé- rentes de torpille, ou du moins quatre races constantes dans cette espèce de raies (i) (2). (i) Voyez l'ouvrage de Rondelet, à l'endroit déjà cité. (2) La première espèce que Rondelet a distinguée est celle qui a sur le dos cinq grandes taches , sem- blables à des yeux, et entourées d'un cercle blanc et d'un autre noir. La seconde espèce a des taches noires , rondes , disposées de la même manière que les taches de la première, mais sans cercle. Les taches de la troisième espèce sont de difFérentes formes et semées sans ordre -, enfin la quatrième n'a point de taches. Sur quelques torpilles , les taches sont disposée» DES RAIES. i5t L'odorat de la torpille semble être beau- coup moins parfait que celui de la plupart des autres raies et de plusieurs autres pois- sons cartilagineux; aussi sa sensibilité paroît- elle beaucoup moindre. Elle nage avec moins de vitesse; elle s'agite avec moins d'impé- tuosité ; elle fuit plus difficilement ; elle poursuit plus foiblement; elle combat avec moins d'ardeur; et , avertie de bien moins loin de la présence de sa proie ou de celle de son ennemi, on diroit qu'elle est bien plus disposée à être pi4se par les pécheurs, ou à succomber à la faim , ou à périr sous la dent meurtrière de très-gros poissons. Elle ne parvient pas non plus à une grandeur aussi considérable que la bâtis et quelques autres raies ; on n'en trouve que très - rarement et qu'un bien petit nombre d'un poids supérieur à vingt -cinq kilo- grammes ( soixante livres , ou environ) (i), dans deux lignes parallèles , trois devant et trois der- rière. Le dos de quelques autres , outre les cinq taches noires , e»t marqué de blanc. L'on ne peut décider si ces dissemblances proviennent de l'âge ou du sexe , ou si on doit les regarder comme l'effet de la différence d'espèces. Sonnini. (i) M. Walsh, membre du parlement d'Angle- terre, et de la société de Londres, prit, dans la JL 4 i53 HISTOIRE et ses muscles paroissent bien moios forts à proportion que ceux de la bâtis. Ses dents sont Irès-courtes ; la surface de son corps ne présente aucun piquant ni aiguillon. Petite , foible , indolente , sans armes , elle seroit donc livrée sans défense aux voraces habitans des mers dont elle peuple les profondeurs , ou dont elle habite les bords; mais , indépendamment du soin qu^le a de se tenir presque toujours cachée sous le sable ou sous la vase , soit lorsque la belle saison l'attire vers les côtes , soit lorsque le froid l'éloigné des rivages et la repousse dans les abîmes de la haute mer , elle a reçu de la Nature une faculté par- ticulière bien supérieure à la force des dents, des dards , et des autres armes dont elle auroit pu être pourvue,* elle possède la puis- sance remarquable et redoutable de lancer , pour ainsi dire, la foudre; elle accumule dans son corps et fait jaillir le fluide élec- trique avec la rapidité de l'éclair; elle ini- baie de Tor , une torpille qui avoit quatre pieds de long , deux pieds et demi de large , et quatre pouces et demi dans sa plus grande épaisseur ; elle pesoit cinquante-trois livres ( Of torpédos found on tlic coast of EiiglauJ , p. 4- ) D E s R A I E s. i53 prime une commotion soudaine et paraly- sante au bras le plus robuste qui s'avance pour la saisir , à Tanimal le plus terrible qui veut la dévorer ; elle engourdit pour des instans assez longs les poissons les plus agiles dont elle cherche à se nourrir; elle frappe quelquefois ses coups invisibles à une distance assez grande , et par cette ac- tion prompte, et qu'elle peut souvent re- nouveler , annulant les mouvemens de ceux qui l'attaquent et de ceux qui se défendent contre ses efforts, on croiroit la voir réaliser au fond des eaux une partie de ces prodiges que la poésie et la fable ont attribués aux fameuses enchanteresses dont elles a voient placé l'empire au milieu des flots, ou près des rivages. Mais quel est donc dans la torpille l'or- gane dans lequel réside cette électricité particulière ? et comment s'exerce ce pou- voir que nous n'avons encore vu départi à aucun des animaux que l'on trouve sur l'échelle des êtres, lorsqu'on en descend les dégrés depuis l'homme jusques au genre des raies ? De chaque côté du crâne et des branchies est un organe particulier qui s'étend com- munément depuis le bout du museau jusqu'à i54 HISTOIRE ce cartilage demi-circulaire qui fait partie du diaplii agme , et qui sépare la cavité de la poitrine de celle de Fabdomen. Cet organe aboutit d'ailleurs, par son côté extérieur , presque à l'origine de la nageoire pectorale. Il occupe donc un espace d'autant plus grand relativement au volume de l'animal, qu'il remplit tout l'intérieur compris entre la peau de la partie supérieure de la torpille, et celle de la partie inférieure. On doit voir aisément que la plus grande épaisseur de chacun des deux organes est dans le bord qui est tourné vers le centre et vers la ligne dorsale du poisson , et qui suit dans son contour toutes les sinuosités de la tête et des branchies contre lesquelles il s'applique. Chaque organe est attaché aux parties qui l'environnent par une membrane cellulaire dont le tissu est serré , et par des fibres tendineuses, courtes, fortes et droites, qui vont depuis le bord extérieur jusqu'au car- tilage demi-circulaire du diaphragme. Sous la peau qui revêt la partie supérieure de chaque organe électrique, on voit une espèce de bande étendue sur tout l'organe, composée de fibies prolongées dans le sens de la longueur du corps , et qui , excepté ses bords , se confond , dans presque toute D E s R A I E s. i55 sa surface supérieuie, avec le tissu cellulaire de la peau. Immédiatement au dessous de cette bande on en découvre une seconde de même na- ture que la première , et dont le bord inté- rieur se mèie avec celui de la bande supé- rieure, mais dont les fibies sont situées dans le sens de la largeur de la torpille. Cette bande inférieure se continue dans l'organe proprement dit par un très-grand uombre de prolongemens membraneux qui y forment des prismes verticaux à plusieurs pans 5 ou, pour mieux dire , des tubes creux, perpendiculaires à la surface du poisson, et dont la hauteur varie et diminue à mesure qu'ils s'éloignent du centre de l'animal ou de la ligne dorsale. Ordinairement la hau- teur des plus longs tuyaux égale six ^dng- tièmes de la longueur totale de ror,':^ane ; celle des plus petits en égale un vingtième; et leur diamètre , presque le même dans tous, est aussi d'un vingtième, ou à peu près. Les formes des difFérens tuyaux ne sont pas toutes seiriblables ; les uns sont hexa- gones, d'autres pentagones, et d'autres carrés; quelques-uns sont réguliers, mais le plus grand nombre est d'une figure irrégulière. i56 HISTOIRE Les prolongations membraneuses qui com- posent les pans de ces prismes sont très- déliées , assez transparentes , étroitement unies Tune à l'autre par un réseau lâche de fibres tendineuses qui passent oblique- ment et transversalement entre les tuyaux; et ces tubes sont d'ailleurs attachés ensemble par des fibres fortes et non élastiques qui vont directement d'un prisme à l'autre. On a compté, dans chacune des deux organes d'une grande torpille, jusqu'à près de douze cents de ces prismes. Au reste , entre la partie inférieure de l'organe et la peau qui revêt le dessous du corps du poisson , on trouve deux bandes entièrement semblables à celles qui recouvrent les extrémités supé- rieures des tubes. Non seulement la grandeur de ces tuyaux augmente avec l'âge de la torpille , mais encore leur nombre s'accroît à mesure que l'animal se développe. Chacun dé ces prismes creux est d'ailleurs divisé dans son intérieur en plusieurs inter- valles par des espèces de cloisons horison- tales , composées d'une membrane déliée et très - transparente , paroissant se réunir par leurs bords, attachées dans l'intérieur des tubes par une membrane cellulaire trè&- D E s R A I E s. i5j fine, communiquant ensemble par de petits vaisseaux sanguins , placées l'une au dessus de l'autre à de très -petites distances, et formant un grand nombre de petits inters- tices qui semblent contenir un fluide. De plus, chaque organe est traversé par des artères , des veines , et un grand nombre de nerfs qui se divisent dans toutes sortes de directions entre les tubes , et étendent de petites ramifications sur chaque cloison , où ils disparoissent (i). Tel est le double instrument que la Nature a accordé à la torpille ; tel est le double siège de sa puissance électrique. Nous venons de voir que , lorsque cette raie est parvenue à un certain degré de développement, les deux organes réunis renferment près de deux mille quatre cents tubes. Ce grand assemblage de tuyaux représente les batteries électriques , si bien connues des physiciens modernes , et que composent des bouteilles fulminantes, appelées bouteilles de Leyde, disposées dans (i) Ceux qui désireront des détails plus étendus sur les organes que nous venons de décrire , pourront ajouter aux résultats de nos observations ceux qu'ils trouveront dans l'excellent ouvrage de J. Hunter, intitulé ; Observations anatomiques sur la torpille. i58 HISTOIRE ces batteries de la même manière qiie les tubes dans les organes de la torpille, beau- coup plus grandes à la vérité , mais aussi hien moins nombreuses. Voyons maintenant quels sont les effets de ces instrumens fulminans; exposons de quelle manière la torpille jouit de son pou- voir électrique. Depuis très-long-tems on avoit observé , ainsi que nous l'avons dit , cette curieuse faculté (i); mais elle étoit encore inconnue dans sa nature et dans (i) Parmi les anciens , Hippocrate est le premier qui parle de la torpille , mais il ne fait pas mention de la ôommolion que ce poisson excite clans ceux qui le touchent. Cependant Platon , presque contempo- rain d'Hippocrate , a connu la propriété électrique de la torpille , car , dans un dialogue , il fait dire à Socrate : « Tu m'as étourdi par tes objections , comme la torpille , poisson de mer aplati , étourdit ceux qui la touchent ». Aristote a dit, au liv. 9 , chap. 57 de FHistoire des animaux, que quand la torpille veut prendre quel- ques poissons , elle se cache dans le sable et dans le limon , et qu'elle engourdit les poissons qui passent au dessus d'elle. « Tout autant qu'elle en engourdit , ajoute Aristote , elle les prend ; c'est un fait dont on a des témoins oculaires». Plus loin , le philosophe grec dit que l'engourdissement que cause la torpille est assez comiu^ et qu'elle le fait éprouver aux hommes D E s R A I E s. i59 plusieurs de ses phénomènes, lorsque Redi chercha à en avoir une idée plus nette que les sa vans qui l'avoient précédé. 11 voulut éprouver la vertu d'une torpille que l'on venoit de pécher. « A peine Tavois-je tou- chée et serrée avec la main, dit cet habile observateur (i), que j'éprouvai dans cette partie un picotement qui se communiqua dans le bras et dans toute Tépaule , et qui fut suivi d'un tremblement désagréable, et mêmes. ( Voyez les notes sur l'histoire des animaux d'Ai istole , par Camus , tom. II , p. 809. ) Théopbraste , Tiphilus , Pline , Plutarque et d'aulres auteurs anciens ont parlé de la torpille ; mais les passages de leurs ouvrages seroient assez inutiles à rassembler; ils n'apprennent rien. Oppien est celui de tous les anciens qui semble indiquer avec plus de jprécision l'endroit du corps de la torpille d'où sortent les émanations électriques. îJ'atura torpédo datura , proprium quoque membris. Haec gravis et mollis , sunt nullas in corpore pigro Vires , et nimium premitur gravitate natantem Non credas : liquidis ita clam subrepit iu undis. At duo se toUunt distenta per ilia rarai. Qui fraudem pro robore habent , piscemque tuentur. Quos si quis tractât , perdit per membra vigorera , Sanguine concrète rigidos nec commovet artus. Volvuntur subito contracto in corpore vires. Aliiîticon. lib. 2 , V. 62. S O N N INI. (i) Expérimenta circa res dii^enas naturales^ a6o HISTOIRE d'une douleur accablanle et aiguë dans le coude, en sorte que je fus obligé de retirer aussitôt la main ». Cet engourdissement a été aussi décrit par Réaumur, qui a fait plusieurs observations sur la raie torpille. <( Il est très-différent des engourdissemens ordinaires, a écrit ce savant naturaliste ,* on ressent dans toute l'étendue du bras une espèce d'étonuement qu'il n'est pas possible de bien peindre , mais lequel ( autant que les sentimens peuvent se faire connoître par comparaison) a quelque rapport avec la sensation douloureuse que Ton éprouve dans le bras lorsqu'on s'est frappé rudement le coude contre quelque corps dur (i) ». Redi , en continuant de rendre compte de ses expériences sur la raie dont nous écri- vons l'histoire, ajoute : a La même impres- sion se renouveloit toutes les fois que je m'obstinois à toucher de nouveau la torpille. Il est vrai que la douleur et le tremblement diminuèrent à mesure que la mort de la torpille approchoit. Souvent même je n'é- prouvois plus aucune sensation semblable aux premières; et lorsque la torpille fut (i) Mémoires de racadémie des sciences, année 4714. décidément DES RAIES. 161 décidément morte, ce qui arriva dans l'es- pace de trois heures, je pouvois la manier en sûreté, et sans ressentir aucune impre»* sion fâcheuse. D'après cette observation , je ne suis pas surpris qu'il y ait des gens qui révoquent cet efïet en doute, et regardent Texpérience de la torpille comme fabuleuse, apparemment parce qu'ils ne l'ont jamais faite que sur une torpille morte ou près de mourir ». Mais ce n'est pas seulement lorsque la torpille est très - affoiblie et près d'expirer qu'elle ne fait plus ressentir de commotioa électrique; il arrive assez souvent qu'elle ne donne aucun signe de sa puissance invisible, quoiqu'elle jouisse de toute la plénitude de ses forces. Je l'ai éprouvé à la Rochelle , en 1777 , avec trois ou quatre raies de cette espèce qui n'avoient été pêchées que depuis très-peu de tems , qui étoient pleines de vie dans de grands baquets remplis d'eau , et qui ne me firent ressentir aucun coup que près de deux heures après que j'eus com- mencé de les toucher et de les manier en difïérens sens. Réaumur rapporte même,' dans les Mémoires que je viens de citer , qu'il toucha , impunément et à plusieurs re- piis^, des torpilles qui étoient encore dans Poiss. Tome III. L a62 HISTOIRE la mer, et qu'elles ne lui firent éprouver leur vertu engourdissante que lorsqu'elles furent fatiguées en quelque sorte de ses attou- cbemens réitérés. Mais revenons à la narra- tion de Redi , et à l'exposition des premiers phénomènes relatifs à la torpille , et bien observés par les physiciens modernes. à la manière dont on expHquoit de son tems presque tous les phénomènes, il eut. recours à une infinité de corpuscules qui sortent continuellement, selon lui, du corps de la torpille, sont cependant plus abon- dans dans certaines circonstances que dans d'autres, et engourdissent les membres dans lesquels ils s'insinuent, soit parce qu'ils s'y Là iG4 HISTOIRE précipitent en trop grande quantité , soîÉ parce qu'ils s'y trouvent des routes peu assorties à leurs figures. Quelque inadmissible que soit cette hypo- thèse, on verra aisément, pour peu que Ton soit familier avec les théories élec- triques, qu'elle n'est pas aussi éloignée de la vérité que celle de Borelli, qui eut re- cours à une explication plus mécanique. Ce dernier auteur distinguoit deux états dans la torpille : l'un où elle est tranquille; l'autre où elle s'agite par un violent trem- blement; et il attribue la commotion que l'on éprouve, en touchant le poisson, aux percussions réitérées que cette raie exerce, à l'aide de son agitation, sur les tendons et les ligamens des articulations. Réaumur vint ensuite; mais, ayant ob- servé la torpille avec beaucoup d'attention, et ne l'ayant jamais vue agitée du mouve- ment dont parle Borelli , même dans l'ins- tant où elle alloit déployer sa puissance, il adopta une opinion différente , quoique rapprochée, à beaucoup d'égards, de celle de ce dernier savant. (( La torpille, dit-il, n'est pas absolument; plate; son dos, ou plutôt tout le dessus de son corps, est uu peu convexe. Je remarquai D E s R A I E s. i65 ique, pendant qu'elle ne produisoit ou ne vouloit produire aucun engourdissement dans ceux qui la touclioieut, son dos gar- doit la convexité qui lui est naturelle. Mais se disposoil-elle à agii-, insensiblement elle diminuoit la convexité des parties de son corps qui sont du côté du dos, vis-à-vis de la poitrine ; elle aplatissoit ces parties; quel- quefois même de convexes qu'elles sont , elle les rendoit concaves : alors Tinstant étoit venu où l'engourdissement alloit s'emparer du bras ; le coup étoit prêt à partir , le bras se trouvoit engourdi; les doigts qui près- soient le poisson étoient obligés de lâcher prise ; toute la partie du corps de l'animal qui s'étoit aplatie redevenoit convexe. Mais, au lieu qu'elle s'étoit aplatie insensiblement, elle devenoit convexe si subitement qu'on n'apercevoit pas le passage d'un état à l'autre Par la contraction lente qui est l'effet de l'aplatissement, la torpille bande, pour ainsi dire , tous ses ressorts ; elle rend plus courts tous ses cylindres; elle aug- mente en même tems leurs bases. La con- traction s'est -elle faite jusqu'à un certain point, tous les ressorts se débandent, les fibres longitudinales s'alongent; les transver- sales, ou celles qui forment les cloisons, se h 5 i66 HISTOIRE raccourcissent; chaque cloison, tirée par les fibres longitudinales qui s'alongent, pousse en haut la matière molle qu'elle contient, à quoi aide encore beaucoup le mouvement d^ondulation qui se fait dans les fibres trans- versales lorsqu'elles se contractent. Si un doigt touche alors la torpille , dans un ins- tant il reçoit un coup, ou plutôt il reçoit plusieurs coups successifs de chacun des cylindres sur lesquels il est appliqué Ces coups réitérés donnés par une matière molle ébranlent les neifs; ils suspendent ou changent le cours des esprits animaux ou de quelque fluide équivalent ; ou , si on l'aime mieux encore , ces coups produisent dans les nerfs un mouvement d'ondulation qui ne s'accommode pas avec celui que nous devons leur donner pour mouvoir le bras. De là naît l'impuissance où l'on se trouve d'en faire usage , et le sentiment douloureux ». Après cette explication , qui , malgré les erreurs qu'elle renferme relativement à la cause immédiate de l'engourdissement, ou, pour mieux dire, d'une commotion qui n'est qu'une secousse électrique , montre les mouvemens de contraction et d'extension que la torpille imprime à son double organe D E s R A I E s. 167 lorsqu'elle veut paralyser un être vivant qui la touche. Réaumur rapporte une expé- rience qui peut donner une idée du degré auquel s'élève le plus' souvent la force de rélectricité de ]a raie dont nous traitons. Il mit une torpille et un canard dans un vase qui contenoit de l'eau de mer, et qui étoit recouvert d'un linge, afin que le canard ne pût pas s'envoler. L'oiseau pouvoit respirer très - librement , et néanmoins au bout de quelques heures on le trouva mort : il avoit succombé sous les coups électriques que lui avoit portés la torpille; il avoit été, pour ainsi dire, foudroyé par elle. Cependant la science de l'électricité fit des progrès rapides, et fut cultivée dans tout le monde savant. Chaque jour on cher- cha à en étendre le domaine; on retrouva la puissance électrique dans plusieurs phéno- mènes dont on n'a voit encore pu donner aucune raison satisfaisante. Le docteur Bancroft soupçonna l'identité de la vertu de la torpille , et de l'action du fluide élec- trique ; et enfin M. ^^'alsh , de la société de Londres , démontra cette identité par des expériences très-nombreuses qu'il fît auprès des côtes de France, dans l'ile de Ré, et qu'il répéta à la Rochelle , en présence des L 4 i68 HISTOIRE membres de l'académie de cette ville (i). Voici les principales de ces expériences (2J. (i) Of the electric properly of tlie torpédo, liondon , 1774* (2) Je ne dois pas passer sous silence l'opinion d'un anglais , qui a cru trouver la cause de la com- motion excitée par la torpille dans le magnétisme. .Voici les expériences par lesquelles il a prétendu appuyer son sentiment à ce sujet : elles ont été publiées à la suite d'une Dissertation en anglais sur le pian ^ par le docteur Godefroi Wiis Schilling, €t traduites dans le Journal de physique du mois de septembre 1772. « La commotion que la torpille donne à l'homme qui la touche, est sans contredit surprenante. La ressemblance de cette commotion avec les effets de l'électricité, a fait comparer ce poisson par plusieurs physiciens avec la bouteille de Lejrde , et les a portés à croire que tous ses effets dépendent de sa vertu élec- trique. Je n'admettrai ni ne rejetterai cette opinion; peut-être trouvera-t-on , dans les observations sui- vantes, un motif de plus pour l'admettre. Cette raison paroîlra sur-tout démonstrative à ceux qui pensent que la vertu électrique et la force magnétique recon- jioissent le même principe. 3'ai eu, au mois de juillet de l'année 1764, une torpille de six pouces de lon- gueur et d'un pouce d'épaisseur , sur laquelle j'ai répété des expériences avec l'attention la plus scru- puleuse. D Ce poisson fut placé dans un baquet assez grand D E s R A I E s. 169 On posa une torpille vivante sur une ser- viette mouillée. Ou suspendit au plancher , pour pouvoir y nager commodément. Il excitoit de si fortes commotions que tous ceux qui le touchèrent perdirent pour un moment la faculté de mouvoir leur bras et le sentiment dans cette partie. )) J'avois alors deux pierres d'aimant, l'une natu- relle et l'autre artificielle ; à l'une des deux éloit suspendu un poids de quatre onces. Après avoir enlevé ce poids , j'approchois l'aimant du poisson placé dans l'eau sur une table , et je vis le poisson se mouvoir aussitôt dans toutes ses parties , quoiqu'il ne fût toucbé par aucun corps-, ayant approché l'aimant de plus près, je vis avec étonnement ce poisson faire des efforts pour s'enfuir ; mais , poni* pousser plus loin mon expérience , j'appuyai mon aimant sur l'eau dans laquelle le poisson nageoit. La torpille s'étant agitée pendant près d'une heure de plusieurs manières différentes , s'approcha enfin de plus en plus de l'aimant , et s'altaclia à lui de la même manière que le fer s'y attache. Ce spectacle me frappa tellement que j'appelai à l'instant tous mes amis , afin de les rendre témoins de ce phéno- mène ; M. Stok , docteur en médecine et excellent physicien , fut du nombre. « Nous séparâmes le poisson d'avec l'aimant par le moyen d'un instrument de bois et avec beaucoup de précautions , parce que personne n'osoit le tou- cher. Il paroissoit d'abord se séparer de lui-même pour ainsi dire , mais à contre cœur ; il étoit lan- guissant , et lorsqu'il fut à wue certaine distance , il 170 HISTOIRE et avec des cordons de soie , deux fils de laiton : tout le monde sait que le laiton , reprit sa première vigueur. Alors un des assistans I0 toucha sans soulir aucune commotion. Peu de joui'S après , il s'approcLa de nouveau de l'aimant , comme s'il en étoit attiré ; il demeura attacLé pendant prè$ de demi-heure , après quoi il quitta l'aimant de lui-même ; alors on pouvoit le toucher impunément ; l'aimant n'empêcha pas le poisson de prendre sa nourriture, quoique suspendu dans l'eau. » Après avoir retiré cette pierre de l'eau , nous la trouvâmes couverte de petites particules ferru- gineuses , comme lorsqu'on approche l'aimant de la limaille de fer. Ce nouveau phénomène augmenta notre surprise et fit naître de nouvelles conjectures. Je jetai la torpille dans un autre baquet oïi j'avois fait mettre de petits poissons , des vers et des mor- ceaux de pain. Le poisson en est devenu plus vigou- reux , et on pouvoit alors le toucher impunément. J0 voulus recommencer mes expériences au bout de quelques jours , mais je m'aperçus que la torpille n'avoit plus aucune vertu. Huit jours après, ayant observé la même chose , je m'avisai de jeter de la limaille de fer dans l'eau où étoit la torpille , et ello ne tarda pas à recouvrer sa vertu. Quelques jours après , elle produisit sur mes doigts une commotion assez forte , mais elle ne parvint pas jusqu'au coude. )) L'aimant étant approché de nouveau , le poisson s'y attacha comme la première fois; il n'y demeura pas aussi long-tems, et il ne causa plus dans la suite de commotions sensible^ au bras de ceux qui le tou- D E s R A I E s. 171 ainsi que tous les métaux, est un très-bon conducteur d'éleclricité, c'est-à-dire, qu'il conduit ou transmet facilement le fluide électrique , et que la soie est au contraire non conductrice, c'est-à-dire, qu'elle op- pose un obstacle au passage de ce même fluide. Les fils de laiton employés par M. Walsh furent donc , par une suite de leur suspension avec de la soie, isolés, ou, ce qui est la même chose , séparés de toute substance perméable à l'électricité ; car l'air, au moins quand il est sec, est aussi un très- mauvais conducteur électrique. chèrent. Depuis ce tems , je n'ai laissé échapper aucune occasion d'examiner ce magnétisme. J'ai observé que la grosseur du poisson contribaoit beau- coup à l'augmentation de sa vertu , et que celle-ci étoit proportionnée à l'autre. J'ai approché l'aimant d'une torpille de six pieds de longueur , mais fort mince-, elle a demeuré très-long-tems avant de s'y attacher ; enfin elle s'y est unie au bout de vingt- quatre heures. Les plus petites m'ont toujours paru moins rebelles contre l'aimant. A la première ap- proche de cette pierre, elles éprouvent une plus forte attraction; j'ai même vu une torpille de quatre pieds de long et d^environ un pied d'épaisseur , n'être point du tout affectée par mes aimans. On parviendroit peut-être à les attirer avec des aimans plus forts ». S o N N I N î. 17^ HISTOIRE Auprès de la torpille étoient huit per- sonnes disposées ainsi que nous allons le dire , et isolées par le moyen de tabourets faits de matières non conductrices, et sur lesquels elles étoient montées. Un bout d'un des fils de laiton étoit ap- puyé sur la serviette mouillée qui soutenoit la torpille , et l'autre bout aboutissoit dans un premier bassin plein d'eau (i). La pre- mière personne avoit un doigt d'une main dans le bassin où étoit le fil de laiton, et un doigt de Fautre main dans un second bassin également rempli d'eau; la seconde personne tenoit un doigt d'une main dans le second bassin , et un doigt de l'autre main dans ua troisième; la troisième plongeoit un doigt d'une main dans le troisième bassin , et un doigt de lauti-e main dans un quatrième, et ainsi de suite , les huit personnes com- muniquoient l'une avec l'autre par le moyen de Teau contenue dans neuf bassins. Un bout du second fil de laiton étoit plongé dans le neuvième bassin; et M. Walsh ayant pris l'autre bout de ce second fil mé- tallique, et l'ayant fait toucher au dos de (i) Noms n'avons pas besoin d'ajouter ^ue l'eau est un excelleiït conducteur. D E s R A I E s. 175 la torpille, il est évident qu'il y eut à Tins- tant un cercle conducteur de plusieurs pieds de contour, et formé sans interruption par la surface inférieure de Funimal, la ser- viette mouillée , le premier fil de laiton , le premier bassin , les huit personnes , les huit autres bassins, le second iil de laiton , et le dos de la torpille. Aussi les huit personnes ressentirent -elles soudain une commotion qui ne difïéroit de celle que fait épi-ouver une batterie électrique que par sa moindre force ; et , de même que dans les expé- riences que l'on tente avec cette batterie; M. "VValsh , qui ne faisoit pas partie du cercle déférent ou de la chaîne conductrice, tie reçut aucun coup, quoique beaucoup plus près de la raie que les huit personnes du cercle. Lorsque la torpille étoit isolée, elle fai- soit éprouver à plusieurs personnes isolées aussi quarante ou cinquante secousses suc- cessives dans l'espace d'une minute et demie: ces secousses étoient toutes sensiblement égales; et chaque effort que faisoit l'animal pour donner ces commotions étoit accom- pagné d'une dépression de ses yeux, qui, très-saillans dans leur état naturel, ren- troient alors dans leurs orbites, taudis que 174 HISTOIRE le reste du corps ne présentoit presque aucun mouvement très-sensible (i). Si Ton ne touchoit que l'un des deux organes de la torpille, il arrivoit quelque- fois qu'au lieu d'une secousse forte et sou- daine , on n'éprouvoit qu'une sensation plus foible , et pour ainsi dire plus lente ; on ressentoit un engourdissement plutôt qu'ua coup; et quoique les yeux de l'animal fussent alors aussi déprimés que dans les momens où il alloit frapper avec plus d'énergie et de rapidité, M. Walsh présumoit que l'en- gourdissement causé par cette raie provient d'une décharge successive des tubes très- nombreux qui composent les deux sièges de son pouvoir , tandis que la secousse su- bite est due à une décharge simultanée dé tous ses tuyaux. Toutes les substances propres à laisser passer facilement le fluide électrique , et qu'on a nommées conductrices^ transmet- (i) Kasmpfer a écrit ( AmsJiiit. exot. 1712, p. 5 14) que l'on pouvoit , en retenant son baleine , se garantir de la commotion que donne la torpille; mais M. Walsli , et plusieurs autres physiciens qui se sont occupés dç l'électricité de cette raie , ont éprouvé que cette précaution ne diminuoit en aucune manière la force de la secousse produite par ce poisson électrique. D E s R A ï E s. 175 toient rapidement la commotion produite par la torpille ; et tous les corps appelés non conducteurs , parce qu'ils ne peuvent pas livrer un libre passage à ce même fluide, arrêtoient également la secousse donnée par la raie , et opposoient à sa puissance un obstacle insurmontable. En touchant, par exemple , Fanimal avec un bâton cle verre , ou de cire d'Espagne , on ne res- sentoit aucun effet; mais on étoit frappé violemment lorsqu'on mettoit à la place de feu cire ou du verre une barre métallique ou un corps très-mouillé. Tels sont les principaux effets de l'élec- tricité des torpilles, très -bien observés et très-exactement décrits par M. Walsh , et obtenus depuis par un grand nombre de physiciens. Ils sont entièrement semblables aux phénomènes analogues produits par l'électricité naturelle des nuages , ou par Féléctricité artificielle des bouteilles de Leyde et des autres instrumens fulminans. De même que la foudre des airs ou la foudre bien moins puissante de nos laboratoires, Félectiicité de la torpille, d'autant plus forte ^ue les deux surfaces des batteries fuJini- n an tes sorrt réunies par un contact plus grand et f lus immédiat, parcourt un grand 176 HISTOIRE cercle , traverse tous les corps conducteurs^' s'arrête devant les substances non conduc- trices , engourdit ou agile violemment , et met à mort les êtres sensibles qui ne peuvent se soustraire à ses coups que par Tisolement, qui les garantit des effets terribles des nuages orageux. Une différence très -remarquable paroît cependant séparer cette puissance des deux autres : la torpille , par ses contractions, ses dilatations, et les frottemens qu'elles doivent produire dans les diverses parties de son double organe , charge à Tinstant les milliers de tubes qui composent ses batteries ; elle y condense subitement le fluide auquel elle doit son pouvoir, tandis que ce n'est que par des dégrés successifs que ce même fluide s'accumule dans les plateaux fulminans, ou dans les batteries de Leyde. D'un autre coté , on n'a pas pu ^'usqu'à présent faire subir à des corps légers sus- pendus auprès d'une torpille les mouve- mens d'attraction et de répulsion que leur imprime le voisinage d'une bouteille de Leyde ; et le fluide électrique , lancé par cette raie , n'a pas pu , en parcourant soa cercle conducteur, traverser un intervalle assez grand d'une partie de ce cercle à une autre ^ DES RAIES. 177 autre, et être assez condensé dans cet espace pour agir sur le sens de la vue , produire la sensation de la lumière , et paroître sous la forme d'une étincelle. Mais on ne doit pas désespérer de voir de très-grandes tor- pilles faire naître dans des tems favorables, et avec le secours d'ingénieuses précautions , ces derniers phénomènes que Ton a obtenus d'un poisson plus électrique encore que la torpille 5 et dont nous donnerons Tliistoire en traitant de la famille des gymnotes , à laquelle il appartient (i). On doit s'attendre d'autant plus à voir ces effets produits par un individu de l'espèce que nous examinons, qu'il est aisé de calculer que chacune des deux principales surfaces de l'organe double et électrique d'une des plus larges torpilles péchées jusqu'à présent devoit présenter une étendue de cent décimètres ( près de vingt- neuf pieds ) carrés ; et tous les physiciens savent quelle vertu redoutable l'électricité artificielle peut imprimer à un seul plateau fulminant de quatorze décimètres carrés (i) Voyez le Discours sur la nature des poissons, et l'article du jîymnote électrique , vulgairement connu sous le nom à'anguille de Cayenne , ou ds Surinam. Poiss. Tome IIL M 37» HISTOIRE ( quatre pieds carrés ou environ ) de surr face (i). (i) Des expéiiences nouvelles ont été faites sur la |)ropiiété singulière et curieuse de la torpille ; ellcg isont trop importantes pour être omises , et elles com- jpletteront riiistoire d'un poisson célèbre. Je rapporterai d'abord les recherches d^un grand observateur , de l'abbé Spallanzani. Spallanzani a eu occasion d'observer deux torpilles dans la Méditerranée. Ses observations s'accordent avec cellesdeM.Walsh.il a reconnu, comme ce savant, que la sensation occasionnée par la torpille est très- différente d'un simple engourdissement ; il a vu aussi que, lorsqu'on place la torpille sur une lame de verre , elle donne un coup beaucoup plus fort ; mais il n'a pas été plus heureux que lui pour découvrir l'étincelle au moment du choc. Cependant il n'hésite point à regarder tous les phénomènes que présente ce poisson comme un effet de l'électricité : il appelle par-tout commotion le coup qu'il lance. Il se fonde à cet égard sur la parfaite ressemblance de la sen- sation que la torpille occasionne , avec celle que fait cprouvci la bouteille de Leyde, et sur la plus grande force du choc, lorsqu'on place la torpille sur une lame de verre; mais il n'entreprend point d'expliquer quelles sont les modifica lions que le fluide électrique subit dans le corps de cet animal , et comment il y est mis enjeu. Comme il n'a eu en sa possession que deux tor- pilles , il n'a pas pu répéter toutes les expériences «g^ue M. Walsh a exécutées 3 mais il en a fait quelques- \ DES RAIES. 179 Au rest^ , ce n'est pas seulement dans la wnes qui lui sont propres. « En irritant le dos de la torpille, j'obtenois , dit-il, la çecousse , soit qu'elle fût hors de l'eau , soit qu'elle y fût plongée. La secousse se faisoit sentir, ou à une seule main , ou à toutes les deux , suivant que j'en appliquois ou une seule , ou l'une et l'autre sur le dos du poisson. Si, *u lieu d'irriter le dos, je piquois légèrement la poi- trine , je recevois é.oalement une commotion , mais pas aussi fréquemment qu'en piquatit le dos. Si j'irri- tois le dos d'une main , et la poitrine de l'autre , celle* îà recevoit U commotion , et non pas celle-ci. Mais lorsque j'irritois le dos avec deux doigts d'une main, et avec les huit autres doigts la poitrine , alors c'est du côté de la poitrine que parto»t la secousse. J'ai obtenu tous ces résultats , sans m'être iamais isolé , et il étoit aussi indiiférent que le poisson le fût ou ne le fût pas.,.. J'ai rapporté cette suite de faits, non pour contredire la belle théorie des deux étals difFérens de i'électricité , découverts sur la torpille par M. Walsh, mais pour la soumettre au jugement des physiciens qui ciiltivent cette branche naissante d'expériences physiologico-électriques ». Quelques minutes avant que les torpilles expi- rassent , elles offrirent à l'observateur un fait assez curieux. Les secousses ne se firent plus sentir alors, comme auparavant , par intervalles ; elles se chan- gèrent en une batterie continuelle de petits coups assez légers. « Supposez , ce sont ses termes , que l'eusse sous les doigts un coeur actuellement en pul- M a i8o HISTOIRE Méditerranée et dans la partie de FOcéan sation , et vous aurez quelque idée de ce phénomène bizarre, à l'exception que ce coeur n'auroit produit sur moi aucune sensation douloureuse , là où. ces petites secousses occasionnoient sur une main une véritable douleur , qui ne s'étendoit pas au delà des doigts. La batterie dura sept minutes ; et pendant ce court espace de tems , mes doigts ressentirent trois cent seize secousses j puis elles s'interrompirent, et alors je n'éprouvai plus que quelques secousses lan- guissantes toutes les deux ou trois minutes, jusqu'à ce que la torpille fut morte )), M. Spallanzani nous apprend encore cet autre fait intéressant , que la torpille est capable de donner la secousse électrique , non seulement lorsqu'elle est née et qu'elle nage dans l'eau , mais aussi lorsqu'elle est encore comme fœtus renfermé dans le sein mater- nel. Il en disséqua une à l'instant où. elle venoit d'expirer : c'étoit une femelle. Il vit dans son ovaire des œufs presque ronds et de différentes grandeurs j et en ouvrant deux vaisseaux qui aboutissoient aa rectum , il trouva deux fœtus parfaitement formés qu'il détacha de leurs enveloppes, et qu'il soumit aux mêmes épreuves qu'il avoit faites sur leur mère; ils lui donnèrent une véritable secousse , petite à la vérité , mais Ivès-sensible, et qui le devint plus encore lorsqu'il les isola sur une lame de verre. En 1792 , Gnisan répéta les expériences de Walsli ^ de Willamson, d'Jngenhouz , etc. et son travail servit à confirmer celui des premiers observateurs. 11 a cons- taté que la propriété électrique dans la torpille ua DES RAIES. i8i qui baigne les côtes de TEurope , que Von survivoit pas au battement du cœur , et il a aperça la lumière de l'étincelle électrique daus l'obscurité; il a vu cette étincelle avec facilité , l'a fait voir à beaucoup de personnes , ainsi que les aigrettes lumi- neuses que l'on observe souvent dans les expériences de l'électricité. Une lettre de Vassali -Eandi à J. C. Delamétberîe , publiée en 1799 dans le Journal de physique , annonce que ce physicien se propose de vérifier les faits avan- cés par les observateurs qui l'ont précédé. « Je crois, dit-il, que je trouverai quelques vérités parmi les fables qu'Aristote , Pline , Théophraste et leurs com- mentateurs ont débitées sur la torpille. Je tâcherai de réduire à leur juste valeur les relations singulières que Schilling et Kcempfer nous ont laissées sur cet objet ». Spallanzani avoit fait voir à Vassali , dès 1 792, «es grandes tables sur l'anatomie des organes électri- ques de la torpille , et lui avoit dit qu'ayant essayé de couper les trois grands faisceaux nerveux , qui , en se divisant , viennent embrasser les prismes remplis de matière molle qui composent la plus grande partie du corps de la torpille, il observa que le poisson perdoit la propriété de donner des secousses ; ce qui fait dire à Vassali que dans la torpille les nerfs expri- ment l'électricité contenue dans les muscles , et qu'au contraire, lorsqu'on n'avoit point touché aux nerfs, on obtenoit encore de petites secousses de cet animal, même quelque tems après sa mort. Vassali expose ensuite sa théorie en peu de mots, ians les termes suivans : M 3 i82 HISTOIRE trouve la torpille; on rencontre aussi cettlj « Je soupçonne que les poissons seconans ont la faculté de condenser le fluide électrique dans une partie de leur corps , et que dans la posilion ordinaire de îeurs organes intérieurs, ce fluide est retenu par un voile coliibent , qui devient ensuite déférent par la raréfaction , ou par Taddition des humeurs , et laisse passer l'électricité condensée chaque fois que le poisson veut donner la secousse. Dans celle théorie, l'air et la nourriture fourniroient réleciricité , comme aux autres animaux (Journal de physique, germinal jan 7 , pag. 539) , et les organes électriques seroient la partie du corps daris laquelle se condenseroit îfe iiuide électrique : le milieu , dans lequel vit la tor- pille , ne sauroit présenter aucun obstacle à cette théorie , soit à cause de la slructure de l'animal , qùb par la nature de l'eau relativement à l'électricité. )) Je ne chercherai pas à prouver la première de ces propositions, ayant eh elle- même le plus grand dégrê de probabilité , coriime je l'ai dit dans là lettre sus- înentionnée ; elle démontre auksi que les différentes parties de iVnimal ont dans le même teins des élec- tricités contraires ; "et la dénomination à^orgahea ^électriques , qui a été 'donnée par les auteurs auX muscles décrite par Redi et FeVmiri, më paroît con- firmer la seconde ; éa'r ils ne donnèrent ce nom hu± biuscles des poissons' seco'uans (Qu'après avoir été petsliadés que la secousse étoit électrique , et qu'elTè venoit de ces organes. Je pourVoîs encore appuyer •loion assertion par Ta hàtiïre mêrne dés ôfgartés de la torpille , qui sont composés d'un très - grand nombre D E s R A I E s. i83 raie dans le golfe Persique , dans la mer de tuyaux hexagones et pentagones ( Hunter en compta 1182 dans un seul muscle d'une torpill© longue de près d'un mètre [ trois pieds] ) , lesquels so partagent , selon Réaumvir , en plusieurs autres tuyaux ou cellules remplis d'une matière blanche et glutineuse , qui paroît propre à retenir l'électricité. Si on examine ensuite la structure du g3'^mnote, com- posé en grande partie de mucilage qui se fond entre les doigts , et la surface de son corps couverte de petits points jaunâtres, lesquels sont autant d'orifices: de petits tuyaux , dont le plus grand nombre se trouve sur la tête et sur les autres parties qui donnent les plus fortes secousses, on conviendra qu'elle s'accorde parfaitement avec mon opinion sue la cause de ce phénomène. )) L'effort que fait la torpille avant de donner la secousse, la contraction de son corps, qui, de con-» vexe qu'il étoit , devient concave, et la dépressiort de ses yeux, qui a lieu en même leras , peuvent expliquer la modification du voile cohibent et la sortie du fluide électrique. Personne n'ignore com-^ bien nos organes intérieurs sont modifiés par les passions et par la volonté ; on sait en outre que lea eorps perdent de leur capacité pour contenir l'élec- tricité , à proportion que leur volume diminue \ de là il doit donc s'ensuivre , dans la torpille , la plus grande condensation de l'électricité par la diminution de son volume , et la modification du voile cohibent , produite par la volonté ou par la passion dans un ïttêmo tems j en coiiséquence la secousse ne iti£9. M 4 184 HISTOIRE Pacifique, dans celle des Indes, auprès du cap de Bonne - Espérance , et dans plusieurs autres mers (i). qu'un effet des lois connues du fluide électrique et de la physique animale; le décroissement des secousses successives, leur défaut fréquent et enfin t«tal suivent aussi les mêmes lois. L'observation d'Abilgaard, qui a galvanisé , à Naples , la torpille , et n'y a observé aucune irritation particulière (Humboldt, pag. 284), peut encore appuyer l'action de la volonté dans les phénomènes de ce poisson )>. Sonnint. (i) L'on a remarqué que les torpilles qui vivent dans les eaux de la Méditerranée ont le dos d'un rouge de brique , et que celles des mers du Nord sont d'un gris brun ; toutes sont blanches sur la face inférieure. Elles se tiennent dans ]es fonds vaseux: et sablonneux , et se cachent souvent dans le sable même des rivages; l'on assure qu'elles sont alors plus vigoureuses, et donnent des commotions plus fortes que quand elles sont dans l'eau. De tous les petits poissons dont elles font leur pâture , les loches de rivière sont ceux qu'elles préfèrent ; on les prend , comme les autres raies, à l'hameçon et aux filets; elles ont aussi une grande vitalité , car on peut les conserver vivantes hors de l'eau pendant plus de vingt-quatre heures. Les anciens avoient une toute antre opinion que les modernes au sujet de la chair de la torpille. Ils se sont accordés à la regarder comme un bon mets, et même comme ayant des propriétés salutaires» D E s R A I E s. i85 Hippocrate dit que c'est un aliment sain , et il con- s«ille de la manger rôtie lorsqu'on est attaqué de l'hydropisie qui provient de l'obstruction du foie. Galien en parle en plusieurs endroits de ses ou- vrages et toujours avec éloge ; il en recommande l'usage aux épileptiques , et il la faisoit appliquer sur Ja tête , pour diminuer les douleurs de cette partie ; Dioscoride la conseilloit aussi contre les rhumatismes. Suivant Platon, c'est un mets agréable, et Athénée assure que les torpilles du Nil sont très- délicates. Il est vrai que les anciens, qui aimoient ea général les assaisonnemens de haut goût , faisoient ordinairement cuire les torpilles avec de l'Iiuile , du. vin , deô herbes aromatiques et un peu de fromage. De nos jours , la torpille passe pour un mauvais poisson; il est en effet de chair molle et sentant la vase y et il n'y a que les gens peu aisés qui ea mangent. Les abissins font un singulier usage de la torpille pour la guérison de la fièvre. On lie le malade très- étroitement sur une table , et on lui applique le pois- son successivement sur tous les membres ; celte opé- ration fait cruellement souffrir celui que l'on y soumet, mais elle le délivre de la fièvre. S O N N I N I. i8G HISTOIRE ~ — — — — ^ ; LA RAIE AIGLE (i)(2), PAR LACÉPÈDE. DIXIÈME ESPÈCE. t^ ' E S T avec une sorte de fierté que ce grand animal agile sa large masse au milieu des eaux de la Méditerranée et des autres mers qu'il habite; et cette habitude, jointe (i) Dans plusieurs départemens méridionaux — Jonstoa , Pisc. p. 53 ; tab. 9 ; fig. 8 et 9. — Willughb^ D E s R A I E s. 187 à la lenteur que celte raie met quelquefois dans ses mouvemens , et à l'espèce de gra- vité avec laquelle on diroit alors qu'elle les t II Ichtii. p. 64, tab. c. 2, app. tab. 10. — Raj. Pisc. p. 25. — Belon , Aqiiat. p. 97. u4quila marina. Gcsner , Aqual. p. 75. Icon. anîm; p. 121 , 122. Thicrb. p. 67, 68 , parai, p. 58. Pastinaca ( secunda species ). Rondelet , première partie , liv. 12 , chap. 2. Pastenaqae (troisième espèce), ou aigle-poisson, Valmont de Bomarc , Dict. d'hist. naturelle. Raja aculeata j pastinaca jnarijia dicta. VliimiQV ^ Dessins enluminés sur vélin , déposés dans la biblio- thèque du muséum d'histoire naturelle. (2) Les anciens donnoient le nom d'^i^/e? à une espèce de raie ; mais il n'est pas prouvé qu'ils aient appliqué cette dénomination au poisson qui fait lé sujet de cet article. Ce que l'on trouve dans lenra oavrages ne consiste qu'en de simples indications dont on ne peut tirer des inductions certaines. Aristote rie -ÇdixXG àeV aie toSfV aigle , que pour dire qu'il est du nombre des selaques. ( Hist. des anim. liv. 5 , cap. 5 , traduct. de Camus. ) Pline se coUtentie d^écrire qu» dans le genre des poissons plats il y a une espèce qae les grecs appelle:n!t a(^/e. (Hist. nat. lib. 9 ^ cap. 24. ) L'aieioS; suivant Oppien , se mêle avec les autres poissons cartilagineux (liv. i, v. 642. )ii Il ri'est pas possible, d'après des notices aussi su- perficielles, de se former une idée de la eonfarH> mation ^i\ poisson cij^h {\q& anciens, et l'application i88 HISTOIRE exécute, lui a fait donner l'épithète de gh-^ rieuse sur plusieurs riyages ( i ). La foi me çt la disposition de ses nageoires pectorales , terminées de chaque côté par un angle aigu, et peu confondues avec le corps proprement dit , les, a d'ailleurs fait comparer à des ailes que les mo'lernes ont voulu en faire à quelques espèces de raies n'est fondée que sur des conjectures extrêmement vagues ^ il scroit donc inutile de s'y arrêter. C'est Voxypterides , pastinaca marina lœvis altéra de Columna , cap. i , p. 5 , tab. 2. La raie aigle est appelée en Allemagne , meeradler ; en Hollande , zc.e - vhennuis , puhtcert , deicle ; à Hambourg , quaadrochen, c'est- à-dire , mauvaise raie ; en Angleterre , sea eagle\ à Rome et à Naples , aqui" lone ; à Malte, /^«r/^l^emû5; en Sardaigne,/3^«c^ aquila; à Marseille , lancette. Raja corpore giahro , aciileo longo serrato in caudâ pinnatâ. . . raja aquila. Brunnich , Iclitb. massil. p. 2. S O N 1^ I N I. (i) C'est ce qu'a fort bien exprimé Rondelet dans son vieux et naïf langage. « Elle nage lentement , dit-il , é comme en /gravité , d'où en Languedoc a esté nommée glorieuse. E ainsi qu'un cheval vigou- reux, bien pansé , bien harnaché, marche bravement , é rue contre ceux qui s'approchent; ainsi la glorieuse nageant de telle sorte , pique de son éguillon les poissons nageans près elle». ( Hist. des poissous, îiv. 12 , cbap. 2.) SoNNiNi. ^ D E s R A I E s. 189 plus particulièrement encore que celles des autres espèces de raies : elles en ont reçu plus souvent le nom ; et comme leur étendue «st très-grande, elles ont rappelé l'idée des oiseaux à la plus grande envergure , et la raie que nous décrivons a été appelée aigle dès les premiers tems où elle a été obser- vée (1). Ce qui a paru ajouter à la ressem- blance entre Taigle et le poisson dont nous traitons, c'est que cette raie a aussi la tète beaucoup plus distincte du corps que presque toutes les autres espèces du même genre , et que cette partie plus avancée est terminée par un museau alongé et très-souvent peu arrondi. De plus, ses yeux sont assez gros et très-saillans ; ce qui lui donne un nouveau trait de conformité, ou du moins une nou- velle analogie avec le dominateur des airs, avec l'oiseau aux yeux les plus perçans. C'est principalement sur les côtes de la Grèce, dans ces pays favorisés par la Nature, où une heureuse imagination ne rapprochoit les êtres que pour les embellir ou les ennoblir l'un par l'autre, que la raie dont nous trai- tons a été distinguée par le nom & aigle; ( I ) Voyez ma note au commencement de cet article. S o n w 1 w i. Ï90 HISTOIRE mais , sur d'autres rivages , des pêcheurs grossiers , dont les conceptions moins poé- jtiques n'eiifautoient pas des images aussi nobles ni aussi gracieuses , n'ont vu dans cette tète plus avancée et dans ces yeux plus saillans que les yeux et la tête d'un animal dégoûtant, que le portrait du cra- paud, et ils Font nommé crapaud de mer. Cette tête , que l'on a comparée à deux objets si diiïérens l'un de l'autre, présente au reste, par dessus et par dessous, au moins le plus souvent , un sillon plus ou moins étendu et plus ou moins profond. Les dents, comme ceîlies de toutes les raies du sous- genre qui nous occupe, sont plates et dis- posées sur plusieurs rangs. On a écrit que la raie aigle n'avoit pas de nageoires ventrales , parce que celles de se$ nageoires qui sont les plus voisines de l'anus ne sont pas doubles de chaque coté , et ne montrent pas une sorte d'échancrure qui puisse les faire considérer comme divisées €n deux parties , dont l'une seroit appelée nageoire centrale , et l'autre nageoire de l'anus : mais , en recherchant où s'attachent les cartilages des nageoires de la raie aigle, qui se rapprochent le plus de l'origine de la queue, on s'aperçoit aisément qu'elle a de D E s R A I E s. iqî iiv^ëritables nageoires ventrales , mais qu'elle manque de nageoires de Tanus. La queue ^ souvent deux fois plus longue que la tête et le corps , est très - mince , presque arrondie , très-mobile , et terminée , pour ainsi dire , par un fil très-délié. Quel- ques observateurs ont vu dans la forme , la longueur et la flexibilité de cette queue , les principaux caractères de la queue des rats ; ils se sont empressés de nommer rat de mer la raie qui est l'objet de cet article, tandis que d'autres, réunissant à cet attribut celui de nageoires semblables à des ailes , ont vu un rat ailé, une chauve -souris, et ont nommée la raie aigle chauve - souris marine. On connoît maintenant l'origine des diverses dénominations de rat , de chauve- souris , de crapaud , d'aigle , données à la raie dont nous parlons ; et comme il est impossible de confondre un poisson avec un aigle, un crapaud, un rat ou une chauve- souris , nous aurions pu sans inconvénient conserver indifféremment Tune ou l'autre de ces quatre désignalions: mais nous avons préféré celle daigle comme rappelant la beauté, la force et le courage, comme em- ployée par les plus anciens écrivains , et 192 HISTOIRE comme conservée par le plus grand nombre des naturalistes modernes. La queue de la raie aigle ne présente qu'une petite nageoire dorsale placée au dessus de cette partie, et beaucoup plus près de son oiigine que de l'extrémité opposée. Entre cette nageoire et le petit bout de la queue, on voit un gros et long piquant , ou plutôt un dard très-fort , et dont la pointe est tournée vers l'extrémité la plus déliée de la queue. Ce dard est un peu aplati, et dentelé des deux côtés comme le fer de quelques espèces de lances : les pointes dont il est hérissé sont d'autant plus grandes qu'elles sont plus près de la racine de ce fort aiguillon; et comme elles sont tournées vers cette même racine , elles le rendent une arme d'autant plus dangereuse qu'elle peut pénétrer facilement dans les chairs , et qu'elle ne peut en sortir qu'en tirant ces pointes à contre-sens, et en déchirant profondément les bords de la blessure. Ce dard parvient d'ailleurs à une longueur qui le rend encore plus redoutable. Plusieurs naturalistes, et notamment Gronovius, ont décrit des ai- guillons d'aigle qui avoient un décimètre ( quatre pouces ou à joeu près) de longueur ; Pline D E s R A I E s. 193 Pline a écrit que ces piquans étoient quel- quefois longs de douze ou treize centimètres ( cinq pouces ou environ ) (1) , et j'en ai me- suré de plus longs encore. Cette arme se détache du corps de la i^aie après un certain tenis; c'est ordinairemaot au bout d'un an qu'elle s'en sépare, suivant quelques observateurs; mais, avant qu'elle tombe , un nouvel aiguillon et souvent deux commencent à se former, et paroissent comme deux piquans de remplacement auprès de la racine de l'ancien. Il arrive même quelque- fois que Tun de ces nouveaux dards devient aussi long que celui qu'ils doivent remplacer, et alors on voit la raie aigle armée sur sa queue de deux forts aiguillons dentelés. Mais cette sorte d'accident, cette augmen- tation du nombre des piquans ne constitue pas même une simple variété , bien loin de pouvoir fonder une diversité d'espèce , ainsi que l'ont pensé plusieurs naturalistes , tant anciens que modernes, et particuliè- rement Aristote (2). (i) Pline , liv. 9 , chap. 48. (2) Il en est de même de la longueur plus ou moins grande de la queue , caractère qui a servi h quelques naturalistes pour distinguer deux espèces de raies Foiss. Tome III. N 194 HISTOIRE Lorsque cette arme particulière est in- troduite très-avant dans la main , dans le bras, ou dans quelque autre endroit du corps de ceux qui cherchent à saisir la raie aigle ; lorsque sur-tout elle y est agitée en différens sens , et qu'elle en est à la lia violemment retirée par des efforts multi- pliés de ranimai , elle peut blesser le pé- rioste y les tendons , ou d'autres parties plus ou moins délicates, de manière à produire des inflammations 5 des convulsions, et d'au- tres symptômes alarmans. Ces terribles effets ont été bientôt regardés comme les signes de la présence d^un venin des plus actifs ; et comme si ce n'étoit pas assez que d'attri- buer à ce dangereux aiguillon dont la queue de la raie aigle est armée , les qualités re- doutables , mais réelles, des poisons, on a bientôt adopté sur sa puissance délétère les faits les plus merveilleux, les contes les plus absurdes; On peut voir ce qu'ont écrit de ce venin mortel Oppien , Eiien , Pline ; car, relativement aux effets funestes que aigles. ( Aldrovatifle , Willugliby , Ray, etc.) Mais cette différence e«t purement accidentelle et ne suffit pas sans doute pour former des espèces séparées. S o N N I >< I. DES RAIES. 195 fions indiquons , ces trois auteurs ont en- tendu par leur pastenaque ou leur raie tii- gone, non seulement la pastenaque propre- ment dite, mais la raie aigle 3 qui a les plus grands rapports de conformation avec cette dernière. Non seuleft-ient ce daid dentelé à. paru aux anciens plus prompt à donner là mort que les flèches empoisonnées des peuples à demi-sauvages; non seulement ils ont ci'tt qu'il conservoit sa vevin mal-fuis'fj|lte long-»- tems après avoir été détaché du corps de la raie; mais son simple contact tuoit Fani^ mai le plus vigoureux, désséchoit la plante laplus vivace, faisoit périr le plus gros arbi'e dont il attaquoit la racine. C'étoife l'arme terrible que la fameuse Circé remettoit à ceux qu'elle vouloit rendre supérieurs à tous leurs ennemis,* et quels effets plus redou- tables, selon Pline, que ceux que produit cet aiguillon, qui pénètre dans tous les corps avec la force du fer et ractivité d'un poison fùhesfe? Cependant ce dard , devenu robjët d'une si grande crainte, n'agit que mécaniquement sur l'homme ou sur les animaux qu'il blessQ. Et sans répéter ce que nous avons dit (1) (1) Discocrrs sur la nature' (îôyiyôiââons. N a 196 HISTOIRE des prétendues qualiLés vénéneuses des pois* sons, Ton peut assurer que Ton ne trouve auprès de la racine de ce grand aiguillon aucune glande destinée à filtrer une liqueur empoisonnée; on ne voit aucun vaisseau jgui puisse conduire un venin plus ou moins puissant jusqu'à ce piquant dentelé; le dard ne renferme aucune cavilé propre à trans- mettre ce poison jusques dans la blessure; et aucune iliunieur particulière n'im«prègne ou n'humecte cette arme , dont toute la puissance provient de sa grandeur, de sa dureté , de ses dentelures, et de la force avec laquelle Tanimal s'en sert pour frap- per (i). jj^^^ ■ . I M «Il !■ Il II I m « Il mw—m-^Ê^m (i) Plusieurs naturalistes , parmi lesquels il faut compter LiniinBUs , assurent que l'aiguillon des raies iest très-venimeux ; lés marins et les pêcheurs en sont convaincus ; quand ils trouvent de ces poissons dans leurs filets , ils s'empressent de leur couper la queue et de la jeter à la mer. Cependant il est constaté,, par les expériences récentes de Spallanzani , que l'armcivraiment dangereuse dés raies n'a rien de veni- loieux , et que les maux qu'elle cause et qui peuvent même faire mourir , sont un effet de sa structure, pa)" Laquelle $é& piquans pénètrent dans les chairs et les déchirent quand cet animal la retire. Au surplus ^ puisque les blessures faites par les aiguillons des D E s R A I E s. 197 Les vibrations de la queue de la raie aigle peuvent en elTet être si rapides, que laiguilion qui y est attaché paroisse en quelque sorte lancé comme un javelot, ou décoché comme une flèche , et reçoive de cette vitesse, qui le fait pénétrer très-avant dans les corps qu'il atteint , une action des plus délétères. C'est avec ce dard ainsi agité, et avec sa queue déliée et plusieurs fois contournée , que la raie aigle atteint, saisit, cramponne , retient et met à mort les ani- maux qu'elle poursuit pour en faire sa proie, ou ceux qui passent auprès de son asile , lorsqu'à demi-couverte de vase elle se tient en embuscade au fond des eaux salées. C'est encoî^e avec ce piquant très-dur et dentelé qu'elle se défend avec le plus d'avantage contre les attaques auxquelles elle est expo- sée; et voilà pourquoi , lorsque les pêcheurs Taies sont si fortes qu'elle?) peuvent donner la mort , peu importe pour leur effet que ces armes si terribles introduisent ou non quelque venin dans les chairs ; les pêcheurs ont toute raison de les redouter , et ils ne se trompent que sur la cause des maux qu'ils éprouvent lorsqu'ils en sont atteints. Il est défendu en Sardaigne de vendre la raie aigle avec le piquant de sa queue, Sonmni, N .S igS H I S T O 1 R E ont prifi une raie aigle, iJs s'empressent de séparer de sa queue raigiiillon qui la rend. §i dangereuse. Mais, si sa queue présente un piquant si redouté, on n'en voit aucun sur son corps. J^a couleur de son dos est à\ni brun plus pu moins foncé , qui se change en olivâtre yers les côtés , et le dessous de l'animal est d^un blanc plus ou moins éclatant. 8a peau est épaisse , coriace , et induite d'une li- queur gluante. Sa chair est presque toujours dure (]); mais son foie, qui est très-volu- îxiineux et très-bon à manger, fournit une grande quantité d'huile (2). Au reste, on trouve les raies aigles beau- coup plus rarement dans les mers septen- trionales de l'Europe que dans la Méditer- (i) Elle a quelquefoi? une mauvaise odeur, et toujours elle est difficile à digérer ; il n'y a que les gens de la basse classe qui en mangent , parce que n'étant pas recherchée par les riches c'est un mets à bas prix. Les pauvres même ne s'en nourrissent que quand le poisson est jeune. L'on voit beaucoup de ces petites raies qui ne pèsent guère plus de deux livres , dans les marchés de Rome. Soistsini. (2) La couleur du foie est jaunâtre. Il est divisé en deux lobes, dont l'un est grand et rond , et l'autre petit et alongé. Sonkim. D E s R A I E s. 199 ranée et d'autres mers situées dans des climats chauds ou tempérés; et c'est particulièrement dans ces mers moins éloignées des tropiques que l'on en a péché du poids de quinze my- riagrammes (plus de trois cents livres) (i). Nous avons trouvé , parmi les papiers du célèbre voyageur Commerson , un dessin qui représente mie raie. Cet animal, figuré par Commerson, est évidemment de l'espèce de la raie aigle ; mais il en diffère par des caractères assez remarquables pour former une variété très-distincte et plus ou moins constante. Premièrement , la raie de Commerson , à laquelle ce naturaliste avoit donné le nom de mourine ^ qui a été aussi appliqué à la raie aigle par plusieurs auteurs ,a la tête beaucoup plus avancée et plus distincte des nageoires pectorales et du reste du corps que l'aigle que nous venons de décrire; secondement, la nageoire dorsale, située sur la queue, et (i) J'ai vu beaucoup de raies aigles sur les rivages de l'Egypte. Ces raies préfèrent les fonds vaseux, et comme les autres espèces , elles se nourrissent de petits poissons et d'autres animaux ac[uatiques. S G N K I N I. N 4 200 HISTOIRE Faigmllon dentelé qui l'accompagne , sont beaucoup plus près de l'anus que sur la raie aigle; et troisièmement, le dessus du corps, au lieu de présenter des couleurs d'une seule nuance, est parsemé d'un grand nombre de petites taches plus ou moins blanchâtres. C'est dans la mer voisine des îles de France et de Madagascar qu'on avoit péché cette variété de la raie aigle dont Commerson nous a laissé la figure. D E s R A I E s. 201 LA RAIE NARINARI (i). ONZIÈME ESPÈCE. • Pa r m I les espèces de raies qui se trouvent au Brésil, il en est une qui porte le nom de nar'inari pinima ; elle a beaucoup de rappoi-ts avec l'espèce précédente , de la- quelle la plupart des naturalistes ne Font point séparée. AViliugliby a rapporté dans un chapitre particulier la description même de Marcgrave {2); ce qui fait conjecturer que Fauteur anglais considéroit ce poisson comme une espèce distincte. Artedi s'est contenté de faire de la narinari une simple variété dans Tespèce de Taigle (5). Cepen- dant, si on examine avec attention, dans Touvrage de Marcgrave, la description et (i) Narinari hrasiliensibus. Marcgr. Hist. nat. bras, îib. 4> p* lyS- Raja narinari , Marcgravii. Artedi , Gen. pi se, gen. 45, sp. 6, var. a. Raja narinari , corpore lœi>i , supra chaliheo ; maculis albis numerosis. Nov. act. Stockh. tom. II. (2) Hist. pisc. Iib. 5 , cap. 3 , p. 66. (3) Loco suprà çitato. 202 HISTOIRE la figure de cette raie du Brésil , Ton hésite à la réunir avec Fespèce précédente, et Fou sera peut-être disposé à partager mon sen- timent au sujet de ce poisson, qui me paroît être d'une espèce particulière. En effet . au milieu des traits de ressem- blance qui existent vraiment entre la raie aigle et celle-ci , il est facile de saisir des disparités saillantes ; et au nombre de ces disparités, je ne compterai pas même la privation de dents que Marcgrave attribue à la narinari ( i ) , parce que cette asser- tion peut être une erreur de ce naturaliste. Je lie remarquerai pas non plus que la nari- nari porte un double piquant à la queue ; ce caractère , ainsi qu'on Fa vu dans Fhis- toire de la raie aigle, n'ayant rien de cons- tant ni de décisif, et ne pouvant pas même constituer une simple variété. Mais la raie du Brésil, suivant Marcgrave, a de petits yeux, tandis que ceux de Faigle sont gros et saillans. La petite nageoire de la queue est , dans la première raie , tout à fait à Forigine de cette partie, et vers son milieu dans la seconde ; les piquans de la première, longs de trois doigts, ont la forme d'hameçons (i) Os edentulum , Ilist. bras, loco suprà citato. D E s R A I E s. f2o3 dépêche, et ceux de la seconde sont presque droits; la couleur de la première est ea dessus d'un gris de fer, parsemé de taches blanches ; celle de la seconde est un brun plus ou moins foncé , sans aucune tache ; enfin , la chair de la narinari est de bon goût , et celle de la raie aigle est très-mauvaise. Il me paroît que ces disconvenances suffisent pour que cette dernière espèce ne soit plus confondue avec la narinariv Le corps de celle-ci acquiert un grand volume. Marcgrave assure que quarante hommes peuvent aisément se rassasier avec un seul de ces poissons. La narinari se trouve aussi dans la mer qui baigne les côtes limoneuses de la Guiane. Les français qui y sont établis la nomment raie chauve -souris (i). (i) Barrère, France équinox. pag. 178. Raja pinnis triangularihus y alas vespertilicnis referentibus, Nari- nari pinima Marcgr, Raie chauve-souris. 204 HISTOIRE LA RAIE PASTENAQUE (i)(2), PAR LACÉPÈDE. DOUZIÈME ESPÈCE» JLiA forme et les habitudes de cette raie sont presque en tout semblables à celles de îa raie aigle que nous avons décrite. Mais M I < I I . n ..^ I .,,,.. ■ Il, ., . I .» (i) Auprès de Bordeauiîr , pastinaque , taréronde. Sur les côtes de France voisines de Montpellier , pastenago et vastango. A Rome , bruccJio. Sur la côte de Gènes, ferrazza. En Sicile, bastonago. En Dal- matie, utuglia. En An^eiewa , fire flaire. Par plu- sieurs auteurs, turtur. Raie pastenague. Daubent. Encycl. méthoêl. Raja pastinaca. Lin. édit. de Gmel. Raja caudâ apterygiâ , aculeo sagittato. Bloch , Hist. na.t. des poiss. troisième partie, pi. lxxxii. — Artcdi , gcn. 71 , syn. 100. Raie pastenague. Bonat. pi. de l'Enc)''cl. métli. — Mus. Ad. Fr. 2 , p. 5i ^ — Miiller , Prodr. zool. dan. pag. 57 , 11^ 5 10. — Gron. Mus. i , 141. Zoopli. i58. Leiohatus , in rriedio crassus , etc. Klein , Miss. pisc. 5 , p. 33 , n** 5. — Aristot. Hist. anim^ lib. i , cap. 5. Pastinaca. Plin. Hist. muml. lib. 9, cap. 24 , 42* Pastenague. Rondelet , i'^ partie , liv. 12 , chap. 1. Pastinaca, Salv. Aquat. p. 144 > i45' — Gesner, DES RAIES. 2o5 voici les traits principaux par lesquels la pastenaque diiïère de ce dernier poisson. Spn museau se termine en pointe au lieu d'être plus ou moins arrondi ; la queue est moins longue que celle de la raie aigle , à proportion de la grandeur du corps, quoique cependant elle soit assez étendue en lon- gueur 5 très-mince et très-déliée ; et enfin cette même partie non seulement ne pré- Aquat. p. 679. Icon. anlm. p. 121 , 122. Thierb. p. 63 a. Pastinaca marina. Jonston ; Fisc- p. 32 , tab. 9 , fig- 7- Pastinaca marina tœvis. Eay, Fisc. p. 24. — Bel- Aquat. p. 95. Pastinaca marina nostra. Alclrov. Fisc. p. /^q.6. Pastinaca marina prima, Willughb. Icbtli. p. 67, tab. c. 5. Gej. Kœmpfer, Voy. au Japon , p, i55. Sting ray. Pennant , Brit. zool. tom. III , p. 71, ji^ 6. Pastinaca marina oxyrinchos. Scbonev. p. 58. Pastenaque. Valmoiit de Bomare , Dictionnaire d'bistoirc naturelle. (2) La pasùenaque. En grec , tragon et trygon. En latin rao'lerne , brucchus et pastinaca. En allenjaud, stechroche et grone topel. En bullandais , pylstaart. En danois , hokhel, A Gênes , ferraza et euccio. Au. Japon , gaL S o N n i N i. 52o6 H I S T O I R E sente point de nageoire dorsale auprès de Faignillon dentelé dont elle est armée, mais même est entièrement dénuée de na- geoires (i), (i) L'aiguillon rie la pastenaque est rcdoulé par les pêcheurs comme celui de la raie aigle; ce que l'on a dit de ce dernier , et ce que j'en ai écrit moi-même convient également au piquant de la raie de cet article. (Voyez ma note à la page 196.) Il est cependant des pays où les pêcheurs ne montrent aucune frayeur à l'aspect de cette raie, que presque tous les autres ne touchent qu'avec une excessive précaution. Bloch (Histoire naturelle des poissons, art. de la pastenaque^ cite à ce sujet les pê- cheurs de Heiligeland, qui ne la craignent point. Les esclavons remédient à la piquure de la raie aigle et de la pastenaque par \e fiel blanc ^ comme ils disent, du calmar , connu d'eux sous le nom presque latin lighna ou à^oligagn. { Voyage en Dalmatie par M. Fortis, tome II, pag. 178.) Ce savant ajoute que le meilleur remède est de lier fortement la partie piquée , et de scarifier la blessure pour en faire sortir le sang empoisonné. Nota , que , quand M. Fortis écrivit son voyage, il n'avoit pu avoir oonnoissance des expériences de Spallanzani , qnî jxrouvent que TeiTet du piquant de la raie est purement mécanique, et ne porte avec lui d^ns les plaies aucune espèce de venin. L'on ne peut douter que ce ne soit de la pastenaque ou de la raie aigl-ô qAe doit s'entendre le passag« D E s R A I E s. 207 La pastenaque paroît répandue clans un plus grand nombre de mers que la raie suivant d'un voyage moderne en Afrique: «Il est dan- gereux (sur la côte d'Angole) de pêcher à la seine; on. court le risque d'être piqué par la torpille , espèce de raie électrique dont la queue est armée d'un dard. La piquure de ce poisson est fort dangereuse ; elle est ordinairement suivie d'un gonflement considérable dans la partie piquée , accompagné de douleurs cui- santes ; cet état dure plusieurs jours ; l'acide neutre en triomphe ». ( Voyage à la côte occidentale d'A- frique , par De Grand pré , tome ï , pag. 36. ) La tor- pille n'a point d'aiguillon ni sur le corps , ni à la queue. Le piquant si dangereux de la pastenaque sert de scie à quelques peuplades sauvages de l'Amérique. H passe au Japon, suivant Ksempfer , comme un spéci- fique contre la morsure des serpens , si on en frotte la plaie; les japonais en portent toujours sur eux; mais ils prétendent que cette propriété de l'aiguillon n'exis- teroit pas s'il n'avoit pas été retranché à l'animal vivant. La pastenaque connoît l'avantage que lui donna une arme si terrible ; elle en blesse les poissons afin de les saisir avec plus de facilité; Pline assure mêma qu'elle ne craiiit pas d'attaquer le requin. Ce qui a été dit , dans l'article précédent , au sujet de la qualité de la chair et du foie de la raie aigle , convient é^»alement à la pastenaque. S o N N I N I. so8 HISTOIRE aigle, et ne semble pas craindre le froid des mers du nord (i). Son piquant dentelé est souvent double et même triple, comme celui de la raie aigle : (i) Les paslcnaques sont communes dans la Médi- terranée ; j'en ai va pêclier de fort grosses dans l'ar- cLipel de Grèce , où les insalaires les nomment salahie. L'on en prend aussi quelquefois sur les rivages de la Crimée , au rapport de M. Pallas. ( Nouveau Voyage dans les gouvernemens méridio- naux de l'empire de Russie , 1802 , lom. II , p. 409. ) Cette espèce habite les eaux de presque toutes les mers de l'Europe et de l'Amérique j et elle se trouve en si grand nombre sur quelques points de la nouvelle Hollande , que le capitaine Cook donna le nom de haie des pasteiiaques à un de ses mouillages sur la côte de ce continent. Comme la pastenaque ne craint point le froid des mers du Nord, il est probable que c'est cette espèce ^ue l'équipage du capitaine Billings prit à la ligne le long du vaisseau dans le canal du prince Williams , sur la côte nord - ouest de l'Amériquç. Cette raie étoit fort grosse , et lorsque les russes la liâloient à bord, les naturels du pays s'avancèrent avec fureur, et c'étoit à qui pourroit la percer de sa lance j ils disoient que ce poisson étoit le diable. (Voyage dans le nord de la Russie asiatique , etc. par le commo- idore Billings, traduit par Castéra , tom. I , p. 377. } S N N I N I. nous D E s R A I E s. 209 ïîoiis croyons en conséquence devoir rap- porter à cette espèce toutes les raies qu'on n'en a séparées jusqu'à présent qu'à cause d'un aiguillon triple ou double. D'un autre côté, la nuance des couleurs, et même la présence ou l'absence de quelques taches ne peuvent être regardées comme des carac- tèjes constans dans les poissons, et particu- lièrement dans les cartilagineux , qu'après un très-grand nombre d'observations répé- tées en différens tems et en divers lieux. Nous ne considérerons donc , quant à pré- sent, que comme des variétés plus ou moins constantes de la pastenaque , les raies qu'on n'a indiquées comme d\me espèce différente qu'à cause de la dissemblance de leurs cou- leurs avec celles de ce cartilagineux. Au reste, il nous semble important de répéter plusieurs fois dans nos ouvrages sur l'histoire natuielie, ainsi que nous l'avons dit très- souvent dans les cours que nous avons donnés sur cette science, que toutes les fois que nous sommes dans le doute sur l'identité de l'espèce d'un animal avec celle d'un 'autre , nous aimons mieux regarder le premier comme une variété que comme une espèce distincte de celle du second. Nous préférons de voir le tenis venir , par des observations nou- Foiss, Tome III. O 210 HISTOIRE velJes, séparer tout à fait ce que nous n'avions en quelque sorte distingué qu'à demi, plutôt que de le voir réunir ce que nous avions séparé; nous desirons qu'on ajoute aux listes que nous donnons des productions natu- relles 5 et non pas qu'on en retianclie ; et nous cliercheions toujours à éviter de sur- charger la mémoire des naturalistes d'espèces nominales , et le tableau de la Nature de figures fantastiques (i). (i) Q.jelque fondée que soil l'opinion de Lacépède, î'avoue que je ne la partage point. Le mot variété est presque toujoOï's d'une acception vague en liisloire na-i turelle , et je crois qu'il ne doit être employé qu'avec quelque circonspection. SI les dissemblances qui sé- parent un animal d'un autre animal ne dépendent que de la différence du sexe ou de l'âge , ils forment une seule et unique espèce , et l'on ne peut pas dire que l'un soit une variété de l'autre. Si des dissemblances entre des animaux très- voisins , et même de la même espèce, se perpétuent constamment, elles constituent une race plutôt qu'une variété. Enfin , lorsqu'il ne s'aijit que de différences individuelles, dues à quelque accident, et qui ne se propagent pas, c'est bien une variété; mais, comme elle n'est que passagère et for- tuite, elle mérite rarement que l'on en fasse mention. Il est donc très -difficile de fixer d'une manière pré- cise si un animal est une variété d'un autre , dans quelque sens que s'cu'ende ce mot; et cela devient impossible quand ou n'a que des notions incertaines DES RAIES. 211 «nr «n cles objets de comparaison , et quelquefois sur tous les deux. Prononcer , en ce cas , qu'il ne s'agit que de variétés de la même espèce , c'est risquer de confondre deux objets qui peuvent être réellement distincts; engourdir , pour ainsi dire, l'observation, qui ne cherchera pas à s'appesantir sur de simples variétés , et retarder peut- être la connoissance d'es- pèces intéressantes, quoique très - rapprochées, par leurs attributs extérieurs , d'espèces déjà observées. Tout en rendant hommage à la solidité des raison- îiemens du grand naturaliste dans l'ouvrage duquel je trace ces folbles notes, ils ne m'ont pas convaincu, et j'ai suivi une route toute opposée : j'ai toujours pensé qu'à moins d'une certitude acquise de l'iden- tité de deux êtres voisins , il valoit mieux les décrire séparément comme des espèces distinctes. Par ce moyen on appelle l'attention à leur sujet , et l'on a plus d'intérêt, plus de curiosité à les examiner, que si on les croit à peu près les mêmes. Du moment que l'on est forcé de remettre la décision au' tems et à l'observation , il vaut mieux exc iter celle - ci et ne pas trop prolonger l'autre ; et l'on n'évite pas tou- jours , ce me semble , ce double inconvénient par la méthode contraire, c'est-à-dire, en ne parlant d'un objet peu connu que pour le réunira celui qui l'est déjà. D'après ces considérations , je placerai à la suite de la pastenaque , mais comme espèces distinctes , quoique voisines , plusieurs raies que Lacépède a réunies dans le même article et dont il n'a dit qu'un mot , parce qu'il les a jugées , avec beaucoup de vrai- semblance , de la même espèce que la pastenaque. S O N N I N l, O 2 213 HISTOIRE LA RAIE ALTAVÈLE (i). TREIZIÈME ESPÈCE. A Naples on nomme altavela iiue raie qui a dé nombreuses ressemblances avec la pastenaque ; ce qui a engagé la plupart des ichthyologistes à la présenter comme une simple variété de celle espèce (i>), tandis que d'autres Font jugée d'es[)èce diiïérenle (5), C'est cette incertitude, que de nouvelles (i) Pastinaca marina altéra pteryplatcia ^ altavela Neapoli dicta. F. Coluin. Obs. de Aquat. cap. s;?, p. 4. — Willuglib. ITist. pisc. lib. 5, cap. 2, pag. Q5. — Ray , Pisc. p. 24. Raja corpore glahro , aculeis duohus posticè serrati& in dorso apterygio. . . . raja altat^ela. Lin. Syst. nat. edit. Gme!. gen. i5o , sp. 7 , var. b. Raie pas ienague artai^elle , var. b. Daubent. Encyc. méthod. Raie pastenague , artauelle, Bonaterre , planches d» l'Encycl. mélli. Raja corpore glabre , aculeis sœpe duobiis , posticè serratis in cauda apterygla. Artedi,Gen. pisc. ^tvi. 45;, sp. 4; et Synonym. p. 100. (2) Linnaeus , Artedi , gen. Daubenton , Lacé- pède , etc. (5) Colunma, Willugliby, Artedi, Synonym. etc. DES RAIES. si3 observations n'ont pas encore fait dispa- roître, qui m'engage à traiter de l'altavèle dans un article particulier, jusqu'à ce qup mieux connue elle demeure définitivement séparée, ou que l'on soit obligé de la réttwir à la pastenaque (i). Columna est le premier qui ait donné la figure et la description de l'altavèie (2). 11 dit que les pêcheurs napolitains lui assurèrent que cette raie s'élevoit au dessus des eaux par une espèce de vol; ce qui le fît rire, et il eut raison. Elien , qui n'omettoit dans ses écrits aucune des fables ni aucun des bruits populaires de son tems, avoit fait le même conte au sujet de la pastenaque, et il est probable que personne nen rioit alors. La tète de ce poisson est plus petite , proportion gardée , que celle de la paste- naque ; son corps est aussi moins élevé et moins alougé dans sa partie antérieure, mais plus aminci au dessous des nageoires. La forme de ce poisson est un rliombe dont les angîes sont plus grands et plus obtus que dans la pasienaque, et il n'acquiert janiciis (i) Voyez ma note à la fin de l'article précédent. (2) Loc'o suprà citato, o 3 2i4 HISTOIRE ni un volume, ni un poids aussi considé- rables. La queue est moins longue que la moitié du corps ; elle est armée de deux piquans dentelés comme une scie , dont Tanlérieur, qui est le plus court, est creusé dans son milieu , d'un bout à l'autre , par un sillon profondément tracé. Il y a trois sillons semblables sur le second aiguilîoii. Les pêcheurs vendent facilement i'alta- vèle, parce que sa chair , assez recherchée, n'est point désagréable au goût (i). (i) Columna , loco cUato. D E s R A I E s. 2i5 LA RAIE OUARNAK (i). QUATORZIÈME ESPECE. JLiE voyageur naturaliste Forskœl a incliqué cette raie comme une variété de la raie sephen , dont il sera bientôt question ; mais elle se rapproche davantage de la paste- naque. C'est un poisson de la mer Rouge , que les arabes nomment ouarnak; sa queue n'a point de nageoires ; mais on y voit uii et quelquefois deux piquans. Tout son corps est parsemé de taches sur un fond argenté. (i) Raja, arah. uarnah. Forskœl , Faim, segypt. arab. n® 16, &. Raja tota maculata. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. i3o , sp. 7 , v.ar, g. Raja uarnak. Artedi, Gen. pisc. ge\\> 4^ ? sp. i5^ var. a. L'uarnah. Bonaterre , planclies de l'Eiicycl. mêth. f>ag. 4. o 2i6 HISTOIRE LA RAIE ARNAK (i). QUINZIÈME ESPÈCE. 1 L y a une grande conformité de noms entre cette raie et ]a précédente; il y en a aussi dans leurs formes : elles ont beau- coup de traits communs entre elles, aussi bien qu'avec la pastenaqjie; ce qui a engagé plusieurs natuialistes à n'en faire que des variétés de la même espèce. ^rnak est Je nom que les arabes donnent à cette raie, qui vit dans les eaux de la mer Rouge. Forskœl l'a observée à Lolieia , sur la côte orientale de ce grand golfe; et le peu de mois que le naturaliste danois en a écrit composent jusqu'à présent toute ( I ) Raja dentibus granulatis ; corpore orbiculato , argenteo ; caudà tereti , apterygia , spinis duahus. . , raja arnak. Forskœl , Fauna segypt. arab. pag. 9^ n** i3 , c. — Arlecli, Gen. pisc. gen. 46, species dubiœ, n^ 25. — Lin. Syst, iiat. edit. Ginel. gen. i5o^ sp. 14. i D E s R A I E s. 217 son histoire (1). Ce n'en est pas assez, sans cloute, pour assigner avec quelque exacti- tude la vraie place de ce poisson d'une mer encore peu fiéquentée, et pour décider s'il constitue une espèce distincte et séparée , ou s'il n'est qu'une variété d'âge, de sexe, d'accident, ou enfin une race particulière. Les dents de l'arnak sont granuleuses; la forme de son corps est arrondie, et de la même couleur argentée que l'ouarnak,* sa queue déliée et sans nageoires est armée de deux aiguillons. Arledi a rangé cette raie, ainsi que la pré- cédente , au nombre des espèces encore peu connues et douteuses (2). (i) Ces mots se réduisent à ceux de la phrase ci-dessus. (2) Gen. pi se. loco çitato. 2i8 HISTOIRE LA RAIE SCHERIT (i), SEIZIÈME ESPÈCE. J'abrège ainsi la dénomiDalion , omni es scherit , que porte en Aiabie , suivant Forskœî, cette troisième raie de la mer Rouge. Ce voj^ageur lui a reconnu beaucoup de ressemblance avec les raies arnak et ouarnak; il ajoute qu'elle a la queue déliée et couverte de lâches. Des détails aussi peu étendus ne peuvent passer que pour une indication aux obser- vateurs. (i) Raja caudâ tereti , maculatâ,,, raja omm es scherit. Foiskœl , Fann. segypt. arab. p. 9 , n*^ 12, h. — Lin. Syst. nat. eclit. Gmel. gen. i3o, sp. i5. — Artedi , Gen. pisc. gen. 45 , sp. 24* dubia. Le scherit. Bonaterre , planches de l'Encycl. métli, pag. 6. D E s R A I E s. 219 LA RAIE MULE (iV DIX-SEPTIÈME ESPÈCE. C^ELiiE-ci , qui habite la même mer que les précédentes, est beaucoup plus rare. Elle s'approche moins souvent du rivage que les autres , et lorsqu'elle quitte la haute mer , ce n'est jamais que dans l'obscurité des nuits. Celte différence d'habitudes la distingue assez des raies ouarnak, arnak, et omm es scherit. La raie mule à été observée à Dsjidda par Forskœl ; il lui a trouvé le ventre blanc et la queue arrondie , déliée , et variée de différentes couleurs. Son aiguillon passe , parmi les arabes , pour être très-dangereux. (i) Raja caudâ tereti , varie gatà ; ventre niveo . . . . raja mula. Foisïcoel , Faun. segypt. arab. pag. <^., n<^ 16, f. ■' '• Raja subtàs nivea , caudâ tereti ^ variegatâ, . . roja mula. Lin. édil, Gniel. gen. i5o, sp. 18 , dubia, La mule. Bonat. planches de l'Encycl. méLli» p. 6. Raja mula» Artedi , Geu. pisc. geu. 4^ j sp. 26^ dubia. 2ao HISTOIRE PECHES DES RA I E S. Les raies se pèchent aux haims ou hame- çons et aux filets. Le haim est un crochet de métal ( ordi- nairement de fer ) ou bien d'épine , et qu'on fait quelquefois en os. Quand il est garni d'un appât ou amorce convenable à l'espèce de poisson auquel on le jette , il prend 1^ nom à' hameçon, Comnie la raie est un poisson vorace , qui se nourrit principalement de petits poissons et de chevrettes , ils seront la meilleure amorce dont on puisse se servir pour garnir le haim qu'on jette aux raies de quelque espèce qu'elles soient ; et comme par leur forme plate et Thabitude qu'elles ont de se tenir au fond de la mer, elles sont diffi- ciles à tirer hors de l'eau , il faut que l'hameçon soit solidement attaché à une ligne très-forte faite de fanons de baleines ou de petites lanières de la peau du grand phoque: c'est du moins ce que pratiquent les pêcheurs groenlandais , suivant Otlion Fabricius, Fauna groenlandica y page 126. D E s R A T E s. 221 Pour faire cette pèche en grand , on garnit un moyen cable d'une multitude de ces lignes lianieçonnées et jusqu'à dix à douze mille : on le jette en nier à trente brasses au moins de la côte; et pour indiquer Tes- pace qu'il occupe , on y attache dans sa longueur, et de distance en distance, plus ou moins éloignées , des signaux de liège qui tiennent à de petites cordes assez longues pour ne point empêcher le cable de gagner le fond. Cette pèche , qui se pratique dans la Mé- diterranée et particuiieiement sur les côtes d'Italie, rapporte beaucoup; mais, si elle produit du ppisson plus frais que celui qu'on prend aux filets , elle a cependant cela de très- désavantageux que les haims devant être gainis de petits poissons et quelquefois de dix à douze par chaque haim , il en ré- sulte une gjande destiuction de fiai de poissons, que les pécheurs sont d'ailleurs" obligés de se procurer à prix d'argent : en sorte que ces auioices sont coûteuses et tendent à diminuer les espèces , ce qui doit faire préférer la pèche au filet dont nous allons parler. On pèche les raies au filet qu'on appelle 222 HISTOIRE folle (i) ; il a deux brasses ou environ dix pieds de hauteur ou chute ; sa longueur varie et peut avoir de six à dix -huit brasses. Ses mailles ont six pouces en carré et faites de fil fort. Relativement à la manière d'étendre ce filet , il y en a de trois sortes : folie simple, folle flottée et pierrée, et folle à la mer. On nomme ce filet folle ^ parce qu'il n'est pas fortement ï\y^è au fond , mais seulement par le lest de quelques cailloux tjui Tem- péchent de surnager en totalité, et le tien- nent tendu dans Teau, sans l'empêcher d'y être agité; et parce que ses mailles étant larges et flexibles et faisant des poches dont l'agitation de Feau varie les formes, il en prend lui-même de diflx?rentes , tant dans sa longueur que dans sa lipaiieu]-. La folle simple, c'est-à-dire, en une seule pièce , s'étend sur des piquets de quatre à cinq pieds de haut, à la distance d'environ deux à trois brasses \\xn de l'aulie. Ou amarre la folle aux piquets par le lis ut et par le bas , au moyen d'un toui- mort qui (i) En quelques endroits , la foUc est appelée rïe.ux ^ précisément parce qu'elle sert à preridie des raies. En aUeman(3. , iveitmaschlgte sackgarn. /V.T ^3./^ J2a. / / / / / / /).. Jeu- J'/. I^\ rOLLE D E s R .\ I E s. 223 n'est qu'un simple lour croisé sans nœud ; ce filet s'étend un bout vers la haute mer et Ta^itre bout vers la terre ; quelquefois on donne à un des bouls la figure d'une crosse, et cela par le moyen des piquets. Pour tendre la folle simple, il faut être deux ; mais un seul pécheur peut tendre la folle flottée, dont on peut voir les dé- tails à la planche V. La tête de ce filet , fait d'un bon fil de chanvre assez délié, est bordée par une ra- lingue A, qui est un funin ou quarantenier (c'est-à-dire, cordage de médiocre grosseur), de douze à quinze fils ; laquelle ralingue passe à travers des rondelles de liège B , qu'on met à envij'on douze pieds les unes des autres. Le pied du filet est bordé par deux pareils funins C C , entre lesquels sont amarrés avec des lignes fines les cailloux D qui forment le lest : on les met à environ trois pieds les uns des autres. Mais, pour que les deux cordes C C ne se coulent pas l'une sur l'autre quand on les met à l'eau , il faut avoir j'attenfion de mettre leurs torts en sens contraire. Pour faire en grand la pèche à la folle , plusieurs pêcheurs se réunissent, conviennent de la part qu'ils auront dans le produit , 524 HISTOIRE laquelle est ordinairement proportionnée au nombre de pièces de folles quïls mettent dans cette société momentanée,* ils frèlent une barque dont le maître , ainsi que les hommes de service , ont aussi une part con- venue ; alors , pour joindie les différentes pièces de folles apportées par les pécheurs associés, et en faire ce qu'ils appellent une tessure , on attache aux deux extrémités de la l'alingue d'en bas une grosse pierre percée , ou cablière I garnie d'une anse ou estrope de corde K, qui sert aussi à attacher une corde ou orin L à Tautre bout de laquelle est amarrée une bouée formée de douves de barriques comme M ou de morceaux de lièges comme N. On voit en O les signaux que portent les bouées : ce sont de petits pavillons qui servent à faire apercevoir de plus loin les bouées qui flottent sur la sur- face de Teau. En P est une petite cabJicre : on en met quelquefois de distance en dis- tance , sur la ralingue d'en bas , quand les tessures sont fort longues. Q est un grapin avec son cablot S. Ce grapin sert à rechercher au fond de l'eau une partie de la tessure , quand par accident elle est restée à la mer. R est un autre petit grapin qui est quel- quefois encapelé sur le premier. T est un gaiîot D E s R A I E s. 2a5 gaffot pour harponner et tirer à bord de très-gros poissons. Quand on tend les folles au bord de la mer, on les place ou entre les f'ochers ou sur les sables, an pied des bancs, ou dans les fonds qui se trouvent entre les bancs, qu'il y ait de Teau ou qu'il n'y en ait pas, quand la mer est retirée. Alors ce filet, qui est sédentaire , se tend un peu en demi- cercle : si on le place sur un terrain dur ou dcUis un endroit d'où l'eau ne se relire pas entièiement après le reflux , on ajoute quelques cablières aux cailloux qui lestent le pied du filet. Si le terrain est de sable, on y enfonce le pied du filet, et le haut ou tête du filet est soutenu par les flottes et par des lignes nommées bandlngues , qui tiennent d'un bout à la tête du filet , et dont l'autre est fixé dans le sable à u^ie dislance convenable pour maintenir la flotte debout et l'empêcher de céder au courant. Le tems des grandes marées d'été est le plus propre à cette sorte de pêche , et les folles qu'on y emploie ont moins d'étendue que celles dont on fait usage à une certaine distance des bords de la mer. Quant à la pêche qui se fait avec des folles plus avant dans la mer et sur les, Poks. ToM^ IIL E £26 HISTOIRE grands fonds , comme die a pour objet de prendre de gros poissons , les filets qu'on y emploie ont la maille plus ouverte ; ce qui rend le filet moins coûteux , plus léger et plus propre, par une plus grande sou- plesse 5 à envelopper aisément le poisson. Dans cette grande pêche, chaque pièce de folle peut avoir jusqu'à dix-huit biasses de longueur et huit pieds de chute ; et les ma- telots, réunis quelquefois au nombre de seize , en fournissent jusqu'à dix-huit pièces, ce qui donne à ce filet une lieue et souvent plus d'étendue. D'après cela , on conçoit qu'outre le moyen indiqué plus haut pour réunir les pièces de folles , et comme une si grande étendue donne plus de prise au mouvement de la mer sur le filet , il est nécessaire de multiplier davantage les flottes çt lesScablières. Il faut éviter de jeter ce grand filet sur des fonds de roches , de crainte d'être trop souvent obligé de faire usage des grappins R Q indiqués dans la première figure. Les meilleurs fonds sont ceux de rocaille , de galets , et ceux où il croit des plantes ma- rines. La saison la plus favorable pour cette pêche est le priutems et l'automne. Le tems D E s R A I E s. 227 convenable est quand la marée commence à porter au vent. On jette la tessure sous le vent , et on la laisse trois nuits en place, à moins qu'ayant tendu loin de la côte , l'approche d'une tempête ne fasse craindre aux pêcheurs de perdre leurs filets , auquel cas ils les relèvent au bout de trenl^e - six heures. Si le tems est bon , ils relèvent éga- lement de nuit comme de jour ; mais pour éviter toute surprise , il est bon qu'ils res- tent sur leurs filets , et que dans la crainte d'un gros tems , outre la grosse cablière , qui est amarrée au bout forain avec la bouée, ils en mettent encore une au milieu de la tessure , et une troisième à six pieds de l'autre bout de la tessure, et cette dernière, ils l'attachent au cable de l'ancre de leur barque ou bateau. L'opération de jeter la tessure à la mer est difficile ; celle de l'en retirer est plus difficile encore et demande plus de pré- caution. D'abord quand les pêcheurs mettent leur tessure à la mer, quatre d'entre eux descendent à la cale où le filet est serré sur l'arrière du grand mât : deux hommes qui se placent sur le pont, près de l'écou tille, reçoivent ce filet et le donnent à deux autres qui sont appuyé sur le bord. Derrière eux P 2 228 HISTOIRE sont deux forts matelots à califourchon sur le bord, et qui jeltent à la mer les pièces de filets à mesure qu'on les leur présente. Entre ces hommes les uns se donnent de main en main le pied du filet chargé de cailloux , les autres la tête garnie de ses flottes , afin que la tessure se place à la mer dans une position verticale, et que le filet] ne se torde pas. Une partie de l'équipage se repose pour être en état de reprendre la place de ceux des travailleurs qui se trouvent fatigués. Quand les pécheurs veulent relever leur filet , ils lèvent Tancre , la mettent à bord ; ensuite ils hvâlent le cordage qui lépond de l'ancre à la folle ; par ce moyen ils amènent la première pièce de folle , et de suite toutes les autres qui se tiennent. Pendant cette opération et à mesure que chaque pièce de foile arrive à bord, un des plus forts ma- telots, placé près de l'escubier de stribord, est occupé à gaffer les gros poissons qui se présentent ; et si par malheur la tessure vient à se rompre , on se sert des grappins Q et R pour retirer ce qui est resté à la mer. Tout l'équipage est employé dans cette opération . Aux environs de Marennes et sur les côtes de Bretagne, on emploie aussi à la D E s R A I E s. 22^ pêclie de la raie et autres poissons plats des dragues que les saintongeois et poitevins nomment chalus. C'est un filet de forme carrée longue , ayant huit brasses d^ou- Verture, qui se réduit au fond à cinq à six brasses de largeur; les mailles ont leurs dimensions inégales , et vont en se rétré- cissant à mesure qu'elles approchent du fond. L'ouverture du chalu est chargée par eu bas d'un cordage de deux pouces de giosseur et de plus d'une livre de plomb par brasse. Le haut est garni d'une ligne d'un quart de pouce de grosseur et portant des flottes en assez grand nombre pour maintenir l'ou- verture de cette espèce de sac. La corde plombée et la ligne chargée de flottes sont amarrées à deux échalons ou genouillets de bois , et on attache , tant aux échalons qu'aux cordages, une cablière pour tirer le filet à fond. On emploie ce filet, qui se traîne, dans une profondeur d'eau depuis huit à dix brasses jusqu'à trente et quarante. Quand les pêcheurs ont pris beaucoup de raies dans des momens où la vente n'en est pas avantageuse, ils les conservent en leur passant une ligne dans la gueule et dans un des trous des ouïes. Ils attachent cette ligne P 3 ^oo HISTOIRE par chaque bout à des pieux éloignés , et de manière que la ligne soit lâclie , et le tout placé dans le fond d'un parc qui ne sèche point. Sur la côte de Quimper, on étend les pe- tites raies sur le rivage pour les faire sécher , en évitant qu'elles ne soient mouillées par la pluie; car Teau douce les fait noircir, et les met hors de vente ,* on envoie ce poisson ainsi préparé à Nantes. Les gens de la cam- pagne en font une grande consommation , sur-tout pendant les vendanges. On vend séparément les tètes , que Ton nomme goules rondes ; on en fait des paquets de vingt têtes ; elles sont regardées par ceux qui en font usage comme un mets délicat. On prend aussi les raies à la seine , espèce de filet dont on trouvera la description dans la suite de cet ouvrage. DES RAIES. a5i LA RAIE LYMME (i) (2), PAR LACÉPEDE. DIX-HUITIÈME ESPÈCE. Cy'EST dans la mer Rouge que le voysigeur Forskœl a trouvé cette raie , qu'il a le premier fait connoître (5). Elle ressemble beaucoup à la raie aigle, ainsi qu'à la pas- lenaque ; elle a les dents aplaties comme ces deux raies et tous les cartilagineux qur composent le même sous-genre : mais ex- posons les différences qu'elle montre. Le corps proprement dit , et les nageoires pec- torales, forment un ensemble presque ovale; (r) Raja lymma. Lin. édit. de Gmelin. Raie lymme. Bonaterre , planches de TEncyclop,' méthodique. Raja corpore ovali iestaceo, maculis cœruleis , caudâ pinnatâ , aculeo unico. ., raja lymma. Forskœl , Faun. arab. p. 17 , n^ i5. (2) Raja lymma, Artcài , Gen. pîsc. gen. 45 , sp. 14, additans. Nota, que cet ichthyologiste rapproche la lymme de la raie ronce. S o n n i n i. (5) Il Ta décrite à Loheia , ville d'Arabie, safïe^ 5Î3 HISTOIRE la partie postérieure des nageoires pecto- rales est terminée par un angle plus on raoius ouvert ; les nageoires ventrales sont arrondies, et toute la partie supérieure du dos est d'un brun tirant sur la couleur de brique, parsemé d'une grande quantité de taches bleues, ovales, et inégales en grandeur. La queue est un peu plus longue que le corps, et garnie vers le milieu de sa longueur d'un et quelquefois de deux aiguillons, longs, larges , dentelés comme ceux de la raie aigle et de la pastenaque, et revêtus à leur base d'une peau d'un brun bleuâtre. Depuis son origine jusqu'à ces aiguillons , la queue est un peu aplatie , blanche par dessous et rougeàtre dans sa partie supérieure , où l'oa voit régner deux petites bandes bleues et longitudinales ; et depuis les piquans jusqu'à son extrémité, qui est blanche et très-déliée, elle est toute bleue , comprimée par les côtés , et garnie en haut et en bas d'une petite membrane frangée qui représente une na- geoire, et qui est plus large au dessous qu'au dessus de la queue. La ly mm e n'a point de nageoire dorsale ; et par là elle se rapproche plus de la pas- tenaque , qui en est dénuée , que de la rai^e aigle qui en présente une. D E s R A I E s. 235 Cest à cette jolie espèce qu'il faut rap- porter une raie pèchée par Co ni mer sou aux environs des îles Prasiin, et à laquelle il a donné le nom de raie sans piquant (i), parce qu'en effet elle n'en présente aucun sur le dos, non plus que les individus ob- servés par Forskœl. Ce naturaliste a fait de cette raie sans aiguillon sur le corps une description très - détaillée , qui fait partie des manuscrits déposés dans le muséum d'histoire naturelle, et qui s'accorde presque dans tous les points avec celle que nous venons de donner d'après Forskœl. La seule différence entre ces deux descriptions , c'est que Commerson parle d'une rangée de petits tubercules , qui règne sur la partie la plus élevée du dos et s'étend jusqu'à la queue , et de deux autres tubercules semblables à des verrues , et placés l'un d'un côté et l'autre de l'autre , de l'origine de cette dernière partie. Au reste, parmi les individus qui ont été l'objet de l'attention de Commerson , uû (i) Raja lœuis è testaceo fuscescens , guttis cœru- his innumeris prono corpore sparsis , aculds geminis in média caùda. Commerson , ouvrage manuscrit sur la Zoology , quatrième cahier, 1768. 2^4 HISTOIRE avoit près de cinq décimètres ( un pied six ponces huit lignes) de longueur totale (i). . . Au reste nous ne croyons pas avoir besoin de dire que le mâle est distingué de la fe- melle par deux appendices placées auprès de l'anus , et semblables à ceux que nous avons fait connoître en traitant de la bâtis. La lymmej^ que quelques naturalistes ont crue confinée dans la mer Rouge , habite donc aussi une partie de la mer des Indes. On doit la trouver dans d'autres mers , sur-tout aux environs des tropiques; et en effet il vient d'arriver de Cayenne, au mu- séum dliistoire naturelle , une petite col- lection de poissons parmi lesquels j'ai re- connu un individu de l'espèce de la I3 mme^ Ces poissons ont été envoyés par le citoyen Le Blond , voyageur naturaliste , qui nous a appris, dans des notes relatives aux ani- maux qu'il a fait parvenir au muséum , que l'individu, que nous avons considéré comme une lymnie , avoit été pris au moment où il venoit de sortir de l'œuf , mais où il étoit encore dans le ventre de sa mère. Les raies (i) Forskœl dit que la lymme de la mer Roug© atteint à peine la longueur d'un pied. ( Faun. œgypt. ^rah, loco citato.) Sonnini. ^^ D E s R A I E s. 235 de la même espèce , dit le citoj^en Le Blond, qui les appelle raies rouges ^ à cause de la couleur de la partie supérieure de leur corps, semblable par conséquent ou presque sem- blable à celle des lymraes d'Arabie ou des environs des îles Praslin , sont très -bonnes à manger lorsqu'elles sont jeunes , et par- viennent quelquefois au poids de dix ou quinze myriagrammes ( deux ou trois cents livres ou environ ). Au reste , le petit individu arrivé de l'Amérique méridionale avoit la queue trois fois plus longue que le corps et la tête , et par conséquent beaucoup plus longue que les lymmes d'Afrique et d'Arabie. Mais tous les autres traits de la conformation réunissant ces cartilagineux de la mer Rouge et des îles Praslin avec les raies rouges de Cayenne , on peut tout au plus regarder ces dernières comme une variété dans l'espèce des raies rougeâtres des îles Praslin et dAra- bie ; mais on n'en doit pas moins les consi- dérer comme appartenant à l'espèce de la lymme , qui dès - lors se trouve dans les eaux chaudes de l'Asie , de l'Afrique et de l'Amérique. 236 HISTOIRE LA RAIE SEPHEN (i)(2), PAR LACÉPÉDE. DIX-NEUVIÈME ESPECE. ANS cette même mer Rouge où Forskœl a trouvé plusieurs variétés de la pastenaque et la raie lymme , ce voyageur a vu aussi la sepheu. Elle a de très -grands rapports de conformation avec la raie aigle , la paste- naque et ]a lymme ; mais elle en diffère par des caractères assez nombreux pour qu'elle constitue une espèce distincte. Sa couleur est, sur le corps, d'un cendré brun, et par dessous d'un blanc rougeâtre. (i) Raja sephen. Lin. edit. de Gmelin. Raie sif. Bonat. planches de FEncycl. métli. Raja corpore suborhiculato , caudâ duplo longiore suhtàs alatâ , supra aculeis duobus longis , utrimque serralls. Forskœl, Faun. arab. p« I7> n*^ i6. (2) Raja sephen. Artedi , Gen. pisc. gen. 45 , sp. i5, additam. Les arabes de l'Yemen l'appellent sœfen ; à Loheia ils prononcent fiyfen ; et lorsque le poisson est de grande taille , ils le distinguent par la dénoniina- tion àe sif, S o n n i n i. D E s R A I E s. a-^y Elle parvient à une grandeur très- considé- rable , puisqu^on a vu des individus de cette espèce dont les nageoires pectorales et le corps réunis avoient trente-six décimètres ( onze pieds) ou à peu près de largeur. L'ex- trémité postérieure des nageoires pectorales est arrondie, et, dans plusieurs des positions ou des mouvemens de l'animal , cache ea partie les nageoires ventrales, qui sont trèsr petites à proportion du volume de la raie. Malgré la grande étendue du corps , la queue est deux fois plus longue que le corps proprement dit , comme celle de la raie aigle, et est armée de même d'un ou deux aiguillons assez longs , forts , dentelés des deux côtés, et revêtus en partie d'une peau épaisse : mais , au lieu d'être entièrement dénuée de nageoires et de petits piquans, comme la queue de la pastenaque ; au lieu de présenter une nageoire dorsale , comme celle de la raie aigle, ou de montrer, sans aucune petite pointe , une sorte de nageoire particulière composée d'une membrane longue et étroite , comme la queue de la lymme, elle est garnie, depuis la place des deux grands dards, jusqu'à son bout le plus délié, d'une rangée longitudinale de très^ s38 HISTOIRE petits aiguillons qui régnent sur sa partie su- périeure, et d'une membrane longue , étroite et noire , qui s'étend uniquement le long de sa partie inférieure. L'un de ses caractères véritablement dis- tinctifs est d'avoir le dessus du corps et la partie supérieure de la queue, jusqu'à la base des deux pointes dentelées , couverts de tubercules plats , au milieu desquels on en distingue trois plus grands que les autres, d'une forme hémisphérique, d'une couleur blanchâtre, et formant au milieu du dos un rang longitudinal. Presque tout le monde connoît cette peau dure, forte et tuberculée, employée dans le commerce sous le nom de galuchat , que Ton peint communément en verd, et dont on garnit l'extérieur des boîtes et des étuis les plus recherchés. Cette peau a aussi reçu le nom de peau de requin ; et c'est par cette dénomination qu'on a voulu la distinguer d'une peau couverte de tubercules beau- coup plus petits, beaucoup moins estimée, destinée à revêtir des étuis ou des boîtes moins précieuses , appelée peaux de chiens de mer, et qui appartient en effet au squale ou cliien de mer, désigné par le nom de D E s R À I E s. iiSg roussette ( i ). Ceux qui ont observé une dépouille de requin savent que le galuchat présente des tubercules plus gros et plus ronds que la peau de ce squale, et ne peut pas être cette dernière peau plus ou moins préparée. C'est donc une fausse dénomina- tion que celle de peau de requin donnée au galuchat. Mais j'ai désiré de savoir à quel animal il falioit rapporter cette production, qui forme une branche de commerce plus étendue qu'on ne le pense, et qui nous par- vient le i^lus souvent par la voie de l'An- gleterre. J'ai examiné les prétendues peaux de requin déposées dans les magasins où vont se pourvoir les faiseurs d'étuis et de boîtes ; et quoiqu'aucune de ces peaux ne montrât en entier le dessus du corps et des nageoires pectorales , et ne présentât qu'une portion de la partie supérieure de la queue , je me suis assuré sans peine .qu'elles étoient les dépouilles de raies sephens. Elles ne con- sistent que dans la partie supérieure de la tête, du corps et du commencement de la queue; mais autour de ces portions tuber- culées , et les seules employées par les fai- seurs d'étuis, il y a assez de peau molle (î) Voyez l'article da squale roussette. a4o HISTOIRE pour qu'on puisse être convaincu qu'elles ne peuvent provenir que d'un poisson car- tilagineux , et même d'une raie; et d'ailleurs elles offrent la même forme, la même gros- seur, la même disposition de tubercules que la sepîien ; elles présentent également les trois tubercules hémisphériques et blan- châtres du dos. A la vérité, toutes les pré- tendues peaux de requin que j'ai vues, au lieu de montrer une couleur uniforme , comme les sephens observées par Forskœl, étoient parsemées d'un grand nombre de taches inégales, blanches, et presque rondes; mais l'on doit savoir déjà que, dans presque toutes les espèces de raies , la présence d'un nombre plus ou moins grand de taches ne peut constituer tout au plus qu'une variété plus ou moins constante (i). Ces tubercules s'étendent non seulement au dessus du corps ^ mais encore au dessus d'une grande partie de la tête. Ils s'avancent presque jusqu'à l'extrémité du museau, et entourent fendroit des évents et des yeux, dont ils sont cependant séparés par un in- tervalle. (i) Voyez sur ce sujet ma note à la pag. 210. S o N w I N I. On DES RAIES. 241 On reçoit d'Angleterre de ces dépouilles desepliens, de presque toutes les grandeurs, jusqu'à la longueur de soixante -cinq cen- timètres ( deux pieds ) ou environ. La peau des sephens parvenues à un développement plus étendu ne pourroit pas être employée comme celle des pelites,.à cause de la gros- seur trop considérable de ses tubercules. Sur une de ces dépouilles, la partie tuberculée qui couvre la tête et le corps avoit cinquante- quatre centimètres ( un pied sept pouces ) de long, et deux décimètres (sept pouces) dans sa plus grande largeur; et celle qui revêtoit la portion du dessus de la queue, la plus voisine du dos, étoit longue de deux décimètres (sept pouces) ou à peu près (1). J'ai pensé que Ton apprendroit avec plaisir dans quelle mer se trouve le poisson dont la peau , recherchée depuis long-tems par plusieurs artistes, nous a été jusqu'à présent apportée par des étrangers qui nous ont laissé ignorer la partie de Fanimal qui la fournit. Il est à présumer que Ton rencon- trera la sephen dans presque toutes les mers placées sous le même climat que la mer - - t (0 On peut voir, dans les g.Jeries du museam d'histoire naturelle , une de ces dépouilles de sephen. Foiss. Tome I IL Q H^ HISTOIRE Rouge ; et nous devons espérer que nos navigateurs, en nous procuiant directement sa peau tubercuîée , nous délivreront bientôt d un des tributs que nous payons à Tindustrie étrangère (i). (i) Un critique très-ingénieux a prétentlu que c'étoit une erreur de voir, dans la dépouille de la raie «ephen , la njalièré du galuchat le plus recherché dans le commerce. « Galuckaz , dit ce critique avec beaucoup d'esprit et de gaîté, est le nom d'un ouvrier de Paris, qui demeuioit dans la rue du Harlay. Cet ouvrier n'alloit à la pêche ni du requin, ni de la i-oussette , ni de Faiguillat, ni du scphen; il n'alloit à la chasse ni de l'onagre , ni du sagri , mais il ache- toit des peaux de sagri , d'onagre, de roussette et de yequin ; il avoit inventé l'art de polir ces peaux, de les blanchir, de les teindre et de les employer avec éclat dans sa prolessionde gaînier. Il étoit même parvenu à surpasser le bagrinage ou chagrinage des arabes ; et il l'appliquoit avec un égal succès à leurs quadrupèdes et aux nôtres. A moins de déterrainet le grand et le petit chien de mer, à venir habiter la Seine, je ne vois pas qu'il soit possible d'ajouter à la branche d'industrie que créa cet ouvrier si re- nommé et si digne de l'être». (Observations d'un dialecticien sur les quatre-vingt-onze questions adres- sées par l'instilut national de France à l'institut d'Egypte. Paris, an 7 , p. i4,que>t. i8. ) ! D'un autre côté , il me paroît difficile que les anglais, nuu plus que toute autre nation européenne^ DES R A I E S. 245 Voilà donc quatre raies, l'aigle, la pas- teimque , la lymnie et la sephen , dont la queue ôsl armée de piquans dentelés. Ces dards , également redoutables dans ces dif- férentes espèces de poissons cartilagineux , les ont fait regarder toutes les quatj-e comme venimeuses; mais les mêmes raisons qui nous ont montré ique Faigle et la pastenaqne ne contenoient aucun poison doivent nous faire penser que l'arme de la sephen et de la lymme ne distille aucun venin , et n'est à craindre que par ses effets mécaniques. aient pu tirer de îa mer Rou£;e des dépouilles de pois- sons d'aucune espèce, dans un tems où la navigation cette mer étoit inconnue aux vaisseaux d'Europe. Pendant mon voyage en Egypte , voyage uniquemei^ consacré aux recherches , je n'ai pas ouï dire que IcjS arabes péchassent la raie sephen pour en faire un objet de commerpe, et je n'ai point vu de peaux de ces poissons dans les boutiques de cette ville, où l'on trouve en abondance toutes les denrées de l'Arabie. L'on peut remarquer aussi que Forskœl , qui a ^çcrit la raie sephen sur les côtes mêmes de l'Arabie, et qui en parle assez longuement dans sa Faune cegyp- tiaco- arabique , ne dit pas un mot de sei propriétés ni de ses usages, ce qu'il n'eût pas manqué de faire, s'il eût vu que, dans le pays où on la pêche , on en tirât d'autre parti que pour la nourriture des hommes. S O JK 17 I N I. 044 HISTOIRE - » LA RAIE BOUCLÉE (i) (2) , PAR rAÇÉPÊDE. VINGTIEME ESPÈCE. Voyez la figure ^ planche W,fig. 2. \^ E T T E raie , à laquelle on a donné le nom de bouclée, ou de clouée, à cause des gros aiguillons dont elle est armée, et qu'on a comparés à des clous ou à des crochets , habite dans toutes les mers de TEurope. Elle y parvient jusqu'à la longueur de quatre V (i) Dans plusieurs départemens méridionaux ,raie clouée^ clavelade. En Angleterre , thornback et maids^ Raie bouclée. Daubent, Encycl. méth. B-aja clavata. Lin. édit. de Gmel. Ha) a ordine aculeorum unguifovmium , unico in dorso caudmque. Bloch , Hist. des poiss. en allemand , troisième partie , p. ^5 , n" 5 , pi. lxxxtii. Raja clavata. Fauri. suec. 295. — It. Wgoth. lyS. Raja aculeata , dentlbus tuberculosis , cartilaglne' transversa in ventre. Artedi , gen. 71 , syn. 99, sp. io5. Raie bouclée. Bonat.. planches de l'Encycl. métli. — > Gronov. Mus. i , i4o. Zooph. i54' Dasyhatus clavatus , corpore toto maculis albidis D E s R AIES. 245 mètres (plus de douze pieds )^ Elle est dond une des plus grandes; et comme elle est en même tems une des meilleures à manger j elle est, ainsi que la bâtis, trèsr recherchée par les pêcheui*s : l'on ne voit même le plus souvent daiis les marchés d'Europe que la I ■ ■ I ■ I n ' . , • . ... I III « . 1 ■ i' «> rotundis, etc. Klein, Miss. pisc. 5 , p. 55 ,'d° 4> tah. 4) n° 7- Raja clavata. Act. sien. 4» P* 5'55. '■ Haie bouclée. Rondelet , première partie , liv. 12, cliap. 12. Raja clavata. Gesn. Aquat. 795. — Willughby ^^ Ichth. 74. — Raj. pisc. 26. RaiebolicUe.^^G\on , Aquat. p. 70. Thornhack. Pennant , Zool. brit. 3, p. 69; n** 5.'^ Raie bouclée. Valmont de Boïnarè j Dict. d'iiistoirjg naturelle. — Duhamel, Traité des pêches, secQaç|^ partie , sect. q , p. 280. ^ : (2) La raie bouclée. En allemania , steinroche ^ nagelroche. En hollandais, roch. En danois , ro^/te, rokkel. En suédois , rocket. En norvégien, sbmrokhê\ somskatte. En islandais, tiiidd-bukia. En italien» j| perosa , petrosa. ErU espagnol , pesicado, A Marseill^tj çlauellado^ et dans quelques endroits , roi^ssée., Iq^^o Raja aculeata dentibus tuberculosis , carâilagi?^é transpersâ ab dominait . . . raja clavata. Brunnich , Ichth. niàssil. p. 5. Raja minima , clavata, caudâ longissimâyjhl^ê^ hirete Marcgràvii,- raie bouclée. Barrère , France éqm*« uoxiale, p. 178. Squjsivj, Jlfj'iJp Q 3 S46 HISTOIRE bouclée et la bâtis. Elle ressemble à la bâtis par ses habitudes , excepté le tems de sa ponte, qui paroît plus retardée et exiger une saison plus chaude; elle est aussi à beaucoup d'égards conformée de même; La couleur de la partie supérieure de son Gorps est ordinairement d'un brunâtre semé de bacbes blanches, mais quelquefois blancho avec des taches noires. La tête est un peu alongée, et le museau pointu; les dents sont petites, plates, en losange , disposées sur plusieurs rangs , et irès-serrées les unes contre les autres. La queue, plus longue que le^vCiOlrps, et un peu aplatie par dessous, préseM©^ auprès àe son extrémité la plus riienûe, deux pe- tites nageoires dorsales , et une véritable nageoire ca.udale qui la termine. < ^Chaque nageoire ventrale , organisée comme celles de la bâtis, offre également ^eiix portions plus larges l'une que Tautre , et qui paroissent i^eprésenter, Fune une na- geoire ventrale proprement dite, et Tàutre îihè nageoire de l'anus. Mais ce n'est qu'une fausse apparence ; et ces deux portions , dont la plus large a communément trois rayons cartilagineux, et Tautre si^^ , ne forment qu'une seule nageoire. DES RAIES. 547: Prçsque toute la surface de la raie bou- clée est hérissée d'aiguillons. Le nombre de ces piquans varie cependant suivant le sexe et les parages fréquentés par Tanimal ; il paroît aussi augmenter avec Tâge. Mais voici quelle est en géjiéral la disposition de^ ces pointes sur une raie bouclée qui a atteint un degré assez avancé de développement. Un rang d'aiguillons grands, forts et re-, courbés, attachés à des cartilages un peu lenticulaires , durs , et cachés en grande partie sous la peau qui les retient et affermit les piquans, règne sur le dos, et s'étend jus- qu'au bout de la queue. L'on voit deux piquans semblables au dessus et au dessous du bout du museau. Deux autres sont placée au devant des yeux , et trois deriière ces organes; quatre autres très-grands sont si- tués sur le dos, de manière à y repr^ésenter Jes quatre coins d'un cavré , et une rangée d'aiguillons moins forts garnit longitudinale^ ment chaque côté de la queue. Ce sont toutes ces pointes plus ou moins longues, dures et recourbées que Ton a comparées à des clous, à des crochets. Mais , indépendamment de ces grands piquans , je dessiis.du corps, de la tête et des nageoires pectorales présente des aiguillons plus petits, de longueurs incr Q 4 248 HISTOIRE gales, et qui, lorsqu'ils tombent , laissent à leur place une tache blanche comme les piqiians grands et crochus. Et enfin on voit, sur la partie inférieure de la raie bouclée , quelques autres pointes encore plus petites et plus clair-semées. Cette tache blanche qui marque l'endroit que les aiguillons séparés du corps avoient ombragé, recouvert, et privé de l'influence de la lumière, cette place décolorée n'est- elle pas une preuve de ce que nous avons exposé sur les causes des différentes couleurs que les poissons présentent , et des dispo- sitions que ces nuances affectent (i) ? Le foie de la raie bouclée est divisé en trois lobes, dont celui du milieu est le moins grand , et les deux latéraux sont très-longs : il est très- volumineux ; il fournit une grande (quantité d'huile que les pêcheurs de Nor- vège recueillent particulièrement avec beau- coup de soin. La vésicule du fiel, rougeâtre, alongée et triangulaire , est entre le lobe du milieu du foie et l'estomac. Ce dernier viscère est assez grand, alongé, -» ' — - (i) Discours sur îa nature des poissons, et plusieurs outres articles de cette histoire. D E s R A I E s. 24() et situé du côté gauche de l'abdoraen. Il se rétrécit et se recourbe un peu vers le pylore , qui est très - étroit , et n'est garni d'aucune appendice. Au delà du pylore le canal infestinal s'élargit , et parvient à l'anus sans beaucoup de sinuosités. Mais pourquoi nous étendre davantage sur un poisson que l'on a si souvent entre les mains , que l'on peut si aisément con- noître, et qui a tant de rapports avec la bâtis , dont nous avons examiné très-en détail et la forme et la manière de vivre (i)? (i) L'on trouve, dans la dernière édition de» Synonymes des poissons , par Artedi , une description. très - exacte de la raie bouclée. J'en donne ici la traduction avec d'autant plus de raison que cet ouvrage d' Artedi est fort rare en France. La tête et tout le corps de la raie boucla sont extrêmement aplatis ou sont plats de part çt d'autre. Le corps , à l'exception de la queue , est presque de forme carrée; la queue est longue, déliée, mais cependant aplatie de part et d'autre. Le ventre , ou la partie inférieure , est entière- ment plat ; le dos , aussi aplati, oiTre cependant sur le milieu une légère convexité. Les yeux , placés à la partie supérieure du corps et assez éloignés du museau , sont un peu saillans et couverts par le haut d'une peau simple et nue* 95q histoire Qu'il nous suffise donc d'ajouter que l'on Ta prunelle et l'iris ne se dirigent point en haut,, mais vers les côtés ou horisontalement. La prunelle est d'un noir verdâti-e , l'iris d'un blanc argenté. A la partie supérieure Je la pupille est un oper-» cule élégamment frangé sur ses bords , qui cède à la pression du dofgt en se retirant et s*étenclant jus- qu'à couvrir le crystallin; il est sphérique, trans- parent et un peu dur avant que le poisson ne soit cuit. De part et d'autre est un trou un peu oblong, placé presque transversalement à la partie posté- rieure des yeux, et dont le bord antérieur est légè- rement strié , et , comme une espèce de valvule , recouvre presque entièrement l'ouverture qui , à sa J)artie postérieure, est intérieurement nue et unie. Ces trous ont intérieurement un double conduit -, car 1** ils vont s'ouvrir en ligne droite par un grand trou en devant de la bouche; et 2° par leur partie pos- térieure ils répondent aux ouïes et communiquent à leurs ouvertures internes. Leur usage est donc de Tespirer et de rejeter l'eau ; et ils concourent aux mouvemens des ouïes et à la circulation du sang. Les narines grandes , placées en dessous et situées un peu en avant de la bouche, n'ont qu'une seule, mais large ouverture ; elles communiquent par leur partie inférieure à la bouche même, et elles sont à demi- recouvertes pnr la membrane; mais elles sont libres antérieurement , et à leur coté extérieur se présente une petite valvule. Leur conduit intérieur est d'une grande capacité , oblong et arrondi ; une membrane D E s R A I E s. 25i pêche les raies bouclées comme les autres rayée on percée de lignes transversales , à travers lesquelles passe une humeur muqueuse , en forme le fond. La bouche est en dessous et tranversale , assez grandç et à une égale distance des yeux et du museau» Chaque mâchoire est garnie de tubercules granuleux, rhomboïdauK et .ferrés; le palais est uni; la langue est courte , mais très-large et très-mince. Sous la mâcljoire supérieure ou antérieure sont intérieurement deux espèces de valvules , dont les parties recourbées en dedans ou se rapprochant du palais sont Mbfes?" "' Les ouvertures des ouïes sont , de part et d'autre , an nombre de cinq ; elles sont petites , placées sur les côtés de la poitrine , et sur une lip^nc presque droite , an dessous, mais loin de la bouche; elles touchent par leur extrémité au diaphragme ; extérieurement elles ne sont point rondes , mais transversales relativement à la longueur du ^orps. ^ Le dos ou la pai*tie supérieure est toute brune ou d'un brun pâle' et varié par des taches nom- breuses , rondes et blanchâtres; quelquefois cette partie est blanchâtre , tachetée de noir et enduite de viscosité ; le ventre est entièrement blanc. Le dos ou toufe la partie supérieure est entière- ment hérissée d'innombrables piqnans , petits et 'dirigés en arrière. La partie inférieure est , pour Tordinaire , lisse et unie. Chacun des côtés «e termine par une grande na- aSs HISTOIRE raies, avec des cordes flottantes, des folles J des demi-folles, et des seines. geoire qui tient lieu des nageoires pectorales rela- tivement aux autres poissons. L'extrémité de ces Bageoires se termine en angle un peu pointu. Leurs rayons cartilagineux se distinguent très - facilement dans le poisson frais, mais sur - tout dans celui qui est dépouillé j, ils sont formés de nœuds élégamment disposés. ' La^ nageoire du ventre est unique de chaque côté ; elle s'étend horisontalement depuis l'anus ou le com- mencement de la queue, de la même manière que 3es nageoires pectorales. La formCp.de ces nageoires est singulière ; car , à leur partie supérieure, ou voisine des nageoires latérales , elles se terminent en une grande apophyse intérieurement remplie dç rayons cartilagineux; mais, à leur partie inférieure, c'est - à - dire , au commencement de la queue , il y a deux petites apophyses molles et dépourvues de cartilages. La partie intérieure de ces nageoires se joint à la naissance de la queue p^r une membrane mince. 11 n'y a point de nageoire anale. lia queue est un peu plus longue que le corps entier; elle est déliée, mais non cylindrique; elle est très-peu arrondie en dessus et presque plate en dessous. A l'extrémité de la queue , en dessus , sont deux petites nageoires au milieu desquelles sortent sou» yent deux petits aiguillons, II. y a deux piquans tant en dessus qu'en dessous^ à l'extrémité du museau \ cependant ces piquans D É s R A I E s. 255 Lorsque la bouclée a été prise , On la conserve pendant quelques jours, ainsi que manquent , pour l'ordinaire , aux femelles et aux poissons jeunes. Les piquans crochus sont disposes ainsi qu'il suit : !l^ une rangée de trente s'étend en ligne droite, depuis le commencement , et quelquefois depuis le milieu du dos jusques vers l'extrémité de la queue; zt^ il y en a deux devant les yeux et le plus souvent trois derrière ; 5^ souvent quatre grands piquans sont sur la partie antérieure du dos, arrangés en carré j mais quelqusfois il n'y en a que deux postérieurs, sur-tout dans les jeunes poissons ; 4° ^^^ ligne unique de petites pointes , plus apparentes sur les grandes raies , se remarque sur chaque côté de la queue j 5^ le museau en dessous , au milieu et sur les côtés, est hérissé de très-petites pointes qui peuvent être comparées aux épines du rosier. Le ventre est comme divisé en deux parties oa demi-cercles; la supérieure est la poitrine, l'inférieure est l'abdomen. Dans quelques poissons de cette espèce l'arc de ces demi-cercles est marqué par de petites pointes; un cartilage dur , transversal et qui s'aperçoit dis- tinctement de l'extérieur , les distingue et forme la séparation de la poitrine et du ventre. L'anus est placé longitudinalement entre les na- geoires du ventre , un peu au dessus de l'origine de ïa queue ; il est à peu près ovale. Deux petits trous se remarquent à la partie infé- rieure de l'anus ; ils ont sûrement un conduit commun itSi HISTOIRE presqiïe tons les poissons du même genre i afin que sa chair acquière de la délicatesse ^ et perde toute odeur de marécage ou de avec les vésicules Reminales dans les mâles et avec les ovaires dans les femfeUes. Il y a cinq branchies de chaque côlé , dont le» ouvertures extérieures communiquent intérieure-r ment avec de beaucoup plus grandes , oblongues et transversales. La partie intérieure de ces ouïes est couverte de chaque colé de très-petites pointes; la partie convexe dans les quatre branchies inférieures est composée d'une double ran^^éc do feuillets 5 la supérieure , c'est-à-dire, la plus rapprochée des yeux, n'a qu'un simple feuillet. Le cœur est aplati , peu grand , placé au bas de la poitrine, dans une cavité particulière et séparée de la gorge. 11 y a un diaphragme épais cntie la poitrine et l'abdomen. Le foie , placé au haut de l'abdomen , est grand j divisé en trois lobes, dont celui du milieu est le plus piJit, et les deux latéraux fort longs. La rate est rougeâtre , oblongue et triangulaire j placée sous le lobe du milieu du foie et attachée au veiitricule. Le ventricule est oblong et a une assez grande capacité ; il est au coté gauche de l'abdomen -, sa partie inférieure , au dessus Wu pylore , est étroite et se replie vers le haut. Le pylore est. étroit et n'a aucune appendice. L'intestin est plus ample sous le pylore j il va presque droit jusqu'à l'anus. Il y a D E s R A I E s. 255 iiiarihe. Sur plusieurs côlès , on recherche beaucoup de jeùtieîs et très -petites raieSi bouclées que l'on nomine rayons , raietons , Tatillons y et dans quelques ports , papillons ; dénoniinalions dont ou se seil aussi quel- quefois poui' désiguei* des morceaux détaches de grandes raies desséchées j et préparées pour de longs voyages (i). une appendice oblonguc, étroite et sans ouverture- Les reins oblongs , d'un rouge obscur , sont placés an bas de l'abdomen de chaque côté de l'épine dorsale. Deux viscères blancs , oblongs , aplatis , placés dô chaque côté de l'épine du dos, sont ou les ovaires, ou les vésicules séminales. Le bas de l'épine du dos el le cartilage intérieur de la queue sont divisés en petites vertèbres. La moelle épinière passe par la partie supérieure de l'épine du dos. Le crâne est oblong et formé d'un cartilage unique ou continu. S o n k i n i. (i) Les raies bouclées sont fort communes dans les mers du Nord; c'est au mois de juin et de juillet qu'on les prend en plus grande quantité, parce qu'alors elles s'approchent des rivages pour y déposer leurs petits au milieu des herbes marines. Les habitans de la Norvège ne pèchent ces poissons que pour tirer du foie l'huile dont ils se servent ; ils font sécher la chair et la vendent aux étrangers pour l'approvi' sionnement des vaisseaux. £n Islande on man^'e les raies bouclées à demi-corrompues. Barrère a indiqué mal à propos le Jahebirète du r 256 HISTOIRE Brésil , comme étant de la même espèce que la raie bouclée. ( Hist. nat. de la France équinox. p. 178.) Dans les descriptions que Marcgrave a faite du }abe- birète , il ne fait aucune mention des piquans dont la raie bouclée est couverte et qui forme son attribut le plus saillant. ( Voyez Marcgrave, Hist. nat. bras, lib. 4, p. X75.) S N N I I« I» LA r) E s R A I E s. 257 LA RAIE THOUIN, PAR LACÉPÈDE. VINGT-UNIÈME ESPECE. Oette belle espèce de raie, très-remar- quable par sa forme , ainsi que par la dispo- sition de ses couleurs , et dont la description n'a encore été publiée par aucun naturaliste, est un des innombrables trophées de la va- leur des armées françaises. L'individu que nous avons fait graver fait partie de la cé- lèbre collection d'objets d'histoire naturelle conservée pendant long - tems à la Haye , cédée à la France par la nation hollandaise son alliée , après que la victoire a eu fait flotter le drapeau tricolor jusques sur les bords du Zuyderzée, et qui décore main- tenant les galeries du muséum d'histoire na- turelle de Paris. Ces précieux objets ayant été recueillis en Hollande et transportés en France par les soins de deux de mes col- lègues, les professeurs Thouin et Faujas Saint-Fond, que le gouvernement français avoit envoyés au milieu de nos légions con- quérantes pour accroître le domaine des Poiss. Tome III, R 25§ HISTOIRE sciences naturelles, pendant que nos braves soldats ajouloient à notre territoire , j'ai cru devoir chercher à perpétuer les témoignages de reconnoissance qu'ils ont reçus des na- turalistes, en donnant leurs noms à deux des espèces de poissons dont on va leur devoir la connoissance et la publication (i). J'ai distingué en conséquence par le nom de faujas une des lophies dont nous allons donner lliistoire/et par celui de thouin la raie dont nous nous occupons dans cet article. La raie thouin a les dents aplaties , et disposées sur plusieurs rangs, comme celles de toutes les raies comprises dans le troi- sième et dans le quatrième sous-genre. Son museau , beaucoup plus transparent que celui de la plupart des autres raies, est terminé par une prolongation souple assez étendue , et plus longue que l'intervalle qui sépare les deux yeux. Le dessus du corps et des nageoires pec- torales est d'une couleur noire ou très-foncée; mais le museau est d'un blanc de neige très- éclatant , excepté à son extrémité , où il est (i) Voyez l'article relatif à la nomenclature des poissons* D E s R A I E s. 259 brun 5 et dans le milieu de sa longueur , où il présente la même couleur obscure. Cette laie longitudinale brune s'étend sur le devant de la tête , qui, dans tout le resta de sa partie antérieure, est d'un blanc très- pur j et elle s'y réunit à la couleur très- foncée de l'entre-deux des yeux, de la partie postérieure de la tête, et du dessus du corps. Tout le dessous de l'animal est d'un beau blanc. Les yeux sont recouverts presque à demi par une prolongation de la peau de la tête, comme ceux de la bâtis, et derrière ces organes on voit de très-grands évents. L'ouverture des narines , située oblique- ment au dessous du museau et au devant de la bouche , présente la forme d'un ovale irrégulier et très-alongé , et est assez grande pour que son diamètre le plus long soit égal à plus dft la moitié de celui de la bouche. Cette ouverture aboutit à un organe com- posé de membranes plissées et frangées, dont nous avons fait graver la figure, et dont le nombre et les surfaces sont assez considérables pour le rendre très-délicat. Et comme, d'un autre côté , nous venons de voir que le museau , ce principal organe du R 2 26o HISTOIRE toucher des raies , est très-prolongé , très- mobile , et par conséquent très-sensible dans la raie thouin , nous devons présumer que ce dernier poisson jouit d'un toucher et d'un odorat plus actifs que ceux de la plupart des autres raies, et doit avoir par conséquent un sentiment plus exquis et un instinct plus étendu. La queue est à peu près de la longueur de la tête et du corps pris ensemble; mais, au lieu d'être très - déliée comme celle de presque toutes les raies, elle présente à son origine une largeur égale à celle de la partie postérieure du corps à laquelle elle s^ittache. Son diamètre va ensuite en diminuant par dégrés insensibles jusqu'à Textrémité , qui s'insère, pour ainsi dire, dans une nageoire. Celte dernière partie termine le bout de la queue, et le garnit par dessus et par dessous, mais en ne composant qu'un seul lobe et en formant un triangle dont le sommet est dans le bas. Indépendamment de cette nageoire cau- dale, on en voit deux dorsales, à peu près de la même grandeur, un peu triangulaires et échancrées dans celle de leurs faces qui est opposée à la télé. La première de ces deux nageoires dorsales est placée beaucoup DES RAIES. 2G1 plus près du corps que sur presque toutes les autres raies ; on la voit à peu près au tiers de la longueur de la queue, à compter de Tanus , et la seconde nageoire est située vers les deux tiers de cette même longueur. Le dessus de la tète et de la prolongatibn du museau est garni d'un très-grand nombre de petits aiguillons tournés vers la queue , et beaucoup plus sensibles sur les portions colorées en brun que sur celles qui le sont en blanc. D'ailleurs , le dessus et le dessous du corps et de la queue sont revêtus de petits tubercules plus rapprochés et moins saillans sur la partie inférieure de la queue et du corps. De plus, l'on voit une rangée de tubercules plus gros , et terminés par un aiguillon tourné vers la queue , s'étendre depuis les évents jusques à la seconde na- geoire dorsale , et l'on aperçoit encore autour des yeux quelques-uns de ces derniers tuber- cules. Les nageoires pectorales sont un peu si- nueuses , et arrondies dans leur contour ; et les ventrales , à peu près de la même largeur dans toute leur étendue, ne peuvent pas être considérées comme séparées en portion ventrale et en portion anale. Les nageoires latérales sont beaucoup plus difïî- R 5 'a6a HISTOIRE ciles à confondre que dans presque toutes les autres raies , avec le corps proprement dit , qui , d'un autre côté , beaucoup moins distingué de la queue , donne à la tliouin un caractère que nous n'avons retrouvé que dans la rhinobate , où on le verra repa- roître d'une manière encore plus marquée. Mais 5 malgré cette conformation, Tensemble de l'animal est très-plat, et beaucoup plus déprimé que celui de la rliinobate. D E s R A I E s. 263 LA RAIE BOHKAT (i)(2), PAR L A C É P É D E. VINGT-DEUXIÈME ESPECE. C^ E T T E raie , que Foi skœl a vue dans la mer Rouge , et qu'il a le premier fait con- noître, a, comme la raie thouin, ia queue garnie de trois nageoires : une , divisée eu deux lobes , placée à Textrémité de cette partie , et par conséquent véritablement caudale ; et les autres deux dorsales. De même que sur la ihouin , ces deux nageoires dorsales sont beaucoup plus avancées vers; la tête que sur un très-grand nombre de raies ; elles en sont même plus rapprochées (i) Raja pinnâ caudœ hilobâ , aculeorum ordine dorsi initio triplici , dein simpllci , pinnâ dorsi prima suprà pinnas uentralis. Forskoel , Faun. arab. p. i8, n^ 17. Raja djiddensis. Lin. édit. de Gmel. Raie hohhat. Bonat. pi. de l'Ericycl. mélhod. " (2) C'est à Lolieia que celte raie porle le nom de hohhat; les arabes lui donnent généralement celui de rget et quelquefois encore celui dUm'ah. Raja djiddensis. Arledi, Gen. pisc. geu. 4^^ sp. 16, additam. S o jf n i n i. R 4 264 HISTOIRE que dans la raie thouin, puisque la première de ces deux nageoires est située au dessus des nageoires ventrales , et par conséquent de l'anus, et quelquefois prend sou origine encore plus près des yeux ou des évents. Un des individus observés par Forskœl avoit plus de deux mètres de longueur. La cou- leur de sa partie supérieure étoit d'un cendré pâle 5 parsemé de taches ovales et blan- châtres ; et celle de sa partie inférieure d'un blanchâtre plus ou moins clair, avec quel- ques raies inégales brunes et blanches auprès de l'anus. Le dos s'élevoit un peu au devant de la première nageoire dorsale ; les na- geoires pectorales , triangulaires , et termi- nées dans leur bord extérieur par un angle obtus 5 étoit quatre fois plus grandes que les ventrales. On apercevoit un rang de piquans autour des yeux , trois rangées d'ai- guillons sur la partie antérieuie du dos, et une rangée de ces pointes s'étendoit d^une nageoire dorsale à l'autre. La raie bohkat est, selon Forskœl, très- bonne à manger (i). ■ .... I . . I II ■ I ■ i . I ■ (i) Forskœl a vu à Lolieiaet àDsjiilda des individu? dç ceUe espèce qui avoit deux aunes de long ; mais ce voyageur danois entend Taune de sou pays plus petiU DES RAIES'. 265 que la nôtre. Les pécheurs et vers la tête, comme sur la bohkat, mais qu'elle est implantée sur le dos , vers le DES RAIES. 267 milieu des nageoires pectorales , et plus près des évents que de Torigine de la queue. Cette place de la première nageoire dorsale est un nouveau lien entre la raie cuvier , et par conséquent tout le génie des raies , et celui des squales, dont plusieurs espèces ont la première nageoire dorsale très-proche de la tête. Le museau de la raie que nous décrivons est pointu,' les nageoires pectorales sont très- grandes et anguleuses ; les^Hageoires ven- trales se divisent chacune en deux portions , dont Tune représente une nageoire ventrale proprement dite , et l'autre une nageoire de Fanus. Les appendices qui caractérisent le mâle sont très-courtes, et d'un très-petit diamètre. La queue , très-mobile , déliée , et à peu près de la longueur de la tète et du corps pris ensemble , est garnie à son extrémité d'une petite nageoire caudale , et présente de plus , sur la partie supérieure de cette même extrémité , deux petites na- geoires contiguës Tune à l'autre , ou pour mieux dire , une seconde nageoire dorsale , divisée en deux lobes , et qui touche la caudale. On ne voit aucun piquant autour des yeux; mais une rangée d'aiguillons s'étend 268 HISTOIRE depuis la première nageoire dorsale jusqu'à Forigine de la queue, qui est armée de trois rangées longitudinales de pointes aiguës. Au reste la partie supérieure de Fanimal est parsemée d'une grande quantité de taches foncées et irrégulières. La nageoire dorsale , qui se fait remarquer sur cette raie, est un peu ovale, plus longue que large , et un peu plus étroite à sa base que vers le milieu de sa longueur, à cause de la divergence des rayons dont elle est composée. Sa place , beaucoup plus rapprochée des évents que ceJle des premières nageoires dorsales de la plupart des raies, avoit donné quelques soupçons au citoyen Cuvier sur la nature de cette nageoire : il avoit craint qu'elle ne fût le produit de quelque super- cherie , et n'eût été mise artificiellement sur le dos de l'individu qu'il décrivoit. « Cepen- dant un examen attentif, m'a écrit dans le tems cet habile observateur ( i ) , ne me montra rien d'artificiel; et le possesseur de de cette raie , homme de bonne foi , m'assura (i) Lettre du citoyen Cuvier au citoyen Lacé^- pède, datée de Ficjuainvilîe près de Vallcmoiit , dé- partciueiit de la Seiae inférieure , le 9 mars iv^j?. D E s R A I E s 269 avoir préparé cet animal tel qu'on le lui avoit apporté du marché». Mais , quand même il faudroit retrancher de la raie cuvier cette première nageoire dorsale, elle seroit encore une espèce dis- tincte de toutes celles que nous connoissons. En effet la raie avec laquelle elle paroît avoir plus de ressemblance est la ronce ; elle en diffère néanmoins par plusieurs traits et par- ticulièrement par les trois caractères suivans : Premièrement elle n'a point , comme la ronce, de gros piquans auprès des narines, autour des yeux, sur les côtés du dos, sur la partie inférieure du corps , ni de petits aiguillons sur ses nageoires pectorales et sur tout le reste de sa surface. Secondement , les appendices qui dis- tinguent les mâles sont très-petites, tandis que les appendices des raies ronces mâles sont très-longues et très-grosses , sur - tout vers leur extrémité. Et troisièmement , la raie ronce et la raie cuvier n'appartiennent pas au même sous- genre , puisque la ronce a les dents pointues et aiguës, et que la cuvier les a arrondies comme la pastenaque et la raie bouclée, sui- vant les expressions employées par mon con- frère dans la lettre qu'il m'a adressée dès 1 792, 270 HISTOIRE LA RAIE RHINOBATE (i)(2), PAR LACÉPÉDE. V I N G T - Q U A T R I È M E ESPECE. V^ETTE raie se rapproclie de la cuvier et de la bohkat par la posilioii de sa première (i) Raie rhinobate. Dyàubent. Encycl. rnélhod. Kaja rhinobatos. Ein. édil. de Gmel. Raie rhinobate. Botiat. pldiiclies de l'Encycîop. Jljélliodiqnp. Raja obloiiga , unico aculeorum ordine in dorso. Mus. Ad. Fr. 2 , p. 24- — Artedi , gen. lo , syn. 99. Raja dorso diptery gio , aculeorum ordine solitario , caudâ latâ pinnatâ inermi , rostro trigono productiore. Gronov. Zoophyt. i56. — Bel. Fisc. 78. Squats raja , seu rhinobatos. Gesn. Fisc. 903. Rhinobato , seu squatina raja. Salvian. Fisc. i53. — Willnghby, 79. — Ray, Fisc. 28. (2) En grec, rinobatos , et en latin, squatroraia. Ces deux noms dérivent de l'opinion où étoient les ancien» an sujet de cette raie • c'étoit, suivant eux, un animal métis issu du mélange de la raie , en grec, bafos , et du squale ange, en grec, rifios , et en latin , squatina. Ces deux carlilugineux étoient les seuls entre les poissons d'espèces différentes qui produisissent ensemble; et pour que le nom de rhinobate fût mieux appliqué et la fable mieux fondée , l'on avoit cru remarquer que ce DES RAIES. «71 nageoire dorsale ; elle a de grandes ressem- blances avec la thouin par cette niêiiie position, et par plusieurs autres particula- rités de sa conformation extérieure; et comme elle est le plus alongé de tous les poissons de son genre, elle se réunit de plus près que les autres raies, avec les squales, et sur-tout avec le squale ange, qui, de son côté, présente plus de rapports que les autres squales avec la famille des raies. Les nageoii-es pectorales de la rliinobate sont moins étendues, à proportion du vo- lume total de l'animal, que celles des autres espèces de son genre. Cette conformation la lie encore avec Fange ; et , en tout , C3 squale et cette raie offrent assez de partiel semblables pour que Ton ait cru, dès le tems d'Aristote, que l'ange s'accouploit avec les raies, que cette union étoit féconde, et que le produit de ce mélange étoit un ani- mal moitié raie et moitié squale, auquel ou poisson étoit raie par les parties antérieures , et squale an^e par les parties poslérieures. ( Voyez Arist. Hist. anim. lib. 6 , c. 1 1 j Pline, Hist. nat. lib. 9 , c. 5i , eic.) A Gènes et à Venise la rhinobale s'appelle squa- trolin. Belon s'étonne avec raison que cette raie n'ait point de nom en français, quoiqu'elle ne soit pas raie dans nos mers* k>uifMiiii, 272 HISTOIRE avoit en conséquence donné le nom com- posé de rhino-batos (i). Pline a partagé cette opinion (2) : elle a été adoptée par plusieurs auteurs bien postérieurs à Pline; et elle a servi à faire donner ou conserver à la rhinobate la dénomination de squatina- raja , le squale ange ayant été appelé sçua- tine par plusieurs naturalistes, La rhinobate est cependant une espèce existante par elle-même, et qui peut se renouveler sans altération , ainsi que toutes les autres espèces d'animaux que Ton n^a pas imaginé de regarder comme métives. Elle est véritablement une raie; car son corps est plat par dessous ; et , ce qui forme ^e véritable caractère distinctif par lequel les raies sont séparées des squales, les ouver- tures de ses branchies ne sont pas placées sur les côtés, mais sur la partie inférieure du corps. Son museau est très-alongé et très-étroit; le bord de ses évents présente quelquefois deux espèces de petites dents,* elle a deux nageoires dorsales un peu conformées comme le fer d'une faux, et placées à peu près (1) Batos, en i^rec, veut dire raie, (2) Hist. nat. liv. 9, chap. 5i. comm© DES RAIES. 275 comme celles de la bolikat. La première de ces deux nageoires est en effet située au dessus des nageoires ventrales, et la seconde un peu plus près de rextréniité de la queue que de la première. Une troisième nageoire, une véritable nageoire caudale, garnit le bout de la queue; et cette dernière partie, de la même grosseur à son origine que la partie postérieure du corps , ne diminue de diamètre jusqu'à son extrémité que par des dégrés insensibles. La surface de l'animal est revêtue d'une grande quantité de tuber- cules ; et une rangée d'autres tubercules forts et aigus, ou, pour mieux dire, de pointes, part de l'entre-deux des yeux, et s'étend jusqu'à la seconde nageoire dorsale. La partie supérieure de l'animal est d'une couleur obscure , et le dessous d'un blanc rougeâtre. Telle est la véritable rhinobate, l'espèce que nous avons fait dessiner et graver d'après un individu de plus d'un mètre (un peu plus de trois pieds) de longueur, con- servé dans le muséum national d'histoire naturelle. La courte description que nous Venons d'en faire, d'après ce même indi- vidu , suffiroit pour que personne ne la confondit avec la raie thouin : cependant , roi^s. Tome II L S 274 H I S T O I R E afin d'éviter toute erreur, mettons en oppo- sition quelques principaux caractères de ces deux poissons cartilagineux; on n'en con- noîtia que mieux ces deux espèces remar- quables de la famille des raies. Premièrement, la couleur du dessus du museau et du reste de la tête de la rhino- bale ne présente qu\ine seule teinte : le museau et le devant de la tête de la tliouin offrent une nuance très-foncée et un blanc très-éclatant 5 distribués avec beaucoup de régularité , et contrastant d'une manière frappante. Secondement , l'angle que présente l'ex- trémité du museau est beaucoup plus aigu dans la rhinobate que dans la tliouin , et la base de l'espèce de triangle que forme ce museau est par conséquent beaucoup moins étendue. Troisièmement, la surface supérieure de cette même partie et du devant de la têle n'est point hérissée de petits aiguillons sur la rhinobate, comme sur la lîiouin. Quatrièmement , la forme des pointes qui régnent le long du dos de la laie que nous décrivons dans cet aiticle, est souvent dif- férente de celle des piquaus dont le dos de la thouin est armé. D E s R A I E s. 275 Cinquièmement , le dessus du corps de la iliinobate est moins aplati ^que celui de la thouin. Sixièmement , le corps de la rliinobate ne commence à diminuer de diamètre que vers les nageoires ventrales : celui de la thouin montre cette diminution vers le mi- lieu des nageoires pectorales. Septièmement , les nageoires pectorales de la rliinobate ne présentent pas le même contour, et sont moins rapprochées des ventrales que celles de la thouin. Huitièmement, une membrane quelque- fois frangée , quelquefois sans découpure , s'étend longitudinalement de chaque côté de la rliinobate, et marque, pour ainsi dire, la séparation de la partie supérieure de Fanimal d'avec l'inférieure : on ne voit rien de semblable sur la raie à laquelle nous la comparons. Neuvièmement , la première nageoire dorsale de la rliinobate est située beaucoup plus près des é vents que celle de la raie thouin. Et dixièmement enfin , la nageoire de la queue de la rhinobate , au lieu d'être peu échancrée comme celle de la thouin , est divisée en deux lobes très-marqnés , dont S 3 27^ H I s T O I R E Je supérieur est beaucoup plus grand que l'inférieur. Ces deux raies sont donc éloignées Tune de l'autre par dix caractères distinctifs : et comment confondre ensemble deux espèces que tant de dissemblances séparent? Des variétés plus ou moins constantes de la rliinobate ou de la thouin pourront bien se placer, pour ainsi dire, entre ces deux ani- maux, et, par quelques altérations dans la conformation que nous venons d'exposer , servir en apparence de points de communi- cation, et même les rapprocher un peu : mais de trop grands intervalles resteront toujours entre ces deux espèces pour qu'on puisse les identifier. La rhinobate, ayant le museau plus délié, et par conséquent plus mobile que la thouin, doit avoir le toucher pour le moins aussi exquis, et la sensibilité aussi vive que cette dernière (i). Au reste , c'est à l'espèce de la rhinobate que nous rapportons , avec le professeur Gmelin (2), la raie halavi (3), décrite par (1) La rhino1>ale est commune dans la mer de Naples et dans le golfe Adriatique. So^KlNI. (2) Lin. édit. de Gmelin. D E s R A I E s. 277 Forskœl dans sa Faune d'Arabie , et qui ne présente aucun trait d'après lequel on doive l'en séparer (4). (3) Raja halavl. Forskœl , F'aun. arab. p. 19, n" 18. Raie halavi. Bonat. p]. de rEncyc}. rnéthod. (4) Artedi ( Gen. pisc.gen.45, sp. 17, additam. ) rapproche riialavi de la bolikat. Forskœl lui-mcme, tout en convenant que celle raie a beaucoup de res- semblance avec la rhinobale de Lintiaeus , ne reconnoît pas l'identité de ces deux animaux , et finit par compa- rer plus particulièrement sa raie halavi avec la raie bobkat. Quoi qu'il en soit, afin que Ton puisse en faire avec plus d'exactitude la comparaison exacte, je place ici la description de l'ijalavi , que Forskœl a laite à Dsjidda , sur les bords arabiques de la mer Rouge : Prœcedentl djiddensi adeo similis , ut sequentihus oignis ah illa dividenda sit : congruit figura corporis , capitis , oculorum , narium, oris , foraminum ocula- rium et branchialium atque colore sub corpore, Diffe^ rentia est : a ) color supernè cinereus , fiavescens : pinnœ pallidi-flavœ : h ) margo jjrominens , evidens , integerrimus , incipiens eadem regione cum pinnâ dorso prima : c) corpus superius scabrum tuberculis ^ qui versus médium dorsum elatiores atque ad interiorem oculorum marginem , ubi aculeorum fere sistunt for- mam : d ) Aculei dorsali série fer è unica eunt y inci' piente post oculos , desinente antè pinnam dorsalem pri- mam; post illam aculei non, sed tubercula majora. Ab initio fiujus seriei utrinque extat callus lateralis ^elatus^ S 3 . 278 HISTOIRE aculeis allquot armatus : e ) Pinnœ pect. non trian- gulares , sed exths rotundœ , semicordatœ , et simul ciLin capite figurant cordotam ferentes : i) P. venir, incipiunt antè apicem posticum pectoralium , serni- cvatœ ; lateri-interiori ( in noatra et unica quant vidl ) in singula pinna venir, juncius erat appendix linea- ris , compressus , suhcartilagineus , a pinnœ apice liber : supernè sulco longitudinali ad latus exterius : juxta apicem utroque latere perforafus : pinna sesqui- longior* Relatum mihi est hos appendices in femellis non adesse , sed genitalia marium esse ; quod mirum mihi vidttur f ignare hujus struciurœ in aliis rajis : g ) P. dorsalis prima post apicem appendicum sita in ^ parte corporis , triangularis ,pone vix excisa, nequa^ quant hiloha : h ) P. d. secunda loco média inter priorem et caudam ; paulo major dorso anteriore ; ejusdem vero figurœ * i ) P» caudœ illam ambit y tamen non nisi ovata , obliqua margine pone , non hilobo. Faun. aegypt. arab. pag. jg et 20. Sonnini. \ D E s R A I E s. 279 LA RAIE TUBERCULÉE (1), PAR L A C É P É D E. VINGT-CINQUIÈME ESPECE. O E T animal a les dents trés-obtuses ; il présente d'ailleurs des tubercules pointus , ou aiguillons très-forts , sup le corps et sur la queue; il doit donc être compris dans le troisième sous-genre que nous avons établi dans le genre des raies, et dont les caiactéres distinctifs consistent dans la forme obtuse des dents, et dans la présence d'aiguillons plus ou moins nombreux sur la queue ou sur le corps. Le bout du museau de ce cartilagineux est pointu. L'ensemble , formé par le corps proprement dit^ et par les nageoires pec- torales 5 présente un rhombe assez régu- lier. La queue est longue et déliée : elle est d'ailleurs armée d'un aiguillon très - long , dentelé de deux côtés , et dont les petites dents , semblables à celles d'une scie , sont de plus tournées vers la base de ce piquant. (1) Kajat tuberculata, S 4 28o HISTOIRE La luberciilée n'a aucune nageoire sur le dos ; ]e dessus de la plus grande partie de ça queue n'en montre pas non plus; cepen- dant , comme dans Tindividu que j'ai eu sous les yeux l'extrémité de cette portion de l'animal avoit été détruite par ud acci- dent, il se pourroit que l'espèce que nous décrivons eût une petite nageoire supérieure vers le bout de la queue. L'animal ne présente que dix aiguillons , indépendamment de celui qui est dentelé ; ces protubérances sont des tubercules plus ou moins pointus, assez gros, très -durs, très-blancs, et comme émaillés. Cinq de ces tubercules sont très-rapprochés , et forment sur le dos une rangée longitudinale ; \es autres sont placés sur la queue , plus près du dos que du grand aiguillon dentelé, et à des distances inégales les uns des autres. Pour peu qu'on jette les yeux sur le ta- bleau du genre des raies que nous avons publié, on verra que celle dont nous dé- crivons les formes a beaucoup de rapports , par son aiguillon dentelé et par sa queue déliée , avec la raie aigle , la pastenaque , la lymme , et que , d'un autre côté , elle se rapproche , par ses tubercules , de la raie sephen, dont j'ai découvert que la dépouille D E s R A I E s. 281 étoit apportée en France sous le nom de peau de requin , pour y servir à fabriquer le plus beau galuchat, celui qui est à grains très-gros et ti ès-aplatis (j). C'est donc entre la lynnne et la seplien qu'il faut placer la raie que nous venons de faire connoître ; et le caractère spécifique qui la sépare tant de laigle , de la pastenaque et de la lymme , que de la sephen et de toutes les raies ins- crites dans le troisième sous-genre , est le nombre des tubercules énjailîés et très- durs , dont j'ai tiré le nom que je lui ai donné. Je n'ai pu juger de la couleur de cette espèce, à cause de l'état de dessèchement dans lequel étoit l'individu que j'ai vu, et qui avoit à peu près quatre décimètres ( en- viron quinze pouces ) de longueur. Elle vit dans les mers voisines de Cayenne; et l'in- dividu que j'ai examiné m'a été envoyé par le citoyen Leblond. (i) Voyez ma note à l'article de la raie sephen, page 242 de ce volume. S o n n i k i. 282 HISTOIRE LA RAIE ÉGLANTIER (i). PARLACÉPÉDE. VINGT-SIXIÈME ESPECE. J_j E citoyen Bosc , connu depuis long-tems par la variété de ses connoissances en his- toire naturelle, par son zèle infatigable pour le progrès des sciences , et par sa manière habile et fidèle d'observer et de décrire, a eu l'attention de me faire parvenir, de l'Amérique septentrionale , des dessins et des descriptions de plusieurs poissons encore inconnus des naturalistes. Il a bien voulu me faire témoigner en même tems , par notre confrère commun, le professeur Alexandre Brongniard, le désir de voir ce travail publié dans l'Histoire des poissons. J'ai accepté avec empressement l'offre agréable et utile (i) Raja eglanteria. Raja eglanteria, — Raja dentibus ohtusis , corpore rhomheo , aculeato , aculeis minutis, caudâ hipinnatâ , spinis numerosis muricatâ. • — Habitat in mari Ame- ricam alluente, Bosc, manuscrits comm uniques. D E s R A I E s. 285 du citoyen Bosc. Je ferai donc usage des descriptions qu'il m'a envoyées, ainsi que des dessins qu'il a faits lui-même , et qui ont été gravés avec soin sous mes yeux; et la raie églantier est un de ces poissons dont le public devra la connoissance à ce savant naturaliste. Le corps de la raie églantier présente à peu près la forme d'un rhomboïde dont toutes les parties saillantes seroient émous- sées; il est parsemé d'épines très-courtes, souvent même peu sensibles, excepté sur le milieu du dos, où l'on voit une rangée longitudinale de petits aiguillons qui ont deux ou trois centimètres ( environ douze pouces ) de longueur. Les yeux sont saillans ; l'iris est blanc ; le museau obtus ; la langue courte , large , lisse ; la forme des dents plus ou moins ar- rondie ; la queue presque aussi longue que le corps , et garnie de plusieurs rangs lon- gitudinaux d'épines recourbées de diflérentes grandeurs, et dont les plus longues forment les trois rangées du milieu et des côtés. A l'extrémité de cette queue est une petite nageoire , auprès de laquelle on voit , sur la face supérieure de cette même partie de l'animal , une autre nageoire que l'on doit 284 HISTOIRE nommer dorsale, d'après tout ce que nous avons dit, quoiqu'elle ne soit pas placée sur le corps proprement dit de la raie églantier. On compte cinq rayons à chaque nageoire ventrale. La raie que nous décrivons est d'une couleur brunâtre en dessus, et' blanche eu dessous. Elle est assez commune dans la baie de Charles-Tow^n : elle y parvient à un demi- mètre (dix-huit pouces) de largeur. D'après les traits de conformation que nous venons d'exposer, on ne sera pas étonné que , sur notre tableau méthodique , nous placions la raie églantier entre la raie tuber- culée et la raie bouclée. D E s R A I E s. 285 LA RAIE FABRONIENNE (i), PAR LACÊPÊDE. VINGT-SEPTIEME ESPECE. JLJA raie mobular et la raie manatia ne sont pas les seules qui parviennent à une grandeur , pour ainsi dire, gigantesque : nous connoissons maintenant deux autres raies qui présentent aussi de très-grandes dimen- sions, et qui d'ailleurs se rapprochent de la manatia et de la mobular par plusieurs traits de leur conformation, et particulièrement par un caractère dont on ne retrouve pas d'analogue sur les autres cartilagineux du même genre. Ces deux autres raies sont la fabronieune et la banksienne. Nous allons les faire connoître successivement. Un in- dividu de la première de ces deux espèces a été pris dans la partie de la mer Médi- terranée voisine de Livourne, et on le conserve maintenant dans le muséum de Florence. Nous en devons un dessin et une (i) Rajafabroniana. Raja uacca , aux environs de Livourne. sS6 HISTOIRE courte description à l'habile naturaliste et ingénieux pli3sicien Fabroni, Tun de ceux qui dirigent ce beau muséum de Toscane, ainsi qu'un des savans envoyés à Paris par les gou vernemens étrangers po ur y travailler , avec rinstitut national, à la fixation défini- tive des nouveaux poids et mesures de la république française; et voilà pourquoi nous avons cru devoir donner à cette espèce de cartilagineux le nom de raie fabronienne , qui exprimera notre reconnoissance. L'in- dividu qui fait partie de la collection de Florence a quatre mètres ( douze pieds ) , ou environ, d'envergure, c'est-à-dire, depuis la pointe d'une nageoire pectorale jusqu'à celle de l'autre nageoire latérale. L'espace compris entre le bout du museau et l'ori- gine de la queue est à peu près de deux mètres (six pieds). L'envergure est donc plus que double de la longueur du corps proprement dit, tandis que ces deux dimen- sions sont égales dans la mobular, celle de toutes les raies avec laquelle on pourroit être le plus tenté de confondie la fabro- nienne. Chaque nageoire pecloiale est d'ail- leurs très-élroite, et la base du triangle que présente sa surface , au lieu de s'étendre depuis la tête jusqu'au commencement de D E s R A I E s. 287 la queue , ainsi que sur la mobular, ne s'étend que jusques vers le milieu de la longueur du corps. Le bord antérieur de chaque nageoire latérale est d ailleurs con- vexe, et le bord postérieur concave; ce qui est différent de ce qu'on voit dans la mo- bular , où le bord de devant et le bord de derrière de la nageoire pectoiale présentent l'un et l'autre une convexité aupiés du corps, et une concavité auprès de la poinle de la nageoire. Lorsqu'on regarde la fabronienne par dessous, on aperçoit deux nageoires ven- trales et deux portions de la nageoire de l'anus ; lorsque la mobular est également vue par dessous , les nageoires ventrales cachent une portion des nageoires pecto- rales , et on ne distingue pas de nageoire de l'anus. La queue ayant été tronquée , par un accident particulier , dans l'individu de la collection de Toscane, nous ne pouvons rien dire sur la forme de cette partie dans la raie fabronienne. Mais ce qui mérite particulièrement l'at- tention des naturalistes, c'est que le devant de la tête de la fabronienne est aarni, comme le devant de la télé de la mobular et de la iiianatia,dedeux appendices longues, étroites I. s88 HISTOIRE et mobiles, qui prennent naissance auprès des orbites des yeux , et que Ton a compa- rées à des cornes. Chacune d© ces appen- dices a quarante-cinq centimètres ( un pied quatre pouces), ou environ, de longueur, à compter de l'orbite, et par conséquent à peu près le quart de la longueur du corps €t de la tête considérés ensemble ; elle est donc beaucoup plus courte, à proportion des autres parties de Tanimal, que les appen- dices de la mobular, lesquelles ont de lon- gueur prés du tiers de celle de la tête et du corps réunis. D'après le dessin qui m'a été remis , et une note écrite sur ce même dessin , les deux appendices de la fabronienne sont deux espèces d'ailerons ou de nageoires composés de plusieurs portions cartilagineuses,réunies par des membranes ou d'autres parties molles, organisés xle manière à pouvoir se déployer comme un éventail , et servant à l'animal non seulement à tâter devant lui , mais encore à approcher sa nourriture de sa bouche. Voilà donc dans la mobular, dans la ma- îaatia et dans la fabronienne , une confor- imation particulière que nous allons retrouver dans la banksienne , mais que nous ne con- noissons D E s R A I E s. 28g tioissons dans aucune autre espèce de poisson un organe particulier du toucher , un ins- trument remarquable d'appréhension , une sorte de main propre à saisir les objets avec plus ou moins de facilité ; et cette faculté extraordinaire attribuée à ces appendices, si dignes par-là de Tobservation des physiolo- gistes, est une nouvelle preuve de l'instinct supérieur qui, tout égal d'ailleurs, nous a paru devoir appartenir aux raies qui offrent ces protubérances. Au reste , la grandeur de la raie que nous décrivons , et la ressemblance vague des cornes des ruminans avec de grandes por- tions saillantes placées sur la tête, alongées^ un peu cylindriques, et souvent contour- nées , ont fait donner à la fabronienne le nom de raie cache par plusieurs pécheur» des côtes de la Toscane. Poiss. Tome IIÎ. ^90 HISTOIRE LA RAIE BANKSIENNE (i), PAU LACÉPÉDE. VINGT -HUITIÈME ESPECE. JLj e célèbre naturaliste Fabroni ayant adressé au chevalier Banks , président de la société de Londres , vine lettre relative à la raie que nous venons de décrire, cet illustre savant lui fit parvenir, avec sa réponse, une notice et un dessin d'une autre grande raie remarquable, comme la niobular, la manatia et la fabronienne, par de longues appendices placées suj- le devant de la tète. Fabroni a bien voulu mettre à ma disposition ce dessin et cette notice ; et en m'en servant pour le complément de l'histoire des cartilagineux, je me suis empiessé de distinguer cette raie par le nom de banhslenne ^ afin de donner im témoignage public de la gratitude qu'ont inspirée à tous les amis de l'humanité les progrès que le jespectable président de la société de Londres a fait faire aux sciences (i) 1x0 ja bank&iana,. D E s R A I E s. 291 tîâtureîîes, et les marques d'estime qu'il n'a cessé de donner , dans toutes les circons- tances , à ceux de mes compatriotes qui se sont dévoués , comme lui , au perfectionne- ment des connoissances humaines. La banksienne n'a point de nageoire sur le dos, ni au bout de la queue; cette con- formation la sépare de la mobular et de la manatia. Elle en est aussi séparée par d'autres caractères. Chaque nageoire pectorale , plus longue que le corps proprement dit, est plus étroite encore dans la plus grande partie de son étendue et i elativenient aux diffé- rentes dimensions des autres parties de l'ani- mal, que les nageoires pectorales de la fa- bronienne ; elle représente un triangle iso- cèle , dont la base repose sur un des côtés du corps à une distance à peu près égale de la tête et de la queue , et dont le sommet est aussi à peu près également éloigné de la queue et de la tête. Les yeux , au lieu d'être situés sur les côtés de la tète, comme dans la fabronienne. la manalia et la mobular, sont placés sur la surface supérieure de cette partie de la raie. On voit trois taches longues, étroites. Ion-- gitudinales, inégales et irrégulières, derrière T 2 ^92 HISTOIRE les yeux; trois autres semblabies auprès de roriginc de Ja queue , et deux autres éga- Jerneiit seoiblables auprès de la base de chaque nageoire pectorale. Le chevalier Banks dit , dans sa note ma- nuscrite, que le dessin de Faninial lui est parvenu des Indes orientales; que les marins donnent à cette raie le nom de diable de mer ^ et qu'elle parvient à un volume si considérable, qu'un individu de la même espèce, pris sur les côtes de la Barbade, n'a pu être tiré à teire que par le moyen de sept paires de bœufs. Cj^st la réunion d'une grandeur peu commune , d'une force ana- logue , et d'une tête en apparence cornue, qui aura fait nommer la banksienne diable de mer, aussi bien que la mobular. Au reste, il paroit que la manatia et la banksienne n'ont encore été observées que dans les mers chaudes de l'ancien ou du nouveau conti- nent , pendant qu'on a péché la mobular et la fabronienne près des livages septentrio- naux de la mer Méditerranée (i). (l) Je rapporterai à l'arlicle de la manatia ce que les voyageurs ont dit , et ce que j'ai vu moi-mêuie, au sujet de ces énormes raies, que les navigateur» appellent diables d& mer, Sonuinï. D E s R A J E 8. 295 Dans le dessin envoyé par le chevalier Banks, on voit un barbillon, ou très-long filament, à rextréinité de chacune des ap-r pendices de la télé ; on a même représenté un petit poisson embarrassé et retenu par la raie au milieu de plusieurs contours de Fun de ces filamens. Mais Banks pense que ces barbillons déliés n'ont jamais existé que dans la tête du dessinateur. Nous partageons d'autant plus l'opinion de ce savant, que le dessin qu'il a envoyé au physicien Fabroni n'a pas été fait sur l'animal tiré à terre et observé avec facilité , mais sur ce poisson nageant encore auprès de la surface de la nier ; et voilà pourquoi nous avons desii é qu'on retranchât ces filamens dans la copie de ce dessin que nous avons fait faire; voilà pourquoi encore nous n'avons choisi, pour désigner cette espèce , que des caractères sur lesquels il est impossible à un œil un peu attentif de se méprendre même au tra- vers d'une couche d'eau assez épaisse , et sur -tout quand il s'agit d'un poisson en quelque sorte gigantesque. Quoi qu'il en soit, si des observations exactes infirment ce que l'on doit être porté à conclure de l'inspeclion du dessin transmis par Banks à Fabroni , il T 5 2^1 HISTOIRE sera très-aké , d'après ce qui est dit au SU jefc de la mobular, de la maiiatia et de la fa- bronienue, d'indiquer les véritables traits distinctifs de la grande raie à appendices, dont on a fait parvenir, au président de la société de Londres , un dessin fait dans les Indes orientales, ou de la rapporter à la fabronienne , ou à la manatia , ou à la Biobular. DES RAIES. 295 LA RAIE N È G R E (1), PAR LACÉPÈDE. VTNGT-NEUVIJjiME ESPECE. vJn ne voit que rarement cette raie auprès de Tembouchure de la Seine. On la prend avec les raies bouclées , les oxyiinques , et d'autres raies plus ou moins blanches , dont les nuances font ressortir la couleur noire dont elle est peinte. Ses dents sont mame- lonnées ou aplaties. Le sillon longitudinal de son muvseau est d'une couleur plus foncée que ses autres parties. Le dessous du poissoa est très -blanc et très -doux au toucher; il présente d'ailleurs une teinte bleuâtre vers les nageoires pectorales. Au reste , un pê- cheur a dit au citoyen Noël , qu'il avoit pris des individus de cette espèce noirs par dessous comme par dessus. La peau , qui (1) Roja ni^ra. Raie-rat , par les pêclieurs des environs de Vem- bouchiire de la Seine. T4 3tç)6 HISTOIRE est légèrement chagrinée , est aussi très-? épaisse , et s'enlève facilement en entier , après la cuisson de FanimaL La chair est ferme et peu agréable au goût. La raie nègre , dont le citoyen Noël a eu la bonté de m'envoyer un dessin que j'ai fait graver, pesoit soixante-cinq hectogrammes (environ treize livres ) , et avoit été pêchée par une barque de Honfleur. D E s R A I E s. «9r LA RAIE mosaïque (i), BT LA RAIE ONDULÉE (2), PAR LACÉPÈDE. TRENTE ET TRENTE - UNIEME ESPECES. JLi A distribution remarquable des couleurs dont la mosaïque est ornée , a fait donner à ce poisson le nom que j'ai cru devoir lui conserver. C'est la plus belle des raies; mais vraisemblablement elle n'est pas la meil^ leure, puisqu'elle est restée inconnue jus- qu'à présent , quoique habitant entre les rivages si fréquentés de la France et de l'Angleterre. Les mâles ont des appendices d'une très-grande longueur. La parure de l'ondulée est moins riche que celle de la mosaïque; mais elle est peut- être plus élégante , tant la couleur grisâtre qu'elle montre se marie agréablement avec les teintes grises et douces des bandelettes qui serpentent ou plutôt ondulent sur sa surface supérieure, (i) Raja mosaica. (3) Raja undulata. agS HISTOIRE LA RAIE APTÉRONOTE (i), PARLACÉPÉDE. TRENTE-DEUXIÈME ESPECE. JLiES nageoires pectorales de celte raie sont très-grandes relativement aux autres parties de Fanimal. Si Ton retranchoit ces nageoires, la tête et le corps de Taptéronote ressem- bleroient à deux ovales irréguliers et presque égaux , placés au devant Fun de Tautre. Cette forme se fait même apercevoir malgré la présence de ces pectorales, qui sont très- distinctes , et qui doivent réunir, à leurs dimensions étendues , des mouvemens assez rapides pour donner une grande vitesse à la natation du poisson. On doit aussi remar- quer la forme cylindrique ou plutôt conique de la queue, qui s'avance, pour ainsi dire, au milieu du corps proprement dit, jusques vers le diaphragme. (i) Raja apteronata. D E s R A I E s. 299 LA RAIE FRANGÉE (i), PAR LACÉPÈDE. TRENTE-TROISIÈME ESPECE. jLja conformation de cette raie mérite l'attention des naturalistes. Le citoj^en Noël m'en a fait parvenir un dessin que j'ai fait graver , et que l'on avoit trouvé dans les papiers de M. de Montéclair , officier supé- rieur de la marine française. Ce capitaine de vaisseau commandoit le Diadème , de 74 canons , dans la guerre d'Amérique ; et une note , écrite sur le dessin que j'ai entre les mains, annonce que le poisson représenté Hvoit été pris à bord de ce vaisseau de guerre, à trois heures après midi , le 23 juillet 1782, à 38 dégrés 58 minutes de latitude septen- trionale, et à 42 dégrés 10 minutes du mé- ridien de Paris. D'après une échelle jointe au dessin, cette raie frangée , vue par le capitaine de vais- seau Montéclair, avoit cinq mètres et demi { environ dix-sept pieds ) de longueur depuis ( I ) Raja fimhriata* 3oo HISTOIRE le bout du museau jusqu'à rexlrémité de la queue qui , d'après le dessin , a voit élé vrai- semblablement un peu tronquée. La pointe extérieure d^me nageoire pectorale étoit éloignée de la pointe de l'autre nageoire de la poitrine, de près de six mètres (environ dix-huit pieds). Voilà donc une raie dont le volume doit être comparé à celui de la mobular , de la maiiatia, de la fabronienne et de la bank- sienne, La frangée est d'ailleurs liée à ces quatre énormes raies par un rapport bien remarquable : elle a sur le devant de la tête , et de même que ces quatre grands cartilagineux, deux appendices, deux ins- trumens du toucher , deux organes propres à reconnoître et même à saisir les objets. Nous devons donc compter maintenant cinq raies gigantesques , qui réunissent à beau- coup de force des attributs extraordinaires, une source particulière d'instinct, de ruse, d'habileté dans quelques manoeuvres , et forment comme une famille privilégiée au milieu d'un genre très-nombreux. La frangée se distingue des autres raieft géans par les traits que nous avons indique > dans notre tableau des poissons de ce genn. AjoiUoîîs à ces traits que la queue est très- D E s R A I E s. Soi tléliée ; que la longueur cle celte partie excède le tiers de la longueur totale; que lextrémité latérale de chaque pectorale se termine en pointe ; que cette pointe est mobile en différens sens , à la volonté de Fanimal , et que la couleur de la partie supérieure du poisson est d'un brun très- foncé et tirant sur le noir (i). (i) Bartrain a désigné cette raie frangée, qu'il appelle grande raie noire; il dit que ce poisson , aussi bien que le requin, sont d'insatiables cannibales, tiès-iaiportuns pour les pêcheurs de la côte de la Géorgie. ( Voyage dans les parties sud de l'Amérique septentrionale, par Williams Bartram , tom. I, pag. i33 de la traduction française.) Sonnim. 5o2 HISTOIRE LA RAIE MOBULAR (i), PAR LACÉPÊDE. TRENTE-QUATRIÈME ESPACE. V^^EST Duhamel (2) qui a fait connoître cette énonne espèce de poisson cartilagi- neux, dont un individu, du poids de plus de vingt - neuf myriagi animes ( six cents livres), fut pris en 1723 dans la man- tliague (3) de Montredon , près de Marseille. (i) Raie cornue y raie squatina. Raie ange de mer ^ à cause de la forme de ses nageoires appelées ailes. Par les caraïbes , mobidar. Aux Antilles , diable de mer. Raie mohular, Duhamel, Traité des pêches, seconde partie , sect. 9 , chap. 5 , p. 295. Raie mohular, Bonateri^e, planches de l'Encyclop. méthodique. (2) Voyez l'ouvrage déjà cité. (3) La mandrague , ou madrague, est une espèce? de grand paie composé de filets , et qui r«ste tendu dans la mer pendant un tems plus ou moins long. Ce parc forme nue vaste enceinte distribuée par des cloisons en plusieurs chambres disposées à la suite l'une de l'autre, et qui portent différens noms, sui- vant le pays où la mandrague est établie. Les fileta D E s R A I E s. 5o3 Cette raie, supérieure en volume et en poids à toutes celles que nous venons de décrire , «n est encore distinguée par sa forme exté- rieure. L^individu péché à Montredon avoit plus de trente-quatre décimètres (dix pieds et demi) de longueur totale ; et sa tête, dont la partie antérieure étoit terminée par une ligne presque droite , présentoit , vers les deux bouts de celte ligne , une appendice étendue en avant, étroite, terminée en pointe, et longue de six décimètres ( un pied onze pouces). Chaque appendice avoit Tapparence d'une longue oreille extérieure , et en a reçu qui forment l'enceinte et les cloisons, sont soutenus, dans la situation qu'ils doivent présenter , par des flottes de liège, maintenus par un lest de pierres, et arrêtés de plus par une corde dont une extrémité est attachée à la tête de la mandrague , et l'autre amarrée à une ancre. On place entre l'enceinte et la côte une longue cloison de filet , nommée cache ^ ou chasse y que les poissons suivent, et qui les con- duit dans la mandrague, où ils passent d'une chambre dans une autre jusqu'à ce cju'ils soient parvenus dans la dernière , que l'on nomme chambre de la mort^ Il y a des raandragues qui ont jusqu'à mille brasses de longueur (*j. (*) Je donnerai des détails plus étendus sur la îaand*ague ^ à Tartick du ihQn. So^'^^InI. 5o4 ÎI î S t O I R E îe nom, quoiqu'elle ne renfermât aucun or* gme que J'on pût supposer le siège de l'ouïe; el voilà pourquoi on a nommé la mobular raie à oreilles. D'un autre côté , comme ses deux appendices ont été comparées à des cornes , on Fa appelée i^aie cornue : et cependant elle n'a ni cornes ni oreilles; elle n'a reçu que des appendices alongées. Les yeux de la raie niobuîar, prise auprès de Marseille, occupoient les extrémités de îa face antérieure de la tête : on les voyoit presque à la base et sur le côté extérieur des appendices ; et leur position étoit par- là très -analogue à celle des yeux du squale marteau et du squale pantoujlier. L'ouverture de la gueule, située au des- sous de la tête , avoit plus de quatre déci- mètres (un pied trois pouces) de large; et l'on apercevoit un peu au delà les dix ouvertures branchiales disposées de la même manière que celles des autres raies. De chaque côlé du corps et de la tête pris ensemble, on voyoit une nageoire pec- f orale très-grande , triangulaire , et dont la face antérieure, formant un angle aigu avec la direction de ra])pendice la plus voisine, se terminoit à Textérieui' par un autre angle aigu dont le sommet se recourboit vers la; pointe D E s R A I E s. 3o5 pointe de rappendice. Cette face antérieure avoit près de trois pieds de longueur ; et rétendue qu'elJe donnoit à la nageoire , ainsi que la conformation qui résultoit de la posi- tion de cette face, rendoit la nageoire pec- torale beaucoup plus semblable à faile d'un énorme oiseau de proie que celles des autres raies déjà connues. Le milieu du dos étoit un peu élevé , et représentoit une sorte de pyramide très- basse , mais à quatre faces , tournées Tune vers la tête, l'autre vers la queue, et les deux autres vers les côtés. Entre la face postérieure de cette pyra- mide et l'origine de la queue, on voyoit une nageoiie dorsale alongée et inclinée en arrière ; et cette position de la nageoire dor- sale rapproclioit l'individu figuré dans l'ou- vrage de Duhamel, de la raie envier, de la bolikat, de la rhinobate, et de la raie tliouin. Les nageoires ventrales avoient près de quatre décimètres ( un pied deux pouces ) de long; et la queue, très-déliée, terminée en pointe , et entièrement dénuée de na- geoires , étoit longue de plus de quatorze décimètres (quatre pieds six pouces). Aucune portion de la surface de cet Poiss. Tome IIL V 5o6 HISTOIRE animal ne présentoit de tubercules ni de piqua us. Au reste, la mobuîar habite le plus sou- vent dans l'Océan. On l'y trouve auprès des Açores, ainsi qu'aux environs des Antilles, où elle a reçu le nom que nous avons crii devoir lui conserver. Duhamel , après l'avoir décrite , parlô d'une autre raie qu'il en rapproche , mais dont il n'a pas publié un dessin qu'il avoit reçu, et dont il s'est contenté de dire, pour montrer les différences qui la distinguoient de la mobular, qu'elle avoit le corps pluâ alongé et les nageoires pectorales plus petites que ce dernier cartilagineux. Nous comparerons aussi la mobular aveô la manatia , qui , par son immense volume , ainsi que par sa conformation , a de très- grands rapports avec la mobuîar. Mais sui- vons l'ordre tracé dans le tabfëau que noûS avons donné de la famille des raies. I DES RAIES. 3o7 LA RAIE SCHOUKIE (i)(2), PAR LACÉPÈDE. TRENTE-CINQUIÈME ESPECE. Jlorsk(Ei. 5 en parlant de cette raie qu'il avoit vue dans la mer Rouge, s'est contenté d'indiquer, pour le caractère distinctif de ce poisson , les aiguillons un peu éloignés les uns des autres dont elle est armée ; mais ce qui montre que sa peau est hérissée de tubercules plus ou moins petils et très-serrés les uns contre les autres , c'est que , selon le même naturaliste , on se sert de la peau de cette schoukie , dans la ville arabe de Suaken , pour revêtir des fourreaux de ^ ■ ■ — I ■ ■ (i) Raja schoukie. Lin. édit. de Grnelin. Raja schoukie. Forskoel , Faun. avab. p. g, n*^ 16. Raie schoukie. Bonalerre , planches de l'Encyclop. méthodique. (2) Raja , schoukie, aculeis remotiusculis. Forsk. Artedi, Gen. pisc. gen. 45 , n*^ 26 , sp. dubiu. Forskoel a vu celte raie à Dsjidda , port de la mer Rouge, eu Arabie, ^oamia. V 2 5o8 HISTOIRE sabre , comme on revêt en Europe des four- reaux d^épée ou des étuis avec des dépouilles de squales garnies de tubercules plus ou moins durs. Ces callosités ou tubercules de la sclioukie, réunis avec ses aiguillons , ne permettent pas de la confondre avec aucune autre espèce de raie déjà décrite par les auteurs. DES RAIES. 5o() LARAIE MACHUÈLE (i), TRENTE-SIXIEME ESPECE. J E sépare cette raie que Lacépède a indi- quée dans • son histoire de la sclioukie , comme n'étant pas assez bien décrite pour que Ton puisse la rapporter à une raie déjà bien connue , ou la considérer comme une espèce distincte (2) Le même motif m'engage au contraire à la séparer et à la présenier comme une espèce particulière, jusqu'à ce qu'il soit prouvé qu'elle n'est point différente d'une espèce déjà connue (5). (i) Raja corpore oblongo , lœt^i ; capite depresso aculeato , pinnâ caudali hilohâ raja machiielo. Osbeck , Fragment, ichthyol. hispan. — Nov. act. n. c. 4, 99. Raja corpore inermi; capite aculeato , ore termi-^ nali,.,. raja Oshehli. Artedi, Geii. pisc. gen. 4^ ; sp. 12, additam. La machuèle. Bonat. planch. de l'Encycl. mélliod. pag. 6. (2) Lacépède , Histoire des poissons, tom. I, in-4 1 pag. i53. (5) Voyez ma note à la pag. 210. V 3 ■ 5io HISTOIRE Ce que Ton sait: de la raie machuèJe est dû au naturaliste Osbeck. Il Fa vue dans la mer Méditerranée, près des côtes de l'Espagne, où elle porte le nom de machuelo. Elle a le corps obloug, la tête aplatie, d'un ovale presque rond et armée d'aiguillons. Le reste du corps , dénué de piquaus , est brun en dessus, avec des taches blanchâtres, et d'un blanc rougeâtre en dessous; la bouche est placée non pas en dessous , mais à l'extré- mité du museau, et la mâchoire supérieure est plus avancée que l'inférieure; entre cette mâchoire et la lèvre il y a un intervalle assez grand pour qu'elles ne tiennent point l'une à l'autre. L'on distingue deux rangées de dents aiguës et épaisses ; les nageoires latérales ont •une forme rhomboïdale , et s'attachent au corps du poisson , à peu près comme les ailes d'un oiseau ; enfin la nageoire de la queue est divisée en deux lobes. La lon- gueur du corps est ordinairement d'un pied et plus. Cette description que j'abrège encore me semble suffisante , pour que l'on soit fondé à considérer la machuèle comme une espèce différente des raies connues. DES RAIES. 3ii LA RAIE CHINOISE, PAR LACÉPÈDE. TRENTE-SEPTIÈME ESPECE. JLiA collection d'histoire naturelle que renfermoit le muséum de la Haye, et qui, cédée à la France par la nation hollandaise, est maintenant déposée dans les galeries du muséum de Paris , compj end un recueil de dessins en couleurs exécutés à la Chine, et qui représentent des poissons dont les uns sont déjà très-connus des naturalistes , mais dont les autres leur sont encore en- tièrement inconnus (i). Les traits des pre- miers sont rendus avec trop de fidélité pour qu'on puisse douter de l'exactitude de ceux sous lesquels les seconds sont dessinés ; et les caractères de tous ces animaux sont d'ailleurs présentés à l'œil de manière qu'il est très - aisé de les décrire. J'ai donc cru (i) Ce recueil compose une suite de dessins plus larges que liauts, réunis ensemble j et c'est l'avant- dernier numéro qui représeute la raie chinoise. V 4 5i2 HISTOIRE devoir enrichir mon ouvrage et la science par Fexposition des espèces figurées dans ce recueil , et qui n'ont encore été inscrites sur aucun catalogue rendu public : et parmi ces espèces , nouvelles pour les naturalistes , se trouve une raie à laquelle j'ai donné le nom de chinoise , pour indiquer le pays dans lequel son image a été représentée pour la première fois , et sur les rivages duquel elle doit avoir été observée. La raie chinoise est d'un brun jaunâtre par dessus , et d'une couleur de rose foible par dessous. L'ensemble de la tête , du corps et des nageoires pectorales , est un peu ovale ; mais le museau est avancé , en présentant cependant un contour arrondi. C'est prin- cipalement la réunion de cette forme gé- nérale, un peu rapprochée de celle de la torpille , avec le nombre et la disposition des aiguillons dont nous allons parler , qui distingue la chinoise des autres raies décrites par les auteurs. On voit trois piquans der- rière chaque œil; on en compte plusieurs autres sur le dos ; et d'ailleurs deux rangées d'autres pointes s'étendent le long de la queue. Cette dernière partie est terminée par une nageoire caudale divisée en deux D E s R A I E a 3i3 lobes , dont le supérieur est un peu plus grand que Finférieur , et sa partie supé- rieure présente deux nageoires dorsales. Le dessin n'indique point si les dents sont aplaties ou pointues; et par conséquent nous ne pouvons encore rapporter à aucun des quatre sous-genres, que nous avons établis dans la famille des raies, ce poisson chinois dont les couleurs sont très-agréables (i). > .1 . ,. I .^mmm — m ' ■ (i) C'est peut-être à cette espèce qu'il faut rap- porter les raies extrêmement grandes des mers du Japon , et dont les peaux sont très-estimées par les japonais pour faire des fourreaux de cimeterre. (Gemelli Carreri, Voyage autour du monde ^ tom. V, pag. i66. ) SoNNim. 5i4 H I S T O I R E LA RAIE GRONOVIENNE (i), PAR LACÉPÈDE. TRENTE-HUITIÈME ESPECE. vJ N trouve aux environs du cap de Bonne- Espérance cette raie que Gronovius a fait connoître. Elle montre de très-grands rap- ports avec la torpille. Elle a , comme ce dernier poisson, la tête, le corps et les na- geoires pectorales conformés de manière que leur ensemble représente presque un ovale ; et d'ailleurs on ne voit de piquaus sur aucune partie de sa surface , non plus que sur celle de la torpille : mais Ton voit sur la queue de la torpille deux nageoires dorsales , et la partie supérieure de la queue de la grono vienne n'en présente qu'une. Le dos de la gronovienne est un peu convexe; la partie inférieure de son corps est au contraire très - plate. Les nageoires ventrales sont grandes ; elles ont un peu (i) Gronov. Zooph. ï5'2. Raja capensis. Lin. édit. de Gmeliiu D E s R A I E 3. 5i5 la forme d'un parallélogramme , et n'ont aucune portion qu'on puisse appeler na- geoire de Fanus. A Textrémité de la queue est une nageoire caudale divisée en deux lobes. On n'a encore vu que des gronoviennes d'un diamètre peu considérable ; et Ton ignore si, conformée comme la torpille, la raie que. nous décrivons jouit aussi , comme cette dernière, de la faculté de faire ressentir des commotions électriques plus ou moins fortes. 3i6 HISTOIRE — ti-J LA RAIE MANATIA, PAR LACÉPÈDE. TRENTE-NEUVIÈME ESPECE. J^Ai reçu, il y a plusieurs années, un dessin que j'ai fait graver , et une courte description, écrite en italien, d'une raie qui a beaucoup de ressemblance avec la mo- bular, et qui, comme ce dernier. cartilagi- neux , parvient à une très-grande longueur. L'individu , dont on m'a envoyé dans le tems la figure , avoit plus de cinq mètres (quinze pieds huit pouces) de long, depuis la partie antérieure de la tète jusqu'à l'ex- trémité de la queue. Le corps proprement dit, et les nageoires pectorales , considérés ensemble , offroient une losange assez régulière , dont la diagonale, qui marquoit la plus grande largeur de l'ani- mal, étoit longue de près de trois mètres ou neuf pieds. Chaque nageoire pectorale représentoit ainsi un triangle isocèle, dont la base s'appuyoit sur le corps proprement dit , et dont le sommet très-aigu , placé à l'extérieur, répondoit au milieu du dos. D E s R A I E s, 5i7 A l'angle antérieur de la losange étoit la tête, d'un volume assez petit relativement à celui du corps, et terminée par devant par une ligne presque droite. Cette ligne avoit près d'un demi-mètre , ou un pied et demi de longueur, et à chacun de ses bouts on voyoit une appendice pointue, étroite, en forme d'oreille extérieure, semblable à celles que nous avons décrites sur la mobu- lar, et longue de dix pouces, ou près de trois décimètres , à compter du bout du museau de la manatia. Chacune de ces deux appendices s'étendoit au dessous de la tête jusqu'à l'angle de la bouche le plus voisin ; mais on ne remarquoit dans ces excroissances ni cavité , ni aucun organe qui pût les faire considérer menue , au premier coup d'œil, comme les sièges de l'ouïe. L'ouverture de la bouche, située dans la partie inférieure de la tête, n'étoit séparée de l'extrémité du museau que par un inter- valle de quinze centimètres (de cinq à six pouces), et n'a voit que trois décimètres (dix pouces ou environ) de largeur; les narines étoient placées au devant de cette ouverture; et les deux yeux l'étoient de chaque côté de la tête, un peu plus près du 5i8 HISTOIRE bout du museau que l'ouverture de la bouche. Derrière chaque œil , à l'endroit où le côté de la tête proprement dite se réu- nissoit avec la nageoire pectorale, on dis- tinguoit un évent. On ne vo3^oit d'aiguillon sur aucune por- tion de la surface de Tanimal ; mais sa partie supérieure , recouverte d'une peau épaisse, s'élevoit au milieu du dos en une bosse semblable à celle du chameau, sui- vant l'auteur de la description qui m'est parvenue. Les nageoires ventrales étoient petites et recouvertes en partie par les nageoires pec-^ torales; et il n'y avoit aucune nageoire dor- sale ni sur le corps, ni sur la queue, qui étoit très-étroite dans toute son étendue, et terminée par une nagoire fourchue. Cette nageoire caudale paroît horisontale dans le dessin que j'ai fait graver; mais je ci'ois que cette apparence ne vient que d'une défectuosité de ce même dessin. Il est donc bien aisé de distinguer la ma- ilatia de la mobular. Ces deux laies, que leur volume étendu rapproche l'une de l'autre, sont cependant séparées par quatre caractères très-remarquables. Les appendices du devant de la tête sont B E s R A I E s. 3i9 beaucoup plus courtes sur la manaHa que sur la mobaîar, ta proportion de la lon- gueur totale de Taninial, puisqu'elles ne sont sur la manatia que le dix-neuvième de cette longueur totale, tandis que sur la niobulai' elles en sont le cinquième , ou à peu piès- Les nageoires pectorales sont conformées si difféiemnieut sur la manatia et swr la mobular que, dans ce dernier cartilagineux , l'angle extéjieur de ces nageoires est au niveau des 3'eux, et dans la manatia au niveau du milieu du dos. 'il y a une nageoire dorsale sur la mobu- lar : il n'y en a point sur la manatia. Enfin la queue de la mobular n'est ter- minée par aucune nageoire, et Ton en voit Une fourchue au bout de la queue de la manatia. La couleur de la partie supérieure de la raie que nous cherchons à faire con- noître est d'un noir plus ou moins foncé 5 et celle de la partie inférietire d'un blanc assez éclatant. . La forme , la mobilité et la sensibilité des appendices de la têle de la manalia doivent faire de ces prolongations, des sortes de tentacules qui , s'appliquant avec facilité à la surface des corps , augmentent la déli- 3^ HISTOIRE catesse du sens du toucher, et la vivacité de rinstinct de cette raie ,• et comme un sens plus exquis, et par conséquent des ressources plus multipliées pour l'attaque et pour la défense , se trouvent joints ici à un volume des plus grands et à une force très-considé- rable , il n'est pas surprenant que sur les rivages de l'Amérique voisins de l'équateur qu'elle fréquente , elle ait reçu le nom de manaiia ^ presque semblable à celui de ma- natl , imposé dans les mêmes contrées à un autre habitant des eaux, très-remarquable aussi par l'étendue de ses dimensions , ainsi que par sa puissance , au lamantin (i) décrit par BufFon. C'est à cause de cette force , de ce volume et de cet instinct, qu'il faut par- ticulièrement rapporter à la manatia ce que Earrère (2) (3) et d'autres voyageurs ont dit (1) TricJiecus manatus, mamm, brut. Lin. edit. de Gmelin. (2) Histoire naturelle de la France éq^uinaxiale , par Barrère. (5) Barrère désigne deux espèces"^ de ces grandes raies : l'une qu'il appelle raye monstrueuse ; raja omnium maximâ ore amplissimOj p. 178", et la seconde qu'il nomme raye diable ; raia maxinia , circinata. et curnuta, paj». 177. « C'est, dit Barrère, un poisson de mer monstrueux, long de plus de vingt pieds 5 il a® DES R À i ES. 52i de très-grandes raies des mers aiiiéricaines ^'élance hors de Teau à une certaine hauteur, et se laissant tomber tout à coup , il fait un bruit épou- vanlablc-, il se bat avec l'espadon ». Les navigateurs rencontrent quelquefois de ces raies énormes , principalement dans les mers de la zone Torride. « Grand bruit parmi leâ matelots , raconte le spirituel aUteur d'un Voyage à Siam , fait en i685 et 1686; on a crié tout à coup, voilà le diable , il faut Vai^oir. Aussitôt tout s'est réveillé, tout a pris les armes : on ne voyoit que piques , harpons et nlous- quels. J'ai couru moi-même pour voir le diable , et j'ai vu un gros poisson qui ressemble à une raie ^ hors qu'il a deux cornes comme un taureau. Il a fait quelques caracoles, toujours accompagné d'un poissoil blanc, qui de tèms en tems va à la petite guerre , et vient se remettre sous le diable : et entre ses deux cornes il porte un petit poisson gris , qu'on appelle le pilote du diable , parce qu'il le conduit et le pique quand il voit du poisson ; et alors le diable part comme un trait. Je vous conte ce petit manège parce que je viens de le voir. Nous étions à six dégrés de la ligne m; (Page 28.) Sparrman , étant précisément sous le Tropique^ Tit un animal marin , qui avoit sept à huit pieds dé long, connu des matelots sous le nom de diable de mer. Dans un voyage que le même naturaliste avoit fait précédemment en Chine, il avoit rencontré un de ces monstres, et en l'examinant, il le reconnut pour être une espèce de raie; ( Voyage au cap d«i Poiss. Tome m. X 322 HISTOIRE et équinoxiales, qui, s'élançant avec efForf Bonne - Espérance , par Sparrman , traduct. franc* toni. I, pag. 4« ) L'on assure que cette raie est fort E SES DENTS ^ij/a/it DES SQUALES. 333 effet les ouvertures des branchies des raies; que ces orifices soient transportés de la p. 58, n*' 5i6. — Gunner, Act. nidros. 2, p. ^70, tab. 10 et II, Chien de mer requin. Bonat. planches de l'Encych métliod. — Gronov. Mus. 1 , i58. Zooph. 145. — Bro^vne , Jam. p. 458 , n^ 2. Cynocephalus alhiis. Klein, Miss, pisc, 5, p. 5, n9 1. Arisfot. Hist. anim« lib. 5 , cap. 5 ; et lib. 9 , cap. 57. — Plin. Hist. mand. lib. 9, cap. 24. Lamie. Rondelet , première partie , lib. i3 , ch. 1 1* — Athen. lib. 7, p. 5o6 — 5io. — Relon , Aquat. p. 58. — ^Gesn. Aquat. p. i73.Icon. anim.p. i5i — i5J. Thierb. p. 81 --82. Carcharias canis , seu lamia, Aldrovand. Piscib, p. 58 1 , 582 , 587. — Jonst. Pisc. p. 24 , tab. 6, fig. 6* — Fermin , Surin. 2 , p. 248. — Dutertre , Antil. p. 202. Requin. Broussonet , Mém. de l'acad. des sciences de Paris pour l'an 1780 , p. 670 , n*^ 19. White shark. Willuglib. Ichth. p. 47, tab. 67. — • Ray, Pisc. p. 18. — BriK zool. 3 , p. 82 , n° 4. Requin. Valmont de Bomare , Dictionn. d'histoire naturelle. Tiburone. Marcgr. lib. 4* — Nieremb. lib. 12, c. 20. Piscis Jonœ , seu antropophagus quorurndam. Canin galens. Salvi. i32. Tuharon ou liays. Sloan. Voyag. p. 24. ^^ Duhamel, Traité des pêches , seconde partie , sect. 9, chap. 4» art. I , pi. XIX. iSqualus dentibus serratis^ multiplici ordine stipatis^ 534 HISTOIRE surface inférieure du corps sur les côtés âê ranimai ; qu'on diminue la grandeur des nageoires pectorales; qu'on grossisse dans Joifeâ adhasim caudœ lûnuldlâ. Commerson, manus- crits déposés au muséum d'histoire naturelle. (2) Le requin. En allemand , menschenfresser et meervielfrass. En suédois, haa-bhierdingen. En Nor- vège, haa-akiaer dirige haaehiaering , haakal. Che^ les lettes, akkalagge. Au Groenland , ekalurksoack. Dana l'èvêclié de Drontheim, haa-brand , hda kiaering. En Arabie, gersch ou kersch. En Sardaigne, ilcahe carca- ria. A Attoui, île de la mer du Sud , mano. En ïtalicp en Languedoc , eu Provence et en Espagne , lamie. A ^Marseille , l'ami. A Bayonnc ^frax. Dans Aristote, ce poisson est nommé lamia ; dans Oppien , lainus ; dans Athénée, karcharias et kyon dalatlia. Squalus dorso piano , dentihus serratis canis carcharias. Bruniiich , Ichthyol. massil. p. 5i S o N N i N I. (5) Nous avons préféré , pour le genre dont nous allons traiter , le nom de squale , admis par un très- grand nombre de naturalistes rtiodernes, à celui de chien de mer ^ qui est composé, et qui présente une idée fausse; En effet , les squales sont bien des habi- tans de la mer, mais sont certainement , dans Tordr» "des êtres, bien éloignés du genre des chiens. « De Pline , dit Rondelet (première partie, liv. i^^ chap. I ) , sont nommés squûli , quasi squallidl , laids à voir , et rudes 5 car ils soUt tout couverts de peart ^pre. w DES SQUALES. 335 quelques-uns de ces cartilagineux Foiigine de la queue , et qu'on donne à cette origine le même diamètre qu'à la partie postérieure du corps, et les raies seront entièrement confondues avec les squales. Les espèces seront toujours distinguées les unes des au- tres ;♦ mais aucun caractère véritablement générique ne pourra les diviser en deux groupes : on comptera le même nombre de petits rameaux; mais on ne verra plus deux grandes branches principales s'élever sépa- rément sur leur tige commune. Quelques squales ont , comme les raies , des évents placés auprès et derrière les yeux ; quelques autres ont , indépendam- ment de ces évents, une véritable nageoire de l'anus, très-distincte des nageoires ven-» traies, et qu'aucune raie ne présente; il en est enfin qui sont pourvus de cette même nageoire de l'anus, et qui sont dénués d'évents. Les premiers ont évidemment plus de conformité avec les raies que les seconds ^ et sur-tout que les troisièmes. Nous n'avons pas cru cependant devoir exposer les formes et les habitudes des squales dans Tordre que nous venons d'indiquer, et que l'on pourroit à certains égards regarder comme le plu5 naturel. La nécessité de commencer pat 536 HISTOIRE montrer les oUjets les mieux connus et de les faire servir de terme de comparaison^ pour juger de ceux qui ont été moins biem et moins fréquemment observés, nous a forcés de préférer un ordre inverse, et de placer les premiers, dans cette histoire, les squales qui n'ont pas d'éventSj et qui ont une nageoire de l'anus. Au reste, les espèces de squales ne dif- fèrent dans leurs formes et dans leurs habi- tudes que par un petit nombre de points. Nous indiquerons ces points de séparation dans des articles particuliers ; mais c'est en nous occupant du plus redoutable des squales que nous allons tâcher de présenter en quelque sorte l'ensemble des habitudes et des formes du genre. Le requin va être, pour ainsi dire, le type de la famille en- lière,' nous allons le considérer comme le squale par excellence, comme la mesure générale à laquelle nous rapporterons les autres espèces; et l'on verra aisément com- bien cette sorte de prééminence, due à la supériorité de son volume , de sa force et de sa puissance, est d'ailleurs fondée sur le grand nombre d'observations dont la curio- sité et la terreur qu'il inspire l'ont rendu dans tous les tems l'objet. DES SQUALES. SSy Ce forniidablo squale parvient jusqu'à une longueur de plus de dix mètres (trente pieds ou environ); il pèse quelquefois près de cinquante myriagrammos (mille liv.) (i); et il s'en faut de beaucoup que Ton ait prouvé que Y on doit regarder comme exa- gérée l'assertion de ceux qui ont prétendu qu'on avoit péché un requin du poids de plus de cent quatre-vingt-dix myriagrammes (quatre mille livres) (2). Mais la grandeur n'est pfts son seul attri- but : il a reçu aussi la force et des armes meurtrières, et féroce autant que vorace, impétueux dans ses mouverfienô, avide de sang, et insatiable de proie, il est véritable- ment le tigre de la mer. Recherchant sans crainte tout ennemi, poursuit^ant avec plus d'obstination 5 attaquant avec plus de rage, combattant avec plus d'acharrieiuent que les autres habitans des eaux; [)lus dangereux que plusieurs cétacés, qui presque toujours sont moins puissans que lui; inspirant même plus d'effroi que les baleines , qui, moins bien armées, et douées d'appétits bien dif- férens, ne provoquent presque jamais ni (i) Rondelet, à l'endroit déjà cite. (2) Gillius , dans Ray , et d'autres auteurs. Poiss. Tome 111. Y 538 HISTOIRE l'homme , ui les grands animaux ; rapide dans sa comse , répandu sous tous les cli- mats, ayant envahi, pour ainsi dire, toutes les mers; paroissant souvent au milieu des tempêtes ; aperçu facilement par l'éclat phosphorique dont il brille, au milieu des ombres des nuits les plus orageuses; mena- çant de sa gueule énorme et dévorante les infortunés navigateurs exposés aux horreurs du naufrage , leur fermant toute voie de salut, leur montrant en quelque sorte leur tombe ouverte, et plaçant sous leurs yeux le signal de la destruction, il n'est pas sur- prenant qu'il ait reçu le nom sinistre qu'il porte, et qui, réveillant tant d'idées lugu- bres, rappelle sur-tout la mort, dont il esk le ministre. Requin est en effet une cor- ruption de requiem , c[ui désigne depuis long-tems, en Europe, la mort et le repos éternel, et qui a dû être souvent, pour des passagers effrayés , l'expression de leur cons- ternation, à la vue d'un squale de plus de trente pieds de longueur , et des victimes déchirées ou englouties par ce tyran des ondes (i). Terrible encore lorsqu'on a pu (i) La vraie étymoîogie du nom du requin se trouve dans Tamcien gothique j il vient de rick , qui , DES SQUALES. 3Sç^ parvenir à Faccabler de chaînes , se débat-, tant avec violence au milieu de ses liens, conservant une grande puissance lors même qu'il est déjà tout baigné dans son sang, et pouvant d'un seul coup de sa queue ré- pandre le ravage autour de lui, à Tinstant même où il est près d'expirer, n'est-il pas le plus formidable de tous les animaux auxquels la Nature n'a. pas départi des armes empoisonnées? Le tigre le plus furieux au milieu des sables brûlans, le crocodile le plus fort sur les rivages équatoriaux , le serpent le plus démesuré dans les solitudes africaines, doivent -ils inspirer autant d'ef- frgi qu'un énorme requin au milieu des vagues agitées? Mais examinons le principe de cette puis- sance si ledoutée , et la source de cette voracité si funeste. Le corps du requin est très-alongé , et la peau qui le recouvre est garnie de petits tubercules très -serrés les uns contre les dans l'origine, signifie fort y pitUsant , et dont on a formé depuis le mot riche , parce qu'à mesure que la société s'est dépravée , nos ancêtres se sont aperçus que richesse et force ou puissance «levenoient mal- heureusement des synonymes. Sonnini. - ■ ■■ Y a 54o HISTOIRE autres. Comme cette peau tuberculée est très -dure, on l'emploie, dans les arts, à polir diiïérens ouvrages de bois et d'ivoire; ou s'en sert aussi pour faire des liens et des courroies, ainsi que pour couvrir des étuis et d'autres meubles : mais il ne faut pas la confondre avec la peau de la raie seplien (i) , dont on fait le galucbat, et qui n'est connue dans le commerce que sous le faux nom de peau de requin^ tandis que la véritable peau 3e requin porte îâ dénomination très-vague de peau de chien de mer, La dureté de cette Jîeau, qui la fait rechercher dans les arts, est aussi très-utile au requin , et a dû con- tribuer à augmenter sa hardiesse et sa Vb- X^acité , en le garantissant de la morsure de plusieui's animaux assez forts et doués de dents meurtrières. La couleur de son dos et de ses côtés est d'un* cendré brun; et celle du dessous de éon ôorps d'un blanc sale. Ija téie est aplatie, et terminée par uri museau an peu arroiidi. Au dessous de cette extrémité, et à peu près à Une distance égale du bout du museau et dti tnrîietr des yeux, bn voit les lïarines, organisées dans leur (i) Article de la raie sephen. DES SQUALES. 341 intérieur presque de la m.èm^ manière que celles de la raie balis, çt qui, éiant Iç siège d'un odorat très-fm et très -délicat, donnent au requin la facilité de rcconnoître de loin sa proie, et de la dislingaer au niir lieu des eaux les pins agitées par Içs vents, ou des ombres de la nuit la plusjioire, ogi jJe Tobscurité des abîmes les .pins profonds de rOcéÈ^n. Le ^ens de Fodorat étant dans le requin , ainsi que dans les raies et dans presque tous les poissons, celui qui règle les courses et dirige les attaques , les objets qui lépandent l'odeur l*i pins forte doivent être, tout égal d'ailleurs, ceux sur lesquels il s^ jette avec le plus de rapidité. Ils sont pour le requin ce qu'une substance .très-éclatante^ placée au miliei^ cte pqrps i^rés^peu éclairés, $eroit pour nn a^inpal qui .n'pbéiit^Qit qu'agi sens de la vue. On ne peujt donc guère s^ refuser à l'opinion de plusieuis voj^ageurs qui assurent que lorsque des blancs et des noirs se baignent ensemble dans les eaux dç rOcéan, les noirs, dont les émanations sont plus odorantes que celles des blancs, sont plus exposés à la féroce avidité du requin, et qu'immolés les premiers par cet animal vo^ race, ils donnent le tems aux blancs d'échap» per par la fuite k se$ dents acérées» Et 542 HISTOIRE pourquoi, à ia honte de Fliumanité, est-on encore plus forcé de les croire lorsqu'ils racontent que des blancs ont pu oublier les lois sacrées de la Nature, au point de ne descendre dans les eaux de la mer qu'en plaçant autour d'eux de malheureux nègres dont ils faisoient la part du requin? Ij^ouverture de la bouche est en forme de demi-cercle, et placée transversalement au dessous de la tête et derrière les narines. Elle est très-grande; et l'on pourra juger facilement de ses ditnensions , en sachant que nous avons reconnu , d'après plusieurs comparaisons , que le contour d'un côté de la mâchoire supérieure , mesuré depuis l'angle des deux mâchoires jusqu'au sommet de la mâchoire d'en haut , égale à peu près le onzième de la longueur totale de l'ani- mal. Le contour de la mâchoire supérieure d'un requin de trente pieds ( près de dix mètres) est donc environ de six pieds ou deux mètres de longueur. Quelle immense ouverture ! Quel gouffre pour engloutir la proie du requin ! Et comme son gosier est d'un diamètre proportionné , on ne doit pas être étonné de lire, dans Rondelet et dans d'autres auteurs , que les grands requins peuvent avaler un homme tout DES SQUALES. 545 entier (i), et que, lorsque ces squales sont morts et gisans sur le rivage , on voit quel- (i) A Nice et à Marseille , dit Rondelet, on a pris autrefois des lainies dans restomac desquelles on a trouvé un homme armé tout entier. ( tlist. des pois- sons , liv. 1 3 , cliap. 1 1 . ) L'auteur, de riclitliyologie de Marseille, Brunnicli, rapporte que , pendant son séjour dan§ ce port , on y prit un requin de la longueur de quinze pieds. Deux années auparavant , on avoit. tué sur les côtes , entre Cassis et la Ciotat , un autre requin encore plus grand. On lui trouva dans l'estomac deux thons peu endom- magés , et un homme entier avec son vêtement intact, qui tous paroissoient avoir été dévorés depuis peu de tems. , <,y Capiebatur tempore quo 3ïas.silïcB fui ^ piscis ejtis speciei {^sqiialus. carcarias) quindeiifu pedum longl-^ tudine. Major duos ahhinc annos oçcidebatur hœrens in littore urhes iiiter Cassidejn et la Ciotat. Ventriculo tenuit duos .scombros t/iynnos , pariim lœsos , hoini" nemque integrum cum vestitui omnino intactum , omnes ut apparuit bret^e antè tempu^ deyoratos. Testes oculati y inter multos alios , fuere doniinus Garnier , secrefariuH régis Galliœ , qui preclarâ corailii rubri fabricâ urbis Cassidis pauperes sublevebat multos, ut et Rev. dominus "^èoy er, parochus urbis la Ciotat dictœ; uterque condUione.simulacfide satis pollentesïi. Brun- jaicli , Ichthyol. Massil. p. 5, En 1785 on apporta à Spallanzani , lors de son passage à Nice, les mâchoires d'un requin, dans l'estomac duquel on avoit trouvé un enfant tout Y4 3^4 HI S T O I II E . qo^fois des chiens entrer dans leur gueule; dont quelque coi^ps étranger, relient les mâ- cltoires écartées , et aller chercher jusques entier. (Voyage dans les Deux-Siciles , traduct. franc. tom. IV, p. 25o. ) Li'année dernière, 1802, l'on apprit à Londres , pcir «ne lettre anllientique de Surinam , que le capi- taine Rrown , se trouvant à chasser sur le rivage et à Fénibouclnne de Ja rivière de Surinam , aperçut un requin auqud il décocîia Une flèclié dont l'animal fût atteint. Dangcïreusement blossé , il disparut ; mais le îendeniaïn on l'aperçut à fleur d'eau, à une distance très-peu éloignée' du rivage; des bateaux, approchèrent alors, et on aclieva 'de le tuer; mais quelle fut la surpiTse de ceux que la curiosité avoit attirés pour le voir , lorsqu'en l'ouvrant on trouva dans son corps tine femme toute entière , à l'exceplionde la Icle qui avoir été séparée dû tronc. v,o\.o'u>v. Stenon observa dans la tétc d^mrrequin , pris aux environs de I/ivourne , que le diamèlrt; ttansvcrsal de la'bouchc , nicsnréde Fàngle d'une niâcîioire'à l'autre, âvoit une coudée d<3 long ( mesure de Florence ) , et que le second diamètre,' perpendiculaire au premier , avoit les quatre cinquièniës.'d'une coudée. Il n'est donc point étonnant de trouver dans les estomacs de ces animaux des hommes tout entiers. (Elcm. rayoîog. ) Et cette ampleur naturelle de la bouche des requins est encore susceptible de s'étendre, comme celle des serpens et des couleuvres, par la grande élasticité des os des mâchoires , qui sont de nature cartilagineuse ; en sorte que cette énorme bouche à laquelle aboutit DES SQUALES. ^& dans l'estorpac les restes des alimens dévorés par rénprme poisson. Lorsque cette gueule est ouverte , on voit ^u delà des lèvres, qui sont étroites et de la consislance du cuir, des dénis plates, triangulaires , dentelées sur leurs bords , et blanches comme Tivoire. Chacun des bords dç pette partie émaillée, qui sort hors des gencives, g, communément cinq cenlinièires ( près de depx pouces ) de longueur clans les requins de trente pieds. Le nombre (ies dents augmente avec Tâge de TanimaL Ijorsque le requin est encore très -jeune, lin gosier et un estomac également vastes, est suscep- tible ^le recevQif et d'engloutir les hommes et de gvan4s aniiiicLujç.. Quelque? autçprs^ frappés de la distension extraor- dinaire de la bouche des requins et de la grande capacité de leur estomac, ont tenté de prouver que ce fut par un' anima;! de cette espèce que Jonas fut avalé -, il est saqs doute très-possible qu'un requin e6.t fait sa proie d'un prophète ; maia les livres saints ajoutent que Jonas sortit de ce gouifre vivant au bout de trois jours , et cela n'est plus dans l'ordre ordinaire. Les ouvrages d'histoire naturelle peuvent bien con- tenir des merveilles, puisque la Nature en est rem- plie 5 mais on doit y renoncer à chercher l'explication des miracles, Sonnini. 546 H I S T O IRE il n'en montre qu'un rang, dans lequel ori n'aperçait même quelquefois que de bien foibles dentelures : mais , à mesure qu'il se développe , il en présente un plus grand nombre de rangées ; et lorsqu'il a atteint un degré plus avancé de son accroissement et qu'il est devenu adulte , sa gueule est armée , dans le haut comme dans le bas, de six rangs de ces dents fortes , dentelées , et si propres à déchirer ses victimes. Ces dents ne sont pas enfoncées dans des cavité* solides ; leurs racines sont uniquement logées dans des cellules membraneuses qui peuvent se prêter aux différens mouvemens que^ les muscles placés autour de la base de la dent tendent à imprimer. Le requin j par le moyen de ces différens muscles, couche en arrière ou redresse à volonté les divers rangs de dents dont sa bouche est garnie ; il peut les mouvoir ainsi ensemble ou séparément j il peut même, selon les besoins qu'il éprouve, relever une portion d'un rang , et en incliner une autre portion ,• et , suivant qu'il lui est possible de n'employer qu'une partie de sa puissance, ou qu'il lui est nécessaire d'avoir recours à toutes ses armes, il ne montre qu'un ou deux rangs de ses dents meur- D E s s Q U A L E s. 547 trières , ou , les mettant toutes en action , a menace et atteint sa proie de tous ses dards pointus et relevés. Les rangs intéiieurs des dents du requin; étant les derniers formés , sont composés de dents plus petites que celles que l'on voit dans les rangées extérieures , lorsque le requin est encore jeune : mais, à mesure qu'il s'éloigne du tems où il a été adulte, les dents des différentes rangées que pré- sente sa gueule sont à peu près de la même longueur , ainsi qu'on peut le vérifier en examinant , dans les collections d'histoire naturelle, de très-grandes mâchoires, c'est- à-dire, celles qui ont appartenu à des requins âgés, et sur -tout en observant les requins d'une taille un peu considérable que l'on parvient à prendre. Je ne crois pas en con- séquence devoir adopter l'opinion de ceux qui ont regardé les dents intérieures comme destinées à remplacer celles de devant , lorsque le requin est privé de ces dernières par une suite d'efforts violens , de résistances opiniâtres , ou d'autres accidens. Les dents intérieures sont un supplément de puissance pour le requin : elles concourent , avec celles de devant, à saisir, à retenir, à dilacérer la proie dont il veut se nourrir ; mais elles P^S HISTOIRE ne remplacent pas les extérieures : elles agissent avec ces dents plus éloignées du fond de la bouche, et non pas uniquement après la chute de ces dernières; et lorsque celles-ci cèdent leur place à d'autres , elles la laissent à des dents produites auprès de leur base et plus ou moins développées, à de véritables dents de remplacement , très- distinctes de celles que Ton voit dans les six grandes rangées , à des dents qui par- \7enpent plu3 ou moins rapidement aux dimensions des dents intérieures, et qui (Cependant très-souvent sont moins grandes que ces dernières, lorsqu'elles sont substi- tuées aux dents extérieures arrachées de la gueulç du requin (1). (i) Stenoii , ayant remarqué que les dents qui forment les rangs intérieurs de la bouche du requin sont inclinées vers le gosier, et tellement envelop- pées dans la chair molle et spongieuse des gencives, qu*il faut la couper pour les mettre à découvert, avoue qu'il ne devine point la destination de ces jàents si singulièrement disposées, puisque étant en- foncées dans les chairs, elles ne peuvent être d'aucun usage pour broyer les alimens. Celles de la première rajigée paroissoient bien à ce célèbre anatomiste 'setvir à retenir la proie et à la diviser, lorsqu'elle est trop volumineuse pour la capacité de l'estomac; mais il ne voyoit point quel pou voit être l'usage des nom^ DES SQUAL E S. 349 Les dents intérieures tombent aussi , et breiises denfs coucljécs sur les mâchoires du requin, et recouvertes d'une cliair molle et spongieuse. (Elera. myol. ) Hérissant pensoit , au contraire, que ce« dents, plus ou moins ensevelies dutis les cliairs, sont des dents de réserve , destinées à remplacer celles de la rangée antérieure ; en sorte que, lorsqu'une ou plu- sieurs do ces premières dents viennent à manquer, celles qui sont au dessous se soulèvent et vont oècupef leur place. ( Mém. de l'académie royale des science* de Paris, armée 1749* ) Enfin Spallanzani a fait plus récemment des obser- vations importantes sur les dents du requin. Elles ont été publiées dans son Voyage dans les Deux- Siciles, élégamment traduit par Toscan, bibliothé- caire du muséum d'histoire naturelle de Paris : c'est de cet ouvrage que j'ai tiré le passage suivant. Il faut remarquer que le requin, qui servit aux observations de Spallanzani, n'avoit que six pieds de long sur trois pieds quatre pouces de circonférence; c'étoit, dit cet habile observateur, un pygmée eu comparaison des adultes de son espèce. « La première rangée des dents de la mâchoire supérieure saille à peine hors de la bouche ; leurs pointes sont légèiement courbées vers l'intérieur dit gosier. La seconde rangée est plus inclinée dans le même sens ; les autres rangées sont aplaties sous celles-là, et s'y cachent en partie. Les plus graudes dents ont quatre lignes et demie de long sur trois et demie de large. On voit les mêmes dispositions dans ]a mâchoire inférieure, excepté que les dents plus pe- tites ne soût pas découpées eu manière de scie comme 55o HISTOIRE abandonnent , comme lies extérieures, Yen^ les précédentes. Mais le dessèchement et la dureté c3e ces mâchoires auxquelles je ne pouvois toucher sans gâter l'animal , ne me permirent pas d'enlever la chair spongieuse , et de mettre les dents à découvert. )) Je revins donc à des mâchoires isolées que possé- doit le muséum de Pavie , et pouvant en disposer avec liberté , j^eu pris deux que je fis macérer dans l'eau à l'effet de les ramollir. Voici le résultat de mes obser- vations : les dents de la mâchoire supérieure étoient triangulaires , plates en dehors , à peine convexes en. dedans , découpées en manière de scie sur les bords , ayant huit lignes de long sur six lignes de large à leur base : j'entends celles qui avoisinoient la pointe de la mâchoire , ou qui gisoient latéralement à quelque distance ; car , pour les autres situées près du gosier , elles étoient beaucoup plus petites. Les rangées s'of- froient au nombre de quatre. Les dents de la pre- mière s'élevoient presque verticalement sur le plan de la mâchoire avec leurs pointes recourbées. 11 en manquoit quatre, et on ne voyoit pas qu'elles eussent encore été remplacées par celles de la seconde ran- gée. Cependant un nombre égal de ces dernières , correspondantes aux absentes, s'étoient déjà soule- vées et poussées en avant , et on pouvoit juger qu'avec le tems elles auroient pris leurs places. Quant aux autres dents de la seconde rangée, elles étoient cou- chées presque horisontalement et ensevelies dans la chair spongieuse , ainsi que les dents de la troisième et quatrième rangées. Une sorte de régularité s'oETroit dans leur disposition : les dents de la seconde rangée DES SQUALES. 35i droit qu'elles occupoient , à de véiilables reposoient sur les dents de la troisième, et celle«-cî SUT les dents de la quatrième. Ou remarquoit encore, après avoir enlevé la chair qui coavroit ces d?ruièrea, que leur tissu étoit ten:^re , ou du moins quelle» n'avoient pas acquis la dureté des autres. » En considérant les dents de la mâchoire infé- xienre , ]c n'ai su découvrir d'autre différence , sinon qu'elles étoient proportionnellement plus petites : d'ailleurs elles convenoient dans tontes les circons- tances précédentes, sans en excepter leurs limbes découpés en forme de scie. A la réserve de la pre- mière rangée, les trois suivantes étoient plus ou moins ensevelies dans la chair maxillaire. On obser- voit , de plus, deux dents appartenant à la première rangée , rompue^ à leurs racines; la fossette longue et mince , où elles avoient été implantées , parois-soit tlejà remplie en partie par les deux correspondantes de la seconde rangée, qui étoient venues occuper leur place, » Ainsi je restai convaincu que les dents de la seconde rangée dans le squale requin ne lui sont point inntiles , materiœ necessitate facti . comme le dit Stenon , mais qu'elles sont destinées par la Nature à suppléer celles de la première rangée quand elles se perdent : observation ingénieuse dont tout le mérite appartient à Hérissant , mais qui ne m'en a pas pro- curé moins de plaisir eu la répétant d'après lui. Comme les dents de la troisième et de la quatrième rangées sont éiia^ement adhérentes à la chair spongieuse qui- est mobile dans les parties antérieures de la bouche, )e ne fais aucun doute que , lorsqu'il se rompt des dent« SSâ HISTOIRE dents de remplacement formées autour de leur racine. ' — — ^ — I . .. I . ■ i l . de la seconde rangée qui ont déjà pris place dans la pre- mière, celles de la troisième ne viennent les suppléer, et après elles celles de la quatrième; de manière que les trois rangées postérieures peuvent être regardées comme les suppléantes de la première. î) Pendant que j'examinois ces deux mâclioires , «t que je considérois l'ample contour de leurs bords , c'est-à-dire, celui même de la bouche de l'animal, contour qui embrassoit alors trente pouces et demi malgré la petitesse des dents dont les plus grandes avoient, comme je l'ai dit, huit lignes de long sur six de large , je me mis à réflécbir sur l'énorme capacité de gosier , et par conséquent de corps , Ique la Nature a départie à cette espèce de pois.^oii dont les dents fossiles, connues sous la dénomination impropre de glossopètres , atteignent quelquefois la longueur de plusieurs pouces. J'avois en ce moment sous les yeux uil de ces glossopètres qui comportoit trente-deux lignes de circonférence à sa base sur trente-cinq de hauteur , et qui , vu sous tous les sens , ne pouvoit être plus semblable aux dents en forme de scie du requin de la collection du muséum. Or, si ce dernier animal, dont les dents n'ont que trois lignes et demie de large sur quatre lignes et demie de haut, offre un corps de six pieds de longueur Bur trois de largeur , quel étôit donc le volume du Tequin qui a laissé sa dent gigantesque dans la terre ? quelle bouche énorme! quel gosier ! ï) Gù n'est pas tout j j'ai supposé que le glossopètre Les DES SQUALES. 355 Les dents de ]a mâchoire inférieure pres- sentent ordinairement des dimensions moins grandes et une dentelm^e plus fine que celles de la mâchoire supérieure. La langue est courte , large , épaisse et cartilagineuse , retenue en dessous par un frein , libre dans ses box ds , blanche et rude au toucher comme le palais. Toute la partie antérieure du museau est criblée , par dessus et par dessous , d'une grande quantité de pores répandus sans ordre , très- visibles , et qui , lorsqu'on com- prime fortement le devant de la tête , répan- dent une espèce de gelée épaisse 5 crystalline et phosphorique , suivant Commerson (1) > qui/\€ans ses voyages, a très-bien observé et décrit le requin. Les yeux sont petits et presque ronds ; fa cornée est très-dure ; l'iris d'un verd foncé faisoit partie des grandes dents situées vers l'extrémité de la mâchoire , et saillantes hors de la houche; mais, s'il étoit de l'ordre des petites situées vers les racines de la mâchoire, la proportion augmenteroit en raison de cette différence ». ( Voyage dans les Deux-Siciles et 4ans quelques parties des Apennins , par Spallan- Eani , traduit de l'italien par Toscan , tom. IV, p. 24a et suiv. ) SoNNiNi. (i) Manuscrits déjà cités. Poiss. Tome III. Z 354 HISTOIRE et doré; et la prunelle , gui est bleue, consiste dans une fente transversale. Les ouvertures des brancliies sont placées, de chaque côté, plus haut que les nageoires pectorales. Ces branchies, semblables à celles des raies , sont engagées chacune dans une membrane très -mince, et toutes présentent deux rangs de filamens sur leur partie con- vexe, excepté la branchie la plus éloignée du museau , laquelle n'en montre qu'une rangée. Une mucosité visqueuse , sangui- nolente , et peut - être phosphorique , dit Commerson , arrose ces branchies , et les entretient dans la souplesse nécessaire aux opérations relatives à la respiration. .. Toutes les nageoires sont fermes ,reriant les plus grandes précautions contre sa terrible morsure et les coups que sa queue peut encore donner. Au reste, ce ii'est que difficilement qu'on lui ôte la vie,* il résiste sans périr à de larges blessures ; et lorsqu'il a expiré, on voit encore pendant iong-tems les différentes parties de son corps donner tous les signes d'une grande irritabilité (i). (i) L'on a vu des requins pris au croc, dont j'ai parlé dans ma note précédente , se donner de si vives secousses , qu'ils parvenôient à se dégager en laissant une portion de lear mâchoire. Mais , ce qui paroîtroit incroyable, si l'on ne connoissoit l'afFrùase voracité de ces poissons , est ce que racotite Pernetty dans son Voyage aux îles Malouines , tom. I, pag. i©i. Un reqwin avoit , en se décrochant, rompu une pièce de sa mâchoire, qui resta avec la viande dont on avoit «ouvert rharrieçon. Sans s'étonner ni se rebuter de La DES SQUALES. 385 La chair du requin est dure, coriace, de mauvais goût, et diiîicile à digérer. Les nègres de la Guinée, et particulièi'ement ceux de la côte d'Or, s'en nourrissent cepen- dant , et ôtent à cet aliment presque toute sa dureté en le gardant très-long-tems. On mange aussi sur plusieurs côtes de la Méditer- ranée les très-petits requins que Ton trouve dans le ventre de leur mère, et près de venir à la lumière; et Ton n'y dédaigne pas quelquefois le dessous du ventre des grands requins, auquel on fait subir diverses pré- parations pour lui ôter sa qualité coriace et son goût désagréable. Cette même chair du bas- ventre est plus recherchée dans plusieurs cet échec , le même requia ayant aperçu l'appât qu'on lui jeta de nouveau , s'élança sur lui , et dévora et le lard et le morceau de sa propre mâchoire , sans être retenu par le crochet, et il revint une troisième fois à la charge. Pendant ces manœuvres d'une insatiable glou- tonnerie, on tira plusieurs coups de fusil sur cet ani- mal si prodigieusement vorace ; mais , soit que la balle fût ma! dirigée , soit qu'elle ne pénétrât pas les chairs, il n'en fut point troublé , et continua à roderaulour de l'appât. Les hameçons que les naturels des îles Sandwich, destinent à la pêche du requin, sont faits de bois et tiès-gruods. Sonmm. Foiss. Tome III. Bb 586 'HISTOIRE contrées septentrionales, telles que la Nor- vège et rislande, où on la fait sécher avec soin, en la tenant suspendue à l'air pendant plus d'une année. Les islandais font d'ailleurs un grand usage de la graisse du requin : comme elle a la propriété de se conserver Icng-tems, et de se durcir en se séchant, ils s'en servent à la place du lard de co- chon, ou la font bouillir pour en tirer de l'huile. Mais c'est sur-tout le foie du requin qui leur fournit cette huile qu'ils nomment thran, et dont un seul foie peut donner un grand nombre de litres ou pintes (j) (2). (i) Suivant Pontoppldan , auteur d'une Histoire naturelle de la Norvège , le foie d'un squale de vingt pieds de longueur fournit communément deux tonnes et demie d'huile. (2) La chair du requin se compose de deux couches , dont l'extérieure est rouge et tendre , et la seconde blanche et moins tendre (Histoire naturelle des pois- sons par Bloch ; Histoire de la lamie) ; mais ni l'une ni l'autre de ces couches n'est mangeable que pour des hommes affamés, peu délicats , ou privés^ depuis long-tems d'alimens frais. Les matelots, réduits h ne vivre que de salaisons, trouvent quelquefois tui régal dans un plat de requin, et les marins anglais, qui font avec ce poisson ce qu'ils appellent un chouder y ne le trouvent pas mauvais. Quant à moi , à quelque sauce qu'on l'eut apprêté , il m'a toujours para do fort DES SQUALES. 387 On a écrit que la cervelle des requins; séchée et mise en poudre, étoit apéritive et mauvais goût, et d'aussi mauvaise odeur. Un certain Archestrafusjdans Alliénée, plaint fort ceux auxquels le requin inspire du dégoût , parce que ce squale mange les hommes j il vante, comme un morceau très- délicat , le ventre de ce poisson , et il enseigne la manière de l'accommoder \ je doute fort néanmoins qu'avec tout l'assaisonnement que prescrit Arches- tratus , l'on fasse jamais un bon mets d'aucune des parties du requin. Mais , comme les goûts des diffé- rens peuples de la terre ne se ressemblent pas plus que leur physionomie, le requin, tout mauvais qu'il nous paroît, est un aliment agréable pour les naturels des îles Sandwich. Dans les régions du nord ^ comme en Islande, au Groenland , etc. , on ne rnange la chair du requin que lorsqu'elle est à demi - putréfiée , ce qui ne doit pas la rendre ni plus ragoûtante ni d'une saveur plus agréable. Aussi Othon Fabricius ( Faun. groenland. pag. 129) observe-t-il que les groenlandais, quoiqu'en général fort peu délicats, ne font pas tous usage de cet aliment. Il est même des circonstances où la chair du requin peut contracter une qualité mal-faisante et même vénéneuse ; l'on en a plusieurs exemples, parmi les- quels j'en citerai un récent. Les papiers publics de Londres, du 22 juillet 1802 , rendirent compte d'un accident arrivé à l'équipage du navire le Repi^ard , capitaine Leach , revenant de la Jamaïque. Sept hommes avoipnt péri pendant la traversée pour avoir Bb â 588 PI I S T O I R E diurétique. On a vanté les vertus des dents de ces animaux , également réduites en poudre, pour arrêter le cours du ventre , gijf^rir les hémorragies , provoquer les urines, détruire la pierre dans la vessie ; et ce sont ces mêmes dents de requin qui, enchâssées dans des métaux plus ou moins précieux , mangé du requin , et prindpalement du foie de ce poisson. Plusieurs d'entre eux étoient devenus fous avant de mourir. Mais cette chair de requin, mauvaise et quelquefois dangereuse comme aliment , coupée par morceaux , est un excellent appât pour la pêche des autres pois- sons , et sur - tout pour celle des crabes et des écre- visses -, il suffit , pour prendre ces derniers , de plonger dans l'eau des paniers où l'on met des morceaux de requin. Eji Norvège on prépare avec la peau du requin un cuir qui sert à faire des harnois de cïievaux ; en Irlande on en fait des souliers ; au Groenland on polit avec cette peau les bâtons des tentes , et l'on en fait des sacs pour renfermer le lard des phoques. Le seul avantage de quelque valeur que produise la pêche des requins est l'huile qu'on retire de leur foie. Cette huile, qui s'emploie dans les manufactures, par- ticulièrement dans les tanneries et sert à brûler, a été souvent d'un grand secours aux navigateurs qui , dans Ôcs voyages de long cours , avoîent consommé leurs provisions, pour éclairer l'habitacle. S o N N I N I. DES SQUALES: SSg' ont été portées en amulettes pour calmer les douleurs de dents, et préserver du plus grand des maux , de celui de la peur. Ces amulettes ont entièrement perdu leur crédit, et nous ne voyons aucune cause de difFé-; rence entre les propriétés de la poudre des dents ou de la cervelle des requins, et celles de la cervelle desséchée ou des dents broyées des autres poissons. Malgré les divers usages auxquels les arts emploient la peau du requin, ce squale seroit donc peu recherché dans les conti ées où un climat tempéré, une population nombreuse, et une industrie active produisent en abon- dance des alimens sains et agréables , si sa puissance n'étoit pas très-dangereuse. Lors- qu'on lui tend des pièges, lorsqu'on s'avance pour le combattre, ce n'est pas uniquement une proie utile que l'on cherche à saisir , mais un ennemi acharné que Ton veut anéantir. Il a le sort de tout ce qui inspire im grand effroi : on l'attaque dès qu'on peut espérer de le vaincre ,* on le poursuit parce qu'on le redoute; il périt parce qu'il peut donner la mort ; et telle est en tout la des- tinée des êtres dont la force paroit en quelque sorte sans égale. De petits vers, de foibles ascarides tourmentent souvent dans soo Bb 3 590 HISTOIRE intérieur le plus énorme requin ; ils déchirent ses entrailles sans avoir rien à craindre de sa puissance. D'autres animaux , presque autant sans défense relativement à sa force , des poissons mal armés , tels que Téchène ré- mora, peuvent aussi impunément s'attacher à sa surface extérieure. Presque toujours , à la vérité, sa peau dure et tuberculeuse l'empêche de s'apercevoir de la présence de ces animaux ; mais, si quelquefois ils s'ac- crochent à quelque partie plus sensible, le requin fait de vains efforts pour échapper à la douleur ; et le poisson qui n'a presque reçu aucun moyen de nuire est pour lui au milieu des eaux ce que l'aiguillon d'un seul insecte est pour le tigre le plus furieux au milieu des sables ardens de l'Afrique. Les requins de dix mètres, ou d'un peu plus de trente pieds de longueur, étant les plus grands des poissons qui habitent la mer Méditeiranée , et surpassant par leurs di- mensions la plupart des cétacés que l'on voit dans ses eaux , c'est vraisemblablement le squale dont nous essayons de présenter les traits, qu'ont eu en vue les iiiven leurs des m3^thologies , ou les auteurs des opinions religieuses adoptées par lés grecs et par les autres peuples placés sur les rivages de cette DES SQUALES. 591 même mer. Il paroît que c'est dans le vaste estomac crmi immense requin qu'ils ont annoncé qu'un de leurs héros ou de leurs demi-dieux avoit vécu pendant trois jours et trois nuits; et ce qui doit faire croire d'autant plus aisément qu'ils ont dans leur récit voulu parler de ce squale , et qu'ils n'ont désigné aucun des autres animaux marins qu'ils comprenoient avec ce poisson sous la dénomination générale de cete, c'est que l'on a écrit qu'un très ~ long requiu pou voit avoir l'œsophage et l'estomac assez étendus pour engloutir de très-grands ani- maux sans les blesser, et pour les rendre encore en vie à la lumière. Les requins sont très-répandus dans toutes les mers. Il n'est donc pas surprenant que leurs dépouilles pétrifiées, et plus ou moins entières , se trouvent dans un si grand nombre de montagnes et d'autres endroits du globe autrefois recouverts par les eaux de l'Océan. On a découvert une de ces dépouilles presque complette dans l'intérieur du Monte-Bolca , montagne volcanique des environs de Vé- ronne, célèbre par les pétrifications de pois- sons qu'elle renferme , et qui , devenue depuis le dix-huitième siècle l'objet des recherches de savaas véronais, leur a fpurni plusieurs Bb 4 392 HISTOIRE collections précieuses (i) , et particulièrement celle que Ton a due aux soins éclairés de M. Vincent Bozza et du comte Jean-Baptiste Gazola. C'est à cette dernière collection qu'appartient ce requin pétrifié qui a près de sept décimètres ( vingt-cinq pouces six lignes ) de longueur , et dont on peut voir la figure dans l'Ichtliyologie véronaise (2) , bel ouvrage que publie dans ce moment une société de physiciens de Véronne. Mais il est rare de voir , dans les différentes couches du globe, des restes un peu entiers de re- quin; on n'en trouve ordinairement que des fragmens; et celles des portions de cet ani- mal, qui sont répandues presque dans toutes les contrées , sont ses dents amenées à un état de pétrification plus ou moins complet. Ces parties sont les substances les plus dures de toutes celles qui composent le corps du re- quin ,• il est donc naturel qu'elles soient les plus communes dans les couches de la terre. Les premières dont les naturalites se soient (i) Deux de ces riches collections, formées l'une par l'illustre marquis Scipion Maffei , et l'autre par M. Jean - Jacques Spada , ont appartenu au célèbre Séguier de Nîmes, et ont été dans le tems transportées dans cette dernière ville. (2) Seconde partie ; pag. 10 ; pi. m ; fig. i. DES SQUALES. SqS beaucoup occupés avoient été apportées de rîle de Malte , où Ton en voit une très- grande quantité ; et comme ces corps pé- trifiés, ou ces espèces de pierres d'une forme extraordinaire pour beaucoup de personnes, se sont liés, dans le tems et dans beaucoup de tètes, avec Thistoire de l'arrivée de Saint- Paul à Malte , ainsi qu'avec la tradition de grands serpens qui infestoient cette ile, et que cet apôtre changea en pierres , on a voulu retrouver dans ces dents de requins les langues pétrifiées des serpens métamor- phosés par Saint-Paul. Cette erreur , très- répandue , comme toutes celles qui se sont mêlées avec des idées religieuses , a même été assez générale pour faire donner à ces parties de requin un nom qui rappelât l'opi- nion que l'on^avoit sur leur origine; et on les a distinguées par la dénomination de glossopètres , qui signifie langues de pierres ou pétrifiées. Il auroit été plus convenable de les appeler , avec quelques auteurs , odontopètres , c'est-à-dire , dents pétrifiées , ou ichthjodontes , qui veut dire dents de poisson , ou encore mieux , lamiodontes , dents de lamie ou requin (i). (i) L'on ne trouve peut-être nulle part une plus ^94 HISTOIRE Au reste , on remarque dan^ quelques! cabinets de ces dents de requin, ou lamio- dontes, pétrifiées, d'une grandeur très-con- sidérable. Et comme, lorsqu'on a su que ces dépouilles avoient appartenu à un requin, on leur a attribué les mêmes vertus chimé- riques qu'aux dents de cet animal non pétri- fiées et non fossiles, on voit pourquoi plu- sieurs muséum présentent de ces lamiodontes enchâssées avec art dans de l'argent ou du cuivre, et montées de manière à pouvoir être suspendues et portées au cou en guise d'amulettes. Il y a , dans le muséum national d'his- toire natrn^elle , une très-grande dent fossile et pétrifiée, qui réunit à un émail assez bien grande quantité de glossopèlres qu'à Malte et en Sicile-, j'y en ai vu de très-grandes et dont la base approclioit de la largeur de la main. M. Pallas a vu des glossopètres de toutes grandeurs et d'un noir bleuâtre , sur les rives du grand et du petit Souvariscli en Sibérie , dans une argile bleue, sablonneuse et dure. (Voyage en Russie et dans l'Asie septentrionale , tom. II , in-4° de la traduction franc. p. 4o4* ) Barlram a découvert aussi des dents pétri- fiées de requin en Géorgie , près de Savannah. (Voyage dans les parties sud de l'Amérique septentrionale , traduct. franc, tom. II , p. 85. ) Sonnini. DES SQUALES. 396 conservé tous les caractères des dents de requin. Elle a été trouvée aux environs de Dax 5 auprès des Pyrénées, et envoyée dans le tems au muséum par M. de Borda. J'ai mesuré avec exactitude la partie émaillée qui, dans Fanimal vivant, paroissoit hors des alvéoles. J'ai trouvé que le plus grand côté du triangle , formé par cette partie émaillée, avoit cent quinze millimètres (quatre pouces trois lignes) de longueur : la note suivante (1) indiquera les autres dimensions. J'ai désiré de savoir quelle grandeur on pouvoit sup- poser dans le requin auquel cette dent a millim. pouc. ligu. (i) Plus grande largeur cle la partie émaillée de la dent 90 ^ 5 Longueur de la partie émaillée mesu- rée sur le côté convexe , et depuis le sommet de l'angle saillant jusqu'à celui de l'angle rentrant formé par la base de cette même partie émaillée 82 3 Longueur de la partie émaillée me- surée sur le côté concave, et depuis le sommet de l'angle saillant jusqu'à celui de l'angle rentrant formé par la base de cette même partie émaillée. ... 82 5 Je n'ai point cherché à connoître les dimensions de la portion non émaillée, parce que je ne pouvois pas être sûr de sou intégrité. %6 HISTOIRE appartenu. J'ai, en conséquence, pris avec exactitude la mesure des dents d'un grand nombre de requins parvenus à différens dé- grés de développement. J'ai comparé les dimensions de ces dents avec celles de ces animaux. J'ai vu qu'elles ne croissoient pas dans une proportion aussi grande que la longueur totale des requins, et que lorsque ces squales avoient obtenu une taille uu peu considérable , leurs dents étoient plus petites qu'on ne l'auroit pensé d'après celles des jeunes requins. On ne pourra déterminer la loi de ces rapports que lorsqu'on aura observé plusieurs requins beaucoup plus près du dernier terme de leur croissance que ceux que j'ai examinés. Mais il me paroît déjà prouvé, par le résultat de mes reclierches , que nous serons en deçà de la vérité, bien loin d'être au delà , en attribuant au requin dont une des dents a été découverte auprès des Pyrénées, une longueur aussi supérieure à celle du plus grand côté de la partie émaillée de cette dent fossile , que la lon- gueur totale d'un jeune requin que j'ai me- suré très-exactement l'emportoit sur le côté analogue de ses plus grandes dents. Ce côté analogue avoit dans le jeune requin cinq millimètres de long, et l'animal en avoit DES SQUALES. Sgy mille. Le jeune requin éloit donc deux cents fois plus long que le plus grand côté de la partie émaillée de ses dents les plus déve- loppées. Oa doit donc penser que le requin dont une portion de la dépouille a été trou- vée auprès de Dax étoit au moins deux cents fois plus long que le plus grand côté de la partie émaillée de sa dent fossile. Nous ve- nons de voir que ce côté avoit cent quinze millimètres de longueur; on peut donc assurer que le requin étoit long au moins de vingt- trois millimètres , ou , ce qui est la même chose, de vingt -trois mètres (soixante-dix pieds neuf pouces ). Maintenant , si nous déterminons les dimensions que sa gueule devoit présenter, d'après celles que nous a montrées la bouche d'un nombre considé- rable de requins de différentes tailles , nous verrons que le contour de sa mâchoire su- périeure devoit être au moins de treize pieds trois pouces ( quatre cent vingt-huit centi- mètres); et comme les parties molles qui réunissent les deux mâchoires peuvent se prêter à une assez grande extension , on doit dire que la circonférence totale de l'ouver- ture de la bouche étoit au moins de vingt- pieds, et que cette même ouverture avoit près de neuf pieds de diamètre moyen. 398 HISTOIRE Quel abîme dévorant! Quelle grandeur; quelles armes, quelle puissance présentoit donc ce squale géant qui exerçoit ses ra- vages au milieu de l'Océan , à cette époque reculée au delà des tems historiques , où la nier couvroit encore la France , ou , pour mieux dire , la Gaule méridionale , et baignoit de ses eaux les hautes sommités de la chaîne des Pyrénées! Et que l'on ne dise pas que cet animal remarquable étoit de la famille ou du genre des squales , mais qu'il appartenoit à une espèce différente de celle des requins de nos jours. Tout oeil exercé à reconnoître les caractères dis- tinctifs des animaux , et sur-tout ceux des poissons, verra aisément sur la dent fos- sile des environs de Dax non seulement les traits de la famille des squales, mais encore ceux des requins proprement dits. Et si, rejetant des rapports que Ton regarderoit comme trop vagues, on vouloit rapporter cette dent de Dax à un des squales dont nous allons nous occuper, on Fattribueroit à une espèce beaucoup plus petite mainte- nant que celle du requin, et on ne feroit qu'augmenter Fétonnement de ceux qui ne s'accoutument pas à supposer vingt -trois mètres (soixante-dix pieds ou environ ) de DES SQUALES. 399 longueur dans une espèce dont on ne voit aujourd'hui que des individus de dix mètres (trente pieds ou environ). Au reste, dans ces parties de l'Océan que ne traversent pas les routes du commerce, et dont les navigateurs sont i^epoussés par ràpreté du climat, ou par la violence des tempêtes, ne pourroit-on pas trouver d'im- menses requins qui, ayant joui, dans ces parages écartés, d'une tranquillité aussi par- faite, ou, pour mieux dire, d'ujie impunité aussi grande que ceux qui infestoient, il y a plusieurs milliers d'années, les bords des Pyrénées, y auroient vécu assez long-tems pour y atteindre au véritable degré d'ac- croissement que la Nature a marqué pour leur espèce? Quoi qu'il en soit, il n'est pas indifférent, pour l'histoire des révolutions du globe , de savoir que les animaux marins dont on trouve la dépouille fossile aux en- virons de Dax , étoient de véritables requins, et avoient plus de soixante -dix pieds de longueur. ^400 HISTOIRE LE SQUALE TRÈS-GRAND (i)(2), PAR LACÉPÉDE. SECONDE ESPÈCE. VyE squale mérite bien Je nom qu'il porte. Il parvient en effet à une grandeur presque (i) Le chien de mer très-grand. Daub. Encyc. méth. Squalus maximus. Lin. édit. de Gmel. Squalus dentihus conicis , pinnâ dorsali anteriore majore, Ot. Fabric. Faun. groenl. p. i3o, 11^90. Le très-grand chien de mer. Broussonet , Mémoires de l'académie des sciences de Paris pour l'an 1780. Le chien de mer très-grand. Bon. pi. de l'Enc. métli. Brugd. Gunner , Act. nidros. 3 , p. 33, tom. II *. — Pennant , Zool. brit. vol. III, p. ici. Principales dimensions du squale très-grand ^ décrit dans la Zoologie britannic[ue, à l'endroit que nous venons de citer, pieds, pouces. liongueur totale. . , 26 4 Longueur de la première nageoire du dos. 5 i Longueur des nageoires pectorales. . . 4 Longueur des nageoires ventrales. ... 2 Longueur du lobe supérieur de la na- geoire de la queue 5 Longueur du lobe inférieur de la même nageoire 3 (2) En danois, ryner» Au Groenland , kahsib kannioa, S o N N I N I. aussi DES SQUALES. 4ot aussi considérable que celle du requin. Il vogue , pour ainsi dire , son égal en volume et en puissance, et il partage en quelque sorte son empire dans les froides mers qu'il habite. Plusieurs auteurs ont même écrit que ses dimensions surpassoient celles du requin : mais nous sommes persuadés que la supériorité resteroit à ce dernier, si Ton pouvoit comparer le requin et le très-grand, parvenus Tun et l'autre à leur entier déve- loppement. L'opinion contraire n'a été adop- tée que parce que le très-grand, beaucoup moins répandu dans les mers que le requin, ne s'éloigne guère du cercle polaire. Beau- coup moins troublé , poursuivi , attaqué dans les mers glaciales et reculées qu'il pré- fère , il y parvient assez fréquemment à un degré d'accroissement très -avancé ; et, à proportion du nombre des individus de chaque espèce, il est par conséquent moins ordinaire de rencontrer de vieux requins que de vieux squales très-grands. D'ailleurs on a presque toujours regardé la longueur de dix mètres, ou de trente pieds, comme la limite de la grandeur pour le jequin; et ce dernier poisson nous paroît, d'après tout ce que nous avons dit, pouvoir pré- senter même aujourd'hui, et dans des pa- Poiss, ToMB IIL Ce 402 HISTOIRE rages peu fréquentés, une dimension beau- coup plus étendue. Mais, si Je très-grand ne doit être placé qu'après le requin dans Tordre des gran- deurs et des forces , il précède tous les autres squales, et c'est vers trente pieds qu'il faut supposer l'accroissement ordinaire de cet animal. Les habitudes et la confor- mation de ce poisson ressemblent beaucoup à celles du requin ; mais il en diffère par les dents , qui ne sont pas dentelées, et qui, beaucoup moins aplaties que celles de presque tous les autres squales, ont un peu la forme d'un cône. On en trouve de pétri- fiées, mais beaucoup plus rarement que de celles du requin. La seconde nageoire du dos, plus petite que la première, est d'ail- leurs placée plus près de la tête que la nageoire de l'anus; et enfin l'on voit de chaque côté de la queue , et près de sa nageoire, une sorte d'appendice ou de saillie longitudinale et comme carénée. Au reste, la peau est, comme celle du requin, épaisse, forte, tuberculeuse, et âpre au toucher (i). (i) La meilleure description que nous ayons du squale très-grand a été donnée par l'évêque Gunner, dans les Mémoires de l'académie de Norvège j elle DES SQUALES. 4o5 Nous venons de voir que le très-grand ne quittoil guère les mers glaciales et arc- tiques. Cependant des tempêtes violentes, la poursuite active d'une proie, la fuite devant un grand nombre d'ennemis, ou d'autres accidens le chassent quelquefois vers des mers plus tempérées. Nous citerons, entre plusieurs exemples de ces migrations , celui d'un squale très -grand dont j'ai vu la dé- pouille à Paris en 1788, et dont on y montra au public la peau préparée sous le nom de peau de baleine, infiquk ce que le propriétaire de cette dépouille m'eût demandé le véritable nom de cet animal. Ce poisson a voit échoué sur le sable à Saint-Cast , près de Saint-Malo, en décembre 1787. il fut remorqué jusqu'à n'est cependant rien moins que complette , au juge- ment de Broussonet. ( Notes sur différentes espèces de chiens de mer. ) Ce poisson , qui fréquente les côtes du Groenland , y paroît confiné, suivant Othon Fabricius ( Fauna groetiland. p. i5o), dans les eaux très-profondes du golfe Kakse , dans la partie septentrionale de la colonie de Friderichshaab ; il ne s'y montre que trè;- rarement et on ne l'y pêche jamais. Ce grand animal ne se contente pas de méduses , comme Linnasus l'a dit , mais il se nourrit de marsouins et d'autres petits cétacés q^u'il avale tout entiers. Sonmni. Ce 2 404 HISTOIRE ce dernier port, où il fut acheté par le citoyen DeJattre, de qui je tiens ces détails. Au moment où ce poisson fut pris, il avoit trente - trois pieds de longueur totale , sur vingt-quatre pieds de circonférence à l'en- droit de sa plus grande grosseur (i). Mais la dessication et les autres préparations que Ton fut obligé de faire subir à la peau avoient réduit cette dépouille à de plus petites dimensions; et lorsque je l'examinai, elle n'avoit plus que vingt -cinq pieds de longueur. En voyant ces restes , on n'étoit pas étonné que les squales très - grands pussent avaler de petits cétacés tout entiers, ainsi que Font écrit plusieurs naturalistes (2). (i) Lettre du citoyen Delattre au citoyen Lacépède, du 20 août 1788. (2) A la fin de l'année dernière , 1802 , l'on pêclia à six lieues de Boulogne-sur-Mer un squale très-grand. Il fut pris à la suite d'un combat de trente-six li cures avec une baleine de quatre-vingt-cinq pieds de long, qui , victime ausfii de son acharnement , alla échouer sur les côtes d'Angleterre. Ce squale pesoit environ, vingt milliers et avoit trente-un pieds de longueur to- tale , sur vingt-quatre de circonférence ; mais sa peau, desséchée et préparée pour être conservée , n'a plus que vingt-six pieds de long sur seize de circonférence. Cette énorme dépouille va, me dit-on, être déposée au muséum d'histoire naturelle à Paris. Sonmjni. [D E s s Q U A L E s. 4o5 LE SQUALE BLEU. LE SQUALE GLAUQUE (i)(2)^ PAR LACÉPÈDE. TROISIÈME ESPÈCE. V^ E squale présente de très-belles couleurs lorsqu'il est en vie. Tout le dessus de sa tête, de son corps, de sa queue et de ses (i) Dans plusieurs départemens méridionaux , cag^ net blanc. En Norvège , hacie-brand. En Angleterre, hlue shark. Chien de mer bleu. Daubent. Encycl. méth. Squalus glaucus. Lin. édit. de Gmelin. — Artedi , gen. 6y , n° i5, syn. 98. — Millier, Prodrom. zoo!, dan. p. 59 , n° 3 18, 6. — Gunner, Act. nidr. 4> P* i> tab. I , fig. I. — Voyage en Islande , d'Eggert Olaf- fens. — Bloch , Histoire naturelle des poissons , troi- sième partie, pi. lxxxvi. Squalus ascensionis. Obs. It. chin. p. 385. Chien de mer bleu. Bonat. planches de l'Encyclop« méthodique. Cynocephalus glaucus. Klein , Mise. pisc. 5 , p. 6^ n^ 2. Chien de mer bleu , galeus glaucus. Rondelet , première partie, liv. i3, chap. 5. — Gesner , Aquat* Ce 3 4o6 HISTOIRE nageoires est de ce bleu veidâtre auquel le nom de glauque a élé donné, et qui est semblable à la nuance la plus ordinaire de toutes celles que présentent les eaux de la mer lorsqu'elles ne sout pas agitées par les vents, ni dorées par les rayons du soleil. Ce p. 609. — Willughby, Ichlh. 49 , tab. B , 8. — Ray, Fisc. p. 20. Sqnalus glaucus. Ascagne , planches d'histoire naturelle, p. 7 , pi. xxxi. Chien de mer glauque, Broussonet , Mémoires de l'académie des sciences pour 1780. Blue shark. Pennant , Zool. britan. 3, p. 84? n° 5. G lauc un. Charlcion j p. 127. — Duhamel, Traité des pêches , seconde partie , sect. 9 , p. 298. Glaucus, id. canis carcharias , vulgo requiem. Plu- mier , dessins sur vélin du muséum d^hist. nat. Cagnot bleu. Valmont de Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. (2) En allemand , hlauer hay. En Norvè^'^e , il se nomme encore, haae-moeren.'En Islande, haamer, A Rome, lamivla et canosa.h O-Taïti , moi^-oiaa. En. français, le bluet , et quelquefois le grand chien bleu. En Languedoc, cagnot blau, c'est-à-dire, chien bleu, et non cagnot blanc , comme il est écrit ci-dessus. Dans Elien, ce poisson est désigné sous le nom grée glaukous. Squalus fossulâ Iriangulariin extremo dorso ^fora- minibus nullis ad oculos, Artedi , Gen. pisc. geu. 44 > «p. i3 \ et Syuonym. pag. 98. Soj>jnini. DES SQUALES. 407 bleu verclàtre est relevé par le blanc écla- tant de la partie inférieure de ranimai; et comme les anciens mythologues et les poëtes voisins des tems héroïques n'auroient pas manqué de voir dans cette distribution de couleurs la représentation du manteau d'une divinité de l'Océan , ils auroient d'autant plus adopté la dénomination de glauque , employée par les naturalistes pour désigner le squale dont nous nous occupons, qu'en indiquant la nuance qui est propre à sa peau, elle leur auroit rappelé le nom de Glaucus y un. de leurs demi -dieux marins. Mais ce dieu de Tonde étoit pour les anciens une puissance tutélaire, en l'honneur de laquelle on sacrifioit sur le rivage lorscju'on a voit évité la mort au milieu des tempêtes; et le squale glauque est un être funeste, aux armes meurtrières duquel on cherche à se soustraire. En effet, ce squale a non seule- ment reçu la beauté, mais encore eu la grandeur en partage. Il parvient ordinaire- ment à la longueur de quinze pieds (près de cinq mètres); et suivant Pontoppidan, qui a écrit l'Histoire naturelle de la Nor- vège, et qui a pu voir un très-grand nombre d'individus de cette espèce , le squale glauque a quelquefois dix brasses de loa- Cc 4 4o8 HISTOIRE gueur (i). Il est d'ailleurs Irès-dangereux^ parce que sa couleur empêche qu'on ne le distingue de loin au milieu des eaux, parce qu'il s'approche à l'improviste , et qu'il joint à la force due à sa taille toute celle qu'il peut tenir d'une grande audace (2). (i) C'est-à-dire, cinquante pieds de longueur. Suivant Ascagne , lorsqu'un squale bleu a huit pieds de long , il en a quatre de circonférence, et il pèse deux cents livres. S o n n i n i. (2) Les squules bleus ou glauques se trouvent danss presque toutes les mers; on les voit dans la Méditer- ranée, la Baltique, la Manche, l'Océan septentrional, la mer d'Amérique, celle des Indes et jusques dans les mers australes. Sur les côtes de France et d'Angle- terre ils suivent les thons qu'ils avalent souvent entiers j ils donnent aussi lu chasse aux aloses , et s'approchent des rivages en même tems que ces pois- sons , lorsqu'ils quittent les eaux amères pour venir fraier dans les eaux douces de nos fleuves et de 110s rivières. Les squales de cette espèce ne sont pas moins Toraces ni moins hardis que les requins, et sont éga- lement avides de la chair des hommes qu'ils suivent et ne craignent pas d'attaquer. Quoique ces squales vivent , pour ainsi dire , en commun, dans certains parages, avec des autres espèces du même genre , et particulièrement avec les requins , ils ont , pour se défendi-e de l'excessive voracité de ces derniers , quelque propriété que l'on DES SQUALES. 409 Plusieurs voyageurs , et particulièrement Plumier (1), lui ont appliqué en consé- quence les dénominations que la puissance redoutable du requin a fait donner à ce dernier , et ils Font nommé requiem et carcharias. Ses dents triangulaires, alongées et aiguës ne sont pas dentelées comme celles du re- quin 5 ni un peu coniques comme celles du très-grand : on en trouve de fossiles dans un très -grand nombre d'endroits; et cela ne doit pas surprendre, puisque le glauque habite à toutes les latitudes, depuis l'ile de l'Ascension jusques aux mers polaires. Sa première nageoire dorsale est plus près de la tête que les nageoires ventrales; il a une fossette sur la partie supérieure de l'extré- mité de la queue; le lobe supérieur de la L. ■ ne connoît pas , et qui doit néanmoins être très- saillante pour qu'elle puisse faire inipreasion'sur des êtres auss i énormément gloutons que les requins. L'on a vu , dans le fragment de la Relation de Van- couver , que j'ai rapporté à la page 368 de ce volume, l'on a vu,dis-je, que les requins et d'autres squales que les marins anglais prenoient plaisir à faire dévorer entre eux , ne touchoient jamais aux squales bleus , quoique coupés par morceaux. Sonmini. (i) Dessins sur vélin déjà cités. 4ia HISTOIRE nageoire caudale est trois fois plus long que î'infériear, et sa peau est moins rude que celle de presque tous les autres squales (i). (i) Je donne ici la description d'un squale bleu, faite sur un individu de cette espèce , long de quatre pieds et demi, et conservé dans le muséum britannique, par Broussonet : (f La tête étoit un peu aplatie , l'ouverture de la gueule étoit également éloignée du bout du museau et de la base des nageoires pectorales ; les dents éloient presque triangulaires, alongées , aiguës, sans dente- lures, et tournées vers le fond de la gueule ; les yeux étoient petits et presque ronds , les trous des tempes manquoient ; les nageoires pectorales étoient grandes et échancrées à leur extrémité ; celles de l'abdomen plus petites, situées autour de l'anus et au delà du milieu du corps ; la première dorsale étoit placée avant l'à-plomb des nageoires abdominales ; elle étoit presque triangulaire; la seconde, plus petite que la première , étoit au delà de l'a - plomb de la nageoire de derrière l'anus; celle-ci étoit de la même grandeur que la précédente; la nageoire de la queue éloit par- tagée en deux lobes , dont l'inférieur éloit trois fois plus court ; la peau étoit lisse et de couleur grise , avec une teinte de bleu ; les bords des nageoires étoient noirâtres ». ( Mémoires sur les diÉFérentes espèces de cliiens de mer , dans ceux de l'académie des sciences et dans le Journal de physique , février , 1785, pag. 121.) Dans les Transactions philosophiques de Londres , année 1778 , on lit une description très- détaillée du DES SQUALES. 411 squale bleu , par le docteur Guill. Watson -, elle est accompagnée d'une figure exacle. La couleur , la forme des dents de ce squale , ajoute Broussonet, el sur-lout une fossette triangulaire , qui se trouve à l'extrémité du dos , fournissent des carac- tères suffisans pour le distinguer des autres espèces. Il faut observer que , dans cette espèce , les dent» sont en bien plus petit nombre que dans la plupart de» autres squales. La clidir du dedans et du haut de la bouche Cvst molle et spongieuse-, la langue épaisse , large et rude, et l'estomac grand et alongé ; la rate s'y attache, et plusieurs petites parties charnues et rondes la com- posent. Le canal intestinal , d'abord mince vers le haut, devient ensuite large et droit. Le foie est gros et consiste en deux lobes, à l'un desquels lient la vési- cule du fiel , qui a une couieur verdâtre. Ce n'est guère qu'à cause du foie que l'on pêche le squale bleu -, c'est la seule partie qui soit bonne à manger; il passe même pour un mets délicat , quand il est cuit au vin ou rôti. Rondelet indique un^ manière de l'apprêter : On le fait bouillir avec de l'Jiyssope , des feuilles de laurier et d'autres plantes aromatiques; on ajoute de la canelle , de la noix mus- cade rt des clous de girofle. L'huile qu'on retire du foie de ce poisson passe pour un bon remède contre les duretés du foie des hommes, ft les cendres de l'aniinal même étoieut regardées dans la vieille médecine comme propres à guérir le mal des dents des petits enfans. S o n ^' i n i. Fin du troisième Kolumep TABLE De ce qui est contenu dans ce troisième Volume. Première sous-ciasse, page 5 JjCs Lamproies y 9 JLa Lamproie^ proprement dite, première es- pèce, planche l, 12 Pêches de la Lamproie , 25 La Pncka , seconde espèce de Lamproie, — Le Pétromyzon pricka , par Lacépède , 45 Le Lamproyon, troisième espèce de Lam- proie. — Le Pétromyzon lamproyon, par le même , 55 Le Planer, quatrième espèce de Lamproie» — Le Pétromyzon Flâner, par le même, 59 La Lamproie rouge , cinquième espèce. — Le Pétromyzon Rouge , par le même , 61 -— — sucet, sixième espèce. — Le Pétromyzon sucet, par le même , 65 — - — argentée , la Septœuille et la Lamproie noire , septième , huitième et neuvième espèces , — Le Pétromyzon argenté , le Pétromyzon septœuil, et le Pétromyzon noir^ par le même , 67 X TABLE. 4i5 Tableau du quatrième ordre des Poissons^ •par le même , 69 Za Raie bâtis ^ première espèce ^ planche III, par le même y 78 ~ à bec pointu. — La Raie oxyrinque^ seconde espèce , par le même , 127 *— — miralet^ troisième espèce^ i32 — — chardon ^ quatrième espèce y i36 ■ ronce, cinquième espèce , par Lacépèdey l5g — — chagrinée , sixième espèce , par le méme^ 145 — — museau-pointu^ et la Raie coucou, sep^ tième et huitième espèces , parle même , 1 44 torpille, neuvième espèce , planche lil, parlemente, 146 — — aigle, dixième espèce, par le même ^ 186 — narinari, onzième espèce , 201 ■ pastenaque , douzième espèce , par La-* cépède , 204 — altavèle , treizième espèce , 212 — — ouarnak, quatorzième espèce, si5 ' amak , quinzième espèce , 216 ■ scherit , seizième espèce , 218 — — mule, dix- septième espèce ^ 219 Pêche def> Raies , 220 Planche V , filet folle, 223 414 T A B L E. La Raie lymme ^ dix - huitième espèce y par Lacépède ^ 25 1 ■ sephen , dix - neuvième espèce , par le même , 256 bouclée y vingtième espèce , planche IV , par le même , 2 44 thouin y vingt - unième espèce , par le même, 267 — — bohkat y vingt -deuxième espèce ^ par le même , 263 — cuvier, vingt- troisième espèce, par le même , 266 — — rhinobate, vingt- quatrième espèce y par le même y 270 «' tuberculée y vingt-cinquième espèce y par le mêmCy 279 — - — églantier , vingt^sixième espèce , par le même , 282 — — fabronienne y vingt-septième espèce y par le même , 285 bank sienne y vingt-huitième espèce y par le même y 290 — nègre y vingt - neuvième espèce y par le même , 296 . mosaïque , et la Raie ondulée , trente et trente-unième espèces , par le même , 297 ).— aptéronote y trente-deuxième espèce , par le même y 298 TABLE. 4i5 La Raie frangée , trente - troisième espèce , par le même ^ 299 — — moôular, trente- quatrième espèce y par le même , 5o2 — — schoukie y trente-cinquième espèce ^ par le même ^ ^07 ' ' machuèle , trente-sixième espèce , 609 — — chinoise , trente - septième espèce , par Lacépède, 3ii gi^onoi^ienne ^ trente-huitième espèce ^ par le même, 3i4 manatia y trente-neuvième espèce , par le même , 5 16 Tableau du cinquième ordre des Poissons , par le même , 626 Le Requin^ planche VI, 332 Le Squale requin , première espèce , j[7ar Xa- cépède^ ibid — ^rè^ - grand , seconde espèce , joar /^ même , 400 •— — i5/é'«. — Z^ Squale glauque , troisième espèce j par le même ^ 4o5 Fin de la Table. ^hl'ii.. ^^'Mm (^-//^v jiM. J^à m mr à di â 1 abi* *•-. ■*-c » t ■ M ""^i ^k^ /• j^-f.- •. m^ ?^^ 1% :|?;: ism M IMI -M:'i ^r ^.-.WyXx^